Par 364 voix contre et 194 voix pour, les députés ont désapprouvé la confiance que leur demandait le Premier ministre, qui devra démissionner. Un nouveau camouflet envoyé à Emmanuel Macron, 9 mois après la censure du gouvernement Barnier.
"L'Assemblée nationale n'a pas approuvé la déclaration de politique générale. Conformément à l'article 50 de la Constitution, le Premier ministre doit remettre au Président de la République la démission du gouvernement". Ces mots de Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, signalent un nouveau moment d'histoire. 9 mois après l'adoption d'une motion de censure historique - la deuxième validée dans l'histoire de la Ve République - mettant fin au gouvernement de Michel Barnier, c'est cette fois-ci un vote de confiance demandé ce lundi 8 septembre par François Bayrou qui a été largement refusé par les députés.
Un chemin de croix
Mais il faut dire qu'il était condamné à l'échec quasiment dès le début. Annoncé l'avant-veille de Noël 2024, un jour de deuil à Mayotte après le passage dévastateur du cyclone Chido, Bayrou et son gouvernement commençaient avec le sceau de l'indignité. Une indignité qui s'est muée en chemin de croix pour le Premier ministre avec notamment le scandale pédocriminel dans l'institut scolaire privé catholique Notre-Dame de Bétharram, où durant plusieurs décennies des sévices sexuels furent commis par des prêtes-enseignants auprès des élèves et que Bayrou s'efforça de nier alors qu'il était au courant, que ce soit en tant que parent d'élève puisque ses enfants y furent scolarisés, ou en tant que personnage politique, notamment quand il fut ministre de l'Éducation nationale dans les années 1990 et que des rapports lui furent envoyés.
Enfin, pour s'enfoncer lui-même les derniers clous de son linceul politique, Bayrou s'est lancé dans des discours qui se veulent alarmistes sur la dette publique, s'inscrivant dans le registre "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont", pour justifier une politique d'austérité qui reste dans la veine de ses prédécesseurs. À savoir, faire casquer les exploité(e)s pour épargner au maximum les possédant(e)s et dépecer le secteur public en faisant croire que cela permettrait des économies, alors que cela conduit à une pente récessive et à une aggravation de la dette publique qu'il prétend réduire avec les mesures qu'il défendait.
Bref, une politique qui mène au chaos tout en accusant les oppositions de provoquer ce dit chaos. Bayrou est né avant la honte! Et pas sûr que les habitant(e)s de Pau voudront le réélire pour les élections municipales de mars 2026, tant son propos et sa politique ont sonné creux.
Spectre des Gilets jaunes
Toujours est-il que le choix du 8 septembre pour le vote de confiance n'est pas le fruit du hasard car le 10 septembre, le mouvement "Bloquons tout", né sur les réseaux sociaux, appelle à manifester, à bloquer, à faire grève partout en France. De quoi réveiller le spectre des Gilets jaunes, et des comparaisons peuvent vite arriver, notamment sur le côté hétéroclite du mouvement, la distance prise par rapport aux syndicats ou aux partis politiques, etc. (cf lien n°1). Et l'annonce de Bruno Retailleau, encore ministre pour quelques temps, d'une mobilisation de 80.000 policiers et gendarmes (cf lien n°2), montre combien le pouvoir a une hantise de ce mouvement et du potentiel de radicalité qui semble s'exprimer.
Ce qui montre d'ailleurs combien Emmanuel Macron ne peut qu'être inquiet d'une situation qu'il a provoquée à travers sa décision de dissoudre l'Assemblée nationale en juin 2024, au soir d'une déroute de son camp aux élections européennes, et que l'issue des législatives anticipées, avec une impossibilité de majorité absolue et une victoire relative de la coalition Nouveau front populaire, l'ont incité à faire dans le Coup d'État permanent. Et ce, d'autant plus que la Ve République le lui permet et que celle-ci devrait (enfin) être envoyée à la retraite tant elle est a-démocratique.
En tout cas, nous verrons bien le 10 septembre si des manifestants se mettent massivement en branle, pensant à ce vers du deuxième couplet de l'Internationale: "battons le fer tant qu'il est chaud"
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"Bloquons tout " : qui va se mobiliser le 10 septembre ?
Plus que quelques jours avant le 10 septembre et le mouvement "Bloquons tout". À l'approche du mouvement, il reste difficile de quantifier l'ampleur de cette mobilisation.
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