20 ans après les morts de Zyed Benna et Bouna Traoré, poursuivis par la police, à Clichy-sous-Bois, déclenchant trois semaines de révoltes dans les banlieues, il n'y a pas eu d'amélioration dans les rapports qu'entretient la police avec les banlieusard(e)s ayant des racines extra-européennes. Signe que le racisme institutionnel made in France se porte à merveille, véhiculé par une grande presse détenue par des capitalistes imbriquant le racisme pour garder leur pouvoir d'exploitation et d'aliénation.
"On n'oublie pas, on ne pardonne pas!" C'est ce qu'on dit depuis 20 ans quand on pense à Zyed Benna et Bouna Traoré, deux ados de 17 et 15 ans morts dans un transformateur EDF de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) le 27 octobre 2005. Ces deux personnes étaient poursuivies par la police et tentaient d'échapper à un contrôle au faciès en prenant la direction mortelle du transformateur EDF, dont les policiers savaient qu'ils risquaient d'y laisser leur peau, selon les bandes radios recueillies lors de l'enquête judiciaire qui les a pourtant relaxé du côté du tribunal correctionnel de Rennes au milieu des années 2010. De quoi donner raison à la phrase du philosophe Michel Foucault: "La justice est au service de la police".
Hostilité ou indifférence générale...
La mort de Zyed et Bouna a conduit à trois semaines de révoltes dans les banlieues françaises sur le mois de novembre 2005, tant la jeunesse banlieusarde à cette époque était écœurée de cette issue funeste et de l'impunité dont jouissent les forces de l'ordre (social et racial). Une impunité renforcée par le soutien massif des deux figures principales du gouvernement de l'époque, à savoir le Premier ministre Dominique de Villepin et le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, auprès des policiers incriminés et la répression appliquée méthodiquement envers les banlieusards révoltés. Au point que le de Villepin fit établir l'État d'urgence dans les banlieues à ce moment-là. Ce qui n'était plus utilisé depuis la guerre d'Algérie (1954-1962)!
Et le monde médiatique, qui commençait (déjà) à se droitiser à fond, se mit au pas du pouvoir, avec pour objectif de déconsidérer les actions des révoltés en les désignant comme émeutiers, parlant par conséquent d'émeutes. Histoire de véhiculer une sémantique qui doit faire peur auprès du reste de la population, notamment dans des espaces périurbains ou campagnards. Une population grandement blanche et âgée, pour qu'elle soit hostile envers les banlieusards non-blancs révoltés par un traitement raciste de la part de la police française.
Mais peut-on dire qu'il y a eu hostilité à l'égard de la population vivant dans les banlieues? En vérité, pas tellement. Il serait plus adéquat d'évoquer une indifférence du reste de la population à l'égard des banlieusards. Et cette indifférence, "la haine doublée du mensonge", permet de mieux laisser faire la répression policière et politique de ces révoltes. Et ceci, pour ne pas s'attaquer aux racines économiques, donc capitalistes, de cette expression de rage observée en 2005.
Ce qui montre d'ailleurs que la gauche, dans son ensemble, qui restait sans doute grisée par le succès du "non" au référendum contre le Traité constitutionnel européen en mai 2005, s'est montrée incapable de fournir une lecture critique et empathique envers les révoltes d'octobre-novembre 2005, tant son fraternalisme l'aliène et la rend proche de la droite paternaliste. Qu'elle en s'étonne pas qu'au fil du temps, l'abstention soit prédominante en banlieue!
... Construction de ponts
Et depuis 20 ans, qu'en est-il? Pas d'amélioration à l'horizon, si on est tenté de voir le verre à moitié vide! Et pour cause, le rapport du Défenseur des droits en 2020 soulignait qu'un Français d'origine africaine avait 20 fois plus de risques de subir un contrôle au faciès que tout autre groupe socio-ethnique. La mort d'Adama Traoré en juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), le viol de Théodore Luhaka à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) en février 2017, la mort d'Aboubakar Fofana à Nantes (Loire-Atlantique) en juillet 2018. Et la mort de Nahel Merzouk en juin 2023 à Nanterre (Hauts-de-Seine) montre combien ces contrôles au faciès peuvent devenir mortels, bien que dans le cas de Nahel Merzouk, la victime ne soit pas exempte de tout reproche. En l'occurrence conduire une voiture en n'ayant pas l'âge d'avoir le permis et de faire un refus d’obtempérer. Mais cela justifie-t-il un crime policier dont l'auteur reçut plus d'un million d'euros de la part d'un financement participatif venant de membres d'extrême-droite? Certainement pas!
Mais cela permet de souligner qu'on peut voir le verre à moitié plein pour plusieurs raisons. D'abord, plusieurs médias alternatifs, comme par exemple le Bondy Blog, né lors des révoltes de 2005, rédigent des articles sur ces violences policières. Ensuite, les violences policières se sont généralisées. Notamment au moment des Gilets jaunes fin 2018-début 2019, obligeant (enfin) les habitants des espaces périurbains à se rendre compte de ce que subissent depuis (trop) longtemps les banlieusards et à construire des ponts en matière de luttes contre ce bras armé de l'État serviteur du capital. Enfin, une partie de la gauche, notamment autour de la France insoumise, a commencé à imbriquer la question pigmentaire dans le cadre de la lutte des classes et à être plus critique à l'égard de la répression policière, comme après les révoltes consécutives à la mort de Nahel Merzouk en 2023 par exemple. De même que cela pousse à affiner les réflexions autour de la notion de violence, tant la grande presse, détenue par des affairistes, nie sciemment la violence policière, institutionnelle.
In fine, les plaies des révoltes de 2005 restent encore ouvertes mais une conscientisation s'opère, (trop) lentement mais sûrement. Ce qui peut donner un certain espoir en dépit d'une extrême-droitisation du débat politico-médiatique.
/image%2F0159913%2F20251027%2Fob_dd56cc_27736374465-4ddd13e39f-b.jpg)