Les polémiques s'enchaînent autour du mouvement, dont Jean-Luc Mélenchon reste la figure tutélaire vivante et vivace, dans un contexte où la pente fascisante se fait de plus en plus marquante et que la gauche française brille par ses bisbilles.
"S'il y a un problème en France, c'est de la faute de Mélenchon et de ses insoumis!" Voilà une phrase qui sortirait volontiers de la bouche de n'importe quel chien de garde ces dernières semaines, tant ce parti - ou mouvement, c'est selon -, classé à l'extrême-gauche par le ministère de l'Intérieur et validé par le Conseil d'État dans le cadre des élections municipales des 15 et 22 mars prochains (cf lien n°1), est désormais plus diabolisé que ne put l'être le Front national, actuel Rassemblement national, avant les années 2010.
Sur un plateau
Il faut dire que les insoumis, ou plutôt son chef actif Jean-Luc Mélenchon, servent sur un plateau des polémiques pour bien des défenseurs de l'ordre établi, tant au pouvoir que dans les mass media. Dernier exemple en date, un discours de Mélenchon à Lyon, jeudi 26 février, dans lequel il n'est gardé qu'un extrait concernant la prononciation de Jeffrey Epstein, milliardaire, trafiquant sexuel, retrouvé mort en prison en 2019 et dont les mails ont été (partiellement) déclassifiés par le Département de la justice états-unien fin janvier 2026. Une ironie glissée par Mélenchon sur la prononciation anglo-saxonne, laissant poindre une proximité russophone tant Epstein, prononcé "Epstiin", rime avec Poutine. Mais comme Mélenchon, durant ce passage de son discours, utilisait la prononciation germanique "Epchtaijn", en référence aux prononciations de noms comme Einstein ou Frankenstein, laissait poindre pour certains observateurs une allusion à la judéité de Epstein, l'accusation d'antisémitisme sort vite du tiroir. Même si certains journaux, comme Le Figaro par exemple, se questionnaient sur la prononciation quelques jours auparavant et dressent leur morale sur le discours du leader insoumis. Bref, en mode "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont".
Après, ce n'est pas une nouveauté d'accuser Mélenchon et la France insoumise d'antisémitisme. Surtout depuis le 7 octobre 2023, avec l'attaque du Hamas en Israël et la réplique génocidaire du gouvernement israélien qui est toujours en cours. La FI étant l'une des rares forces politiques de grande ampleur en France à défendre largement la cause palestinienne, prenant à revers le Parti communiste, pourtant historiquement le parti le plus pro-palestinien dans le paysage politique français. Et cela suscite une profonde indignation dans les hautes sphères politico-médiatiques, pour qui Israël est dans son droit, même si cela implique que la majorité des palestiniens massacrés depuis plus de deux ans soient des femmes et des enfants.
Jeter sous le bus
Cette séquence s'ajoute à celle opérante depuis deux semaines, avec la mort du jeune néofasciste Quentin Duranque au cours d'une rixe entre fafs et antifas à Lyon - décidément! -, le 12 février, jour où l'eurodéputée insoumise Rima Hassan participait à une conférence. Dans les premiers instants suivant la mort de Duranque, le récit invoqué par le collectif fémonationaliste Némésis eut largement droit de cité, comme quoi il serait tombé dans un piège tendu par les antifas et lynché par plusieurs d'entre eux contre lui seul. Mais des enquêtes de Mediapart et du Canard enchaîné ont démonté ce discours, avec des images, des vidéos et des témoignages oculaires de la rixe où les fafs étaient plus nombreux et plus équipés que les antifas, mais ont été battus. Ce qui est cocasse pour des masculinistes, des virilistes d'extrême-droite, soit dit en passant. En outre, il y a de quoi s'interroger sur l'absence de la police à ce moment-là (cf lien n°2).
Et cette mort a permis à une partie de la gauche, et tout particulièrement le Parti socialiste, de jeter sous le bus les insoumis, relayant l'accusation de la droite et de l'extrême-droite d'être promoteurs de la violence politique via leur soutien, leur alliance auprès du collectif antifasciste la Jeune garde, dont l'une de ses figures, Raphaël Arnault, est député au sein du groupe FI à l'Assemblée nationale et que l'un de ses assistants parlementaires fait partie des mis en examen sur cette affaire (cf lien n°3).
Et cette histoire est révélatrice de la pente fascisante dans l'Hexagone. Après tout, le 17 février, Duranque eut droit à une minute de silence à l'Assemblée nationale. Une première pour un membre d'extrême-droite depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ce qui a de quoi m'inciter à reformuler une phrase de Joseph Staline - le dé-voyeur du communisme - de la manière suivante: "Un mort blanc, c'est un drame. Des morts non-blancs, ce sont des statistiques".
D'autre part, la mort du néofaf Duranque montre combien la gauche française semble avoir perdu sa boussole et qu'elle ne sait plus avancer face à une droite et une extrême-droite qui n'ont de cesse de la marginale dans l'espace politico-médiatique. C'est à se demander si des leçons de l'histoire de la première moitié du 20ème siècle furent oubliées, ou que les formations militantes ne sont plus aussi rigoureuses qu'elles ne le furent auparavant. Mais comme les expériences au pouvoir sur les quatre dernières décennies - pensez François Mitterrand puis François Hollande -, se sont montrées être une gestion du néolibéralisme - âge actuel du capitalisme - et non une rupture, cela n'est pas oublié par les exploités pour qui cette trahison du PS est à sanctionner, quitte à ce que cela rejaillisse sur le reste de la gauche. Ce que bien des militants ou dirigeants des partis de gauche ne veulent pas comprendre.
C'est pas demain la veille qu'on se mettra à chanter Le temps des cerises.
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