Ce pacte est une folie économique

Publié le par JoSeseSeko

Ce pacte est une folie économique

François Hollande joue gros avec son pacte de responsabilité, et ce positionnement "mainstream" est bien risqué, voire suicidaire.

Le pacte de responsabilité, qu'a formulé le président François Hollande dans son coming-out social-libéral du 14 janvier 2014, commence à se préciser, avec notamment la suppression des cotisations familiales payées par les entreprises.

L'objectif est que les boites puissent se refaire des marges supplémentaires (toujours l'idée d'un coût du travail trop fort, les patrons n'ayant que ça à la bouche), afin d'investir, et par conséquent créer de l'emploi, joignant d'une part à la loi de Say, économiste français du début du XIXe siècle ("l'offre crée sa propre demande"), et d'autre part le théorème de Schmidt, ancien chancelier social-démocrate dans les années 70 ("les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain, les emplois d'après-demain").

Le poids décisif de la consommation

Donc, pour être tout à fait clair, ce pacte doit faire augmenter la part des profits dans le Produit intérieur brut (PIB), qu’on utilise pour mesurer la richesse d’un pays, en espérant, notamment du côté du patronat, du gouvernement et des économistes orthodoxes, que les effets positifs sur l’investissement et les profits mêmes soient supérieurs aux effets négatifs sur les salaires, la consommation et la balance commerciale. Or, pour cela, il faut que l’économie française, dans une grille de lecture post-keynésienne, plus précisément, kaleckienne (en référence à l’économiste polonais du XXe siècle Michal Kalecki, qui cherchait à faire une synthèse des pensées de Karl Marx et de John Maynard Keynes), soit profit-led (le poids des profits booste la croissance du PIB). Dans le cas contraire (wage-led), c’est le poids des salaires, donc de la consommation -les kaléckiens considérant les salaires comme intégralement consommés, pas épargnés-, dope la croissance. Selon des études récentes, et intéressantes d’économistes post-keynésiens (Hein/Vogel en 2009, Onaran/Galanis en 2012), on remarque, pour le premier binôme cité, que si on augmente d’un point de pourcentage la part des profits dans le PIB, ce même PIB se réduit de 0,2 % ou que la demande se contracte pour la même hypothèse, selon les 2 autres économistes cités. En outre, comme l’indique le graphique ci-dessus, provenant de données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), la contribution de la consommation à l’évolution du PIB est historiquement supérieure à celle de l’investissement, mais en déclin tout de même, données de l'INSEE confirmant les études économiques évoquées tantôt. Puis, pour en rajouter une couche, avec des collègues de ma promo à la fac (Paris 1 Panthéon-Sorbonne), nous avons travaillé il y a quelques jours sur cette thématique et nous avons noté que le taux de marge, même s’il augmenterait, n’irait pas de facto vers l’investissement car la fiscalité, les intérêts et surtout les dividendes sont des voies de détournement qui font que l’investissement en France ne peut pas augmenter de manière significative, pour jouer positivement sur la croissance.

Donc la France est bien une économie wage-led et qu’à vouloir contracter les rémunérations des travailleurs (prolétaires) au profit des capitalistes (bourgeois), c’est un suicide économique programmé! Donc, le pacte de responsabilité, ainsi que le CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) ne sont guère pertinents, dans ce cadre de lecture alternative.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article