Le trompe-l'oeil "socialiste"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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La motion A défendue par Jean-Christophe Cambadélis, actuel Premier secrétaire du Parti socialiste, et pro-gouvernement, est sortie majoritaire des votes des motions jeudi dernier. Ça ne signifie pas une adhésion totale de militants socialistes désemparés.

Sauf catastrophe, Cambadélis restera à son poste. Suite au vote des motions du Parti socialiste préparant le congrès de Poitiers, en juin prochain, celle que menait le premier secrétaire du PS recueille 60% des suffrages exprimés par les militants socialistes. À première vue, c'est une victoire pour le gouvernement de Manuel Valls puisque cette motion est celle qui défend la politique mise en place par le pouvoir depuis l'élection de François Hollande en 2012.

Pas de primaires pour 2017

Cette victoire de la motion A permet à Hollande de respirer un tant soit peu. En effet, c'est la position "légitimiste" qui a gagné jeudi 21 mai, celle qui est sociale-libérale, appelée "la gauche Canal+", ou qui fait ressusciter la pensée thermidorienne, crachant à la gueule des prolos sans vergogne. Cette vicoire indique également qu'il ne faut pas organiser de primaires au PS pour l'élection présidentielle de 2017, sous-entendant que Hollande pourrait ainsi avoir la voie libre pour tenter de se faire réélire, à moins que ce ne soit son actuel Premier ministre qui fasse la course à l'Élysée.

Et du coup, la position du think thank Terra Nova, proche du PS, est rendue caduque puisqu'il estimait, dans un rapport publié en avril, que la tenue de primaires en 2016 serait une bonne chose, et les autres motions socialistes défendaient ce point de vue.

Quel chemin pour les frondeurs?

La motion majoritaire a tout de même des épines dans le pied. La première d'entre elles est la place à accorder à l'aile gauche du parti, aux "frondeurs", rangés derrière la motion B de Christian Paul. Même si elle a réuni 30% des voix, elle n'a pas réussi à mettre la motion Cambadélis en minorité, ce qui était son véritable objectif. Que doivent-ils faire? Rester ou quitter le parti. Les appels du pied ne manquent pas, notamment de la part de Jean-Luc Mélenchon, fondateur du Parti de gauche, membre du Front de gauche, vendredi 22 mai sur la radio RMC

Vont-ils franchir le Rubicon? Ce serait étonnant car les "frondeurs", au fond, tiennent juste à rappeler certains engagements de campagne de 2012 et ils savent qu'ils sont une caisse de résonance qui permet de faire parler du PS en restant dans le parti. S'ils voulaient vraiment plier bagage, ils l'auraient fait au moment du congrès de Reims en 2008, en suivant justement Mélenchon avec le PG ou en rejoingnant d'autres composantes du Front de gauche.

Reconvaincre les militants et sympathisants

Mais le plus gros défi pour Camba, dans l'optique de 2017, sera de remobiliser et d'attirer de nouveaux militants socialistes. À l'instar d'autres partis politiques, le PS connait une crise du militantisme. Pour preuves, d'une part, la moitié des encartés PS sont allés voter jeudi 21 mai. Ce qui signifie que 3 militants sur 10 soutiennent au fond Hollande et Valls. Ce qui est loin d'être convaincant.

D'autre part, il y a une érosion du nombre de militants. Dans son édition du vendredi 22 mai, le quotidien Les Échos indique que le PS compte 130.000 militants en 2015, contre 173.500 en 2012 (ou encore 232.900 en 2008). Soit 43.500 encartés de moins en trois ans (ou 102.900 de moins en sept ans). Cette défaite-là est encore plus humiliante que celles qu'a connu le parti ces derniers temps, avec les municipales, les européennes ou encore les départementales, car c'est la source première de revenus pour un parti politique. Plusieurs millions d'euros en moins et un endettement qui s'aggrave. La vie de chef de parti politique est tout sauf une promenade de santé, si on tient à se montrer responsable.

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