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Changer l'OM devient nécessaire

Publié le par JoSeseSeko

photo: Droits réservés

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Après le match nul entre l'Olympique de Marseille et l'Olympique lyonnais (1-1), et l'ambiance délétère au stade Vélodrome de Marseille et la question de la sécurité, les instances du foot entendent régler leurs comptes au club phocéen avec de multiples sanctions, quitte à rendre encore plus furieux les supporters marseillais. Mais le temps du changement semble bienvenu.

Réunion de "crise" à la Ligue de football professionnel (LFP), lundi 21 septembre. Frédéric Thiriez, président de la LFP entend faire sanctionner l'Olympique de Marseille (OM), suite aux incidents durant le match opposant le club phocéen et l'Olympique lyonnais (OL), la veille. En particulier, les fumigènes ou effigies destinés à Mathieu Valbuena, ancien joueur olympien arrivé à l'OL durant l'été et des jets de bouteille en verre, qui ont provoqué l'interruption du match durant 20 minutes. En total contraste avec les tifos des virages Nord et Sud (cf photo ci-dessus), montrant combien les supporters olympiens sont bien plus passionnés que d'autres supporters de foot en France (à part les supporters lensois ou stéphanois). Mais cela montre un cumul d'idiotie puisque certains supporters olympiens ont provoqués des incidents à Groningue, aux Pays-Bas, lors du déplacement victorieux de leur équipe en Europa league, jeudi 17 septembre.

Un Valbuena pris à partie

Ce qui a marqué les esprits, c'est que la sécurité des joueurs était tout sauf une garantie. En particulier pour Mathieu Valbuena. Le joueur lyonnais, ancien olympien (2006-2014), a été la cible des supporters olympiens durant le match, avec des banderoles ou une marionnette à son effigie au gibet. La rancune de certains supporters olympiens a été très violente, marquée par un sentiment de trahison sincère, mais exprimé de manière idiote.

J'en profite pour écrire ceci: agir de la sorte ne fait pas à joueur comme Valbuena. Au contraire, ça l'excite dans sa volonté de bien jouer. Supporters olympiens, si vous étiez plus malins, une meilleure réaction aurait été d'être totalement silencieux quand Valbuena touchait le ballon, pour signifier votre rancune envers lui, car "la parole est d'argent, le silence est d'or", ou encore "le silence est le cri le plus puissant" (réplique du film La vie est belle de Roberto Benigni, Oscar et Grand prix du jury de Cannes en 1999).

Un anti-OM primitif

Sur le match en lui-même, les lyonnais, pourtant en supériorité numérique, ont montré un mental friable tandis que les marseillais, avec un Lassana Diarra décisif dans ses récupérations du ballon et à 10 contre 11, ont montré leur force mentale pour revenir au score, par Karim Rekik. En-dehors, les incidents provoqués par une dizaine de supporters, dans les deux virages, a le don de légitimer un comportement anti-OM primitif de la part des autres supporters de club de foot français et des instances nationales du ballon rond. Et à moins d'un an de l'Euro 2016, organisé en France, les pouvoirs publics entendent aussi en faire un exemple, notamment du côté du ministère des Sports. Patrick Kanner, le ministre et Thierry Braillard, le secrétaire d'État, ne veulent pas laisser passer une pareille occasion d'affirmer l'autorité de l'État, y compris dans le sport. Bien sûr, la presse nationale (l'Équipe, Le Parisien-Aujourd'hui en France, etc.) en profite pour égratigner la gestion anachronique et archaïque des abonnements au stade Vélodrome et tous les clichés qui entourent la ville de Marseille (violence, liens entre groupes de supporters et la pègre marseillaise, impunité, imbécillité, etc.)

Ce n'est pas la première fois que l'OM est pris pour cible par les grandes instances. Quand le club, alors dirigé par Bernard Tapie, avait réussi à gagner la Ligue des champions en 1993 - "À jamais les premiers!" -, l'affaire VA-OM avait plongé le club en Division 2 (actuelle Ligue 2) après la saison 1993-1994, alors qu'il terminait deuxième, derrière le Paris Saint-Germain (PSG). Un an après, ayant été champion de D2 sur le terrain, la fédération française de football, qui avait ordonné la rétrogradation, maintient en purgatoire l'OM en raison de l'endettement massif du club à l'époque (250 millions de francs, soit environ 38 millions d'euros aujourd'hui, bien ridicule).

Too big to fail

Et les sanctions qui circulent dans la presse aujourd'hui évoquent des amendes envers le club, une partie du stade fermée ou des matchs à huit clos, voire une éventuelle rétrogradation de l'OM. Cette dernière extrémité est juste difficile à mettre en place de la part de la LFP car elle s'annihilerait définitivement un club qui reste le plus populaire de France, même si le PSG embourgeoisé par le Qatar, aliénant les esprits, est sur ses talons. Et les déclarations de Thiriez, appelant à "aider le club" illustrent un phénomène connu en finance qu'est le "too big to fail". C'est-à-dire, un établissement financier (banque par exemple) très important mais qui si jamais il fait faillite, il entraînerait d'autres établissements financiers dans sa chute, provoquant ainsi une crise systémique. La crise de 2008 a illustré ce cas de figure avec les plans d'aides aux banques pour enrayer la vague de faillites bancaires.

Mais du coup, se pose le problème d'aléa moral. Dans le cas de l'OM, le risque d'impunité de la part des instances du foot français n'est pas complètement nul car les dirigeants sont aussi conscients de la taille et de l'apport du club marseillais dans le foot français et européen. Et un stade Vélodrome avec près de 67.000 personnes par match, c'est imposant pour une Ligue 1 qui n'attire guère les foules, en raison notamment de stades aux capacités limitées.

Changer les rapports de force

Les incidents d'OM-OL illustrent un manque de sécurité qui trouve sa raison dans la gestion des abonnements au Vèl. Quand Tapie arriva à la tête de l'OM, il laissa gérer les abonnements aux virages aux groupes de supporters - Yankee 87, Dodger's, Fanatics puis MTP au virage Nord; Commando Ultra'84, South Winners au virage Sud -, fait unique en France, et cela ne fut pas remis en cause par les Louis-Dreyfus (Robert puis sa veuve Margarita) depuis leur arrivée, en 1996. Autant, cela a pour vertu d'acheter la paix sociale avec ces groupes de supporters influents et que ces derniers y trouvent une autonomie financière, leur permettant d'animer le stade avec banderoles et tifos, ou de suivre le club lors des matchs à l'extérieur; autant cela représente un affaiblissement pour l'OM puisque ce sont des recettes de billetterie en moins. Or, depuis que Vincent Labrune est président du club, les résultats en dents de scie de l'OM réveillent des tensions avec les groupes de supporters, qui estiment, à juste titre, que la politique d'austérité du club est mortifère à terme, sans véritable cap sportif. Et une des sanctions éventuelles de la LFP, i.e, supprimer des groupes de supporters, au nom de la sécurité, aurait pour principale conséquence, la stérilisation de l'ambiance au stade Vélodrome. Il n'y a qu'à voir au PSG où malgré la réussite sportive et des normes de sécurité exemplaires, l'ambiance au Parc des princes est morte, ne donnant plus envie aux plus anciens supporters de venir voir un club qui a perdu son identité. Doublée en cela d'un embourgeoisement qui expulse de facto tous les supporters prolétaires, jugés dangereux.

Du coup, la solution serait une coopération entre les différentes parties. Pour ceux qui me lisent sur d'autres domaines, cela peut vous surprendre, mais je vais étayer mon propos. En économie, il y a un concept théorique qui est la théorie des jeux. Et dans cette théorie, il arrive que l'équilibre à trouver entre deux parties, qui est l'équilibre de Nash - du nom de l'économiste qui l'a élaboré -, sans nécessairement être optimal, permette à chacun des deux camps d'y trouver son compte et que s'il venait à changer de stratégie, il y aurait davantage à perdre qu'à y gagner. Dans le cas de l'OM, l'équilibre de Nash, selon moi, est que, d'une part, les supporters ou groupes de supporters entrent dans le capital du club en tant que socios, un système de gouvernance démocratique d'entreprise qui a fait ses preuves en Espagne, que j'appelle de mes vœux depuis plusieurs mois, comme d'autres supporters olympiens le font sur les réseaux sociaux (cf lien n°2). Et d'autre part, la veuve Louis-Dreyfus et Labrune acceptent une vente partielle à ces socios, tout en ayant comme contrepartie, la gestion complète des abonnements dans les virages. Ainsi, les deux camps y trouveraient leur compte. Les supporters ou groupes de supporters garderaient une autonomie financière tout en participant à la vie du club. MLD et la direction auraient moins de raison d'intervenir financièrement et seraient assurés de meilleures recettes de billetterie. Mais faut croire que cet appel de bon sens ne risque guère d'être entendu de toutes parts, alors qu'il devient une nécessité absolue.

Hypocrisie pernicieuse

Ce qui est irritant dans cette histoire, c'est tout le pataquès qui en est fait, pour pointer du doigt uniquement Marseille. Et cela est un signe d'hypocrisie pernicieuse, malsaine, de la part des dirigeants du foot français, dans la mesure où ils n'ont pas pipé mot sur les incidents provoqués par des supporters parisiens en marge du match Reims-PSG samedi 19 septembre, ni sur les banderoles anti-réfugiés des supporters lyonnais, lors de Lyon-Lille, samedi 12 septembre.

Mieux encore, on se plaint volontiers du fait que les étrangers aient une mauvaise image de la France, y compris dans le foot. Mais lorsqu'on a vu le lynchage médiatique (cf liens n°3 et 4) - entraîneurs français, dirigeants, journalistes: union sacrée pour le coup - envers Marcelo Bielsa, après que ce dernier ait démissionné de son poste d'entraîneur de l'OM début août, cela n'incite pas des coachs étrangers de renom à vouloir s'asseoir sur le banc d'un club de Ligue 1. Bref, ça préfère davantage s'attaquer à l'idiotie qu'à la xénophobie (une idiotie pourtant plus dangereuse), ce qui illustre combien, de manière générale, la société française est nombriliste, puis s'aveugle à en perdre la raison.

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