Nuit Debout à la croisée des chemins

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Suite à l'utilisation de l'article 49.3 de la Constitution par le Premier ministre au sujet du projet de loi travail, un rassemblement organisé par Nuit Debout s'est fait devant l'Assemblée nationale, mardi 10 mai.

Ils étaient plusieurs centaines, 500 grand maximum (ce qui n'est pas grand chose quand même), sur le pont de la Concorde, devant l'Assemblée nationale, à manifester leur opposition face à l'utilisation du 49.3 par Manuel Valls, mardi 10 mai à Paris. Plusieurs rassemblements de la sorte ont eu lieu dans le reste de la France. Le plus ironique dans cette histoire est que le Premier ministre dégaine cet article de la Constitution le jour de commémoration nationale de l'abolition de l'esclavage, qui correspond également au 35e anniversaire de la première élection de François Mitterrand à la présidence de la République.

Passage en force

Même si sur l'instant, beaucoup de gens ont été surpris de l'annonce de l'utilisation de l'article 49.3 de la Constitution, pour faire passer en force le projet de loi travail, appelé projet de loi El Khomri, du nom de Myriam El Khomri, ministre du Travail, il semblait pourtant évident que M. Valls n'allait pas s'en priver. Pourquoi? Au moins deux raisons peuvent venir à l'esprit:

  1. L'opposition de la rue, certes en mode accordéon ces dernières semaines, est constante depuis le 9 mars 2016, date de la première manifestation contre le projet de loi. Aux yeux des manifestants, ce projet laisse une idée de retour vers le futur assez sidérante de la part d'un gouvernement qui se dit de gauche. Et ce, d'autant plus que 2016 correspond également au 80e anniversaire de la victoire du Front populaire, qui avait œuvré à réduire le temps de travail suite à la pression du prolétariat français.
  2. L'opposition y trouve un relais au Parlement avec les députés des partis à la gauche du Parti socialiste (PS), mais aussi chez certains députés PS, surnommés les "frondeurs". Selon certains médias, au moins une quarantaine de députés socialistes ne compteraient pas voter le projet de loi. Un nombre assez conséquent pour empêcher un vote favorable à ce texte devant l'Assemblée nationale au yeux du gouvernement.

En tout cas, avec cette nouvelle utilisation de l'article 49.3 de la Constitution, la troisième depuis qu'il est Premier ministre, M. Valls s'inscrit en droite ligne de son ancien mentor, Michel Rocard, qui eut recours au 49.3 28 fois (un record inégalé) quand il était le locataire de Matignon (1988-1991).

Soulèvement ou implosion

Maintenant que le pouvoir a affiché ses intentions, reste à savoir comment l'opposition de la rue va se comporter. En particulier du côté de Nuit Debout. Ce mouvement, en place depuis le 31 mars place de la République, qui s'est développé peu à peu en France et ailleurs dans le monde (Espagne; Belgique; Royaume-Uni; Allemagne; Grèce; Canada; États-Unis; etc.) est dans une phase délicate de croisée des chemins. Depuis quelques jours, un essoufflement, tant sur les places publiques que sur les réseaux sociaux, est de plus en plus visible. D'autant plus que les dernières manifestations contre le projet de loi travail, indépendamment de Nuit Debout, ont terminé dans des scènes de violences, comme le 28 avril, le 1er mai ou même le 10 mai, puisque des casseurs, liés dans une excitation mutuelle avec les forces de l'ordre (surtout les CRS), forçaient le passage face à une nasse appliquée par les flics et les gendarmes sur le pont de la Concorde, puis allant en découdre sur le quai Anatole France ou sur les berges de la Seine.

Toujours est-il que deux choix s'imposent à Nuit Debout désormais. Soit le soulèvement pour exiger le retrait du projet de loi, soit l'implosion face au passage en force du projet El Khomri. Et pour certains observateurs, la seconde option semble être la plus probable car la loi passant, la mobilisation flancherait aussi vite que quand elle avait pris forme, avec un sentiment de résignation générale. Un mauvais signal pour les personnes qui défendent une pensée alternative face à une pensée libérale dominante qui applaudit des deux mains l'utilisation du 49.3 par le pouvoir en place.

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