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Un second souffle à trouver, face au passage en force

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

Plusieurs milliers de manifestants ont renouvelé leur opposition au projet de loi travail, doublée d'une critique de l'utilisation de l'article 49.3 de la Constitution par le gouvernement, à Paris comme ailleurs en France. Par la suite, une assemblée générale de Nuit Debout s'est tenue devant l'Assemblée nationale au moment où celle-ci ne vota pas la motion de censure envers le gouvernement.

Selon les chiffres donnés soit par la police (12.000), soit par la CGT (50.000), la mobilisation contre le projet de loi travail semble s'amenuiser au fil du temps puisque ces chiffres sont inférieurs à ceux dénombrés lors de la manifestation du 28 avril. Une manif qui marqua les esprits en raison de l'excitation mutuelle entre forces de l'ordre et "casseurs". D'ailleurs, les tensions sont vives de part et d'autre car aux Invalides, un envoi massif de gaz lacrymogène fut envoyé par les CRS, d'autant plus que les axes routiers avoisinants furent bloqués par les gendarmes. De même que plusieurs stations de métro autour des Invalides et de l'Assemblée nationale furent fermées par la RATP, obéissant à la préfecture de police sur ce point.

Une AG devant l'Assemblée nationale

À partir de 18h, le pont de la Concorde, ainsi qu'une partie des quais furent occupés par des manifestants qui s'étaient regroupés après les gazages aux Invalides. Pour beaucoup, il s'agissait d'intervenants de Nuit Debout, mouvement en place depuis le 31 mars. Ce n'est pas une première occupation du lieu puisque le mouvement s'était déjà positionné face à l'Assemblée nationale mardi 10 mai, peu après l'annonce de l'utilisation de l'article 49.3 par le gouvernement. Néanmoins, à la différence du 10 mai, où il y avait plutôt 500 personnes, il fallait plus de 1.000 participants ce 12 mai, qui tenaient une assemblée générale, comme ils ont coutume de faire quotidiennement depuis plus d'un mois, devant l'Assemblée nationale.

Puis autre différence avec le 10 mai, les tensions étaient moins vives avec les forces de l'ordre. Du coup, certains membres de Nuit Debout en profitèrent pour convaincre les gens à l'idée de sympathiser davantage avec les CRS et les gendarmes. Ce qui a déplu à bien d'autres participants, étant donné qu'ils estiment que ces forces de l'ordre se contenteront de servir le pouvoir, de ne pas désobéir aux ordres. Ce sujet est symbolique de problèmes au sein du mouvement et de son attitude ces dernières semaines, aux yeux de plusieurs observateurs. En tout cas, pour eux, il n'est pas question de relâcher la pression, ayant en mémoire l'opposition au Contrat première embauche (CPE) en 2006, où Dominique de Villepin, Premier ministre à l'époque, avait utilisé le 49.3 pour faire passer le CPE. Ce que fustigea à l'époque un certain... François Hollande, actuel président de la République. Mais en dépit du 49.3, le mouvement contre le CPE continua et de Villepin, sous la pression du président Jacques Chirac, dut faire machine arrière et abandonna ce projet de loi.

Un PS à deux visages

Le Parti socialiste (PS), au pouvoir, risque de payer cher aux élections législatives son légalisme envers le gouvernement. En effet, pendant que l'AG de Nuit Debout se déroulait devant l'Assemblée nationale, la chambre basse du parlement rejeta la motion de censure déposée par la droite, par nature hypocrite vu que le projet de loi correspond à nombre de ses revendications (facilitation des licenciements, augmentation du temps de travail maximum, etc.). Une motion de censure de gauche aurait pu se faire mais 56 députés (PS, écolos, Front de gauche) en ont déposé une mercredi 11 mai alors qu'il en fallait 58. Toujours est-il que 246 députés votèrent la motion de censure de droite, dont 11 du groupe parlementaire formé principalement par le Front de gauche et seulement deux députés écologistes sur 18 votèrent la motion de censure. Et pourtant, les écolos se sont souvent mis aux côtés des manifestants depuis le 9 mars.

D'ailleurs, il est important de noter qu'aucun député du groupe socialiste n'a voté la motion de censure de droite. Pourquoi? Car le parti menaça d'expulsion celles et ceux qui l'auraient voté. Notamment les "frondeurs", membres de l'aile gauche du PS, qui sont de facto invités à partir plutôt qu'à rester. Mais Martine Aubry, ancienne Première secrétaire du parti, a joué les soutiens de luxe au gouvernement, contenant ainsi les "frondeurs", selon plusieurs journalistes et observateurs de la vie politique française. En fait, le PS affiche un double visage inquiétant. D'une part, une face bonapartiste, exacerbant le respect du chef autoritaire et imposant aux députés de se comporter en pantins. Et d'autre part, un visage stalinien, où la menace de la purge est agitée à tout bout de champ. Bref, mieux vaut ne plus jamais voter PS, comme l'exhorte l'historien et sociologue Emmanuel Todd, dans une interview accordée au journal Fakir, un des initiateurs de Nuit Debout.

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