Un OM désespérant

Publié le par JoSeseSeko

Après le match nul à Bordeaux (1-1), Marseille reste cantonné dans le ventre mou de la Ligue 1, loin du standing qu'il affichait il y a un an, à la même période. La résignation l'emporte chez des supporters, écœurés de voir leur club s'enfoncer, sur toute la ligne.

Comme un symbole! L'Olympique de Marseille (OM) n'arrive toujours pas à gagner chez les Girondins de Bordeaux, en clôture de la 19e journée du championnat. Résultat, le club phocéen demeure 10e, à sept points de la deuxième place - occupée par Monaco -, et loin derrière un Paris Saint-Germain qui poursuit sa domestication de la Ligue 1 sans tirer de grands profits, ni retrouver son identité.

Sur courant alternatif

Sur cette première moitié de saison, l'OM fait peine à voir alors qu'à la même période, un an auparavant, il était en tête du championnat et affichait un jeu séduisant. D'aucuns diront que ce n'était pas le même contexte, avec un entraîneur (Marcelo Bielsa) qui avait un plan suivi à la lettre, et des joueurs revanchards, notamment des cadres expérimentés (Dimitri Payet, André Ayew, André-Pierre Gignac). Mais cet OM version Míchel est régulièrement sur courant alternatif, dans l'inconstance constante, et rares sont ceux qui soient à la hauteur du maillot olympien. Je pense à Lassana Diarra, qui n'a pas fait mentir ce que je pensais de lui, qui apporte un véritable plus au club, avec une régularité qui lui a permis de retrouver l'équipe de France de manière largement méritée. En outre, il est un exemple de dignité en-dehors du terrain en raison de la perte de sa cousine lors des attaques dans Paris le 13 novembre dernier. Georges-Kévin Nkoudou montre qu'il a sa place à l'OM. Le jeune milieu offensif (20 ans) apporte de la percussion, du mouvement et sait marquer (trois buts en Ligue 1, quatre en Ligue Europa). Il ne manque plus qu'éviter les blessures pour être encore plus régulier. Michy Batshuayi est également à la hauteur, bien que ce soit plus délicat. Étant le seul attaquant de valeur à l'OM, le Belge systématiquement titulaire. Il se doit de faire attention à la discipline et d'être lucide devant le but. Problème, c'est qu'il manque d'efficacité mais sa détermination fait qu'il est arrivé à mettre 11 buts à présent en championnat. Deux de plus que lors de la saison dernière, où il était le remplaçant de Gignac. Il y a bien une amélioration mais c'est loin d'être suffisant, vu son potentiel, et de la concurrence à l'attaque lui ferait le plus grand bien. Ce qu'il réclame d'ailleurs!

Ce qui est surtout irritant, c'est la défense. Alors que l'OM a la troisième attaque de Ligue 1, sa défense se montre friable, comme sur la fin de la saison dernière. Avec une différence de taille. Bielsa avait une défense peu nombreuse dans son effectif, avec un seul défenseur central de métier et d'expérience - Nicolas Nkoulou - qui demeura blessé après la Coupe d'Afrique des nations. Míchel a une défense élargie, avec des postes doublés sur les côtés et surtout quatre défenseurs centraux de métier (Nkoulou, Rolando, Karim Rekik, Stéphane Sparagna), mais ces défenseurs défaillent, surtout au stade Vélodrome où l'OM n'arrive plus à gagner en championnat depuis plus de trois mois! Les exemples les plus pathétiques sont les matchs contre Monaco (3-3), Montpellier (2-2) et Ajaccio (1-1), où les buts encaissés viennent d'erreurs défensives grossières!

Question de compétence

Dans ce genre de situation, les capacités de l'entraîneur sont directement mises en cause. Dans une interview accordée au journal Le Parisien dans son édition du dimanche 20 décembre, Míchel admet qu'entraîner l'OM est "le travail le plus difficile de toute [sa] vie." Mais ça le passionne, l'obligeant à se démener pour trouver des solutions face à des problèmes "de concentration, de désinvolture." Il n'empêche, il reconnait une rupture générationnelle plus forte que celle qu'il a connue quand il était joueur du Real Madrid avec ses aînés. Du coup, il s'efforce d'être à proximité des joueurs, en faisant en sorte de prendre des cours de français, ce dont beaucoup de journalistes sportifs reprochaient à Bielsa de ne pas faire. Ce qui semble faire plaisir au vestiaire car dans le journal l'Équipe du même 20 décembre, le milieu offensif marocain Abdelaziz Barrada avoue qu'entre la méthode Bielsa et la méthode Míchel: "Mais tout le monde préfère la deuxième! Allez demander dans le vestiaire..." profitant au passage pour reprocher la distance que prenait Bielsa avec ses joueurs.

Mais pour le coup, si ça plait au vestiaire, ça ne se voit aucunement dans les résultats sportifs. Au contraire, c'est indigeste sous Míchel! Alors qu'avec "El loco", l'effectif était plus réduit, l'ambiance pouvait être plus froide dans le vestiaire mais ça marchait droit et les performances étaient plus souvent au rendez-vous, avec des joueurs qui progressaient à vitesse grand V. L'exemple de l'arrière gauche Benjamin Mendy est très parlant. Sous les ordres de Bielsa, le jeune joueur était parmi les plus réguliers et les plus dangereux de l'OM, avec des débordements permettant de fournir des centres qui inquiétaient les équipes adverses et une rigueur défensive imposante. Sous Míchel, après un début dans la lignée de la saison précédente, mais depuis quelques semaines, il fournit des prestations ternes, voire ridicules comme contre Ajaccio puisque c'est lui qui provoqua une faute dans la surface marseillaise, donnant un penalty transformé par les ajacciens. C'est dire si Míchel ne se montre pas encore en mesure de faire passer un cap à ses joueurs, voire pire, les pousse à régresser, à être fainéants. Ce qui relance le débat sur la capacité de travail des joueurs, que l'ancien joueur olympien Joey Barton avait évoqué durant son passage à Marseille. Un débat qu'on retrouve dans d'autres secteurs économiques avec la question des 35 heures. À sa décharge, il a un effectif qui a largement changé d'une saison sur l'autre, l'obligeant à construire presque ex nihilo.

Résignation générale

Devant un tel gâchis, la direction du club devrait réagir au plus vite. Or, le président Vincent Labrune et l'actionnaire majoritaire Margarita Louis-Dreyfus développent un silence coupable. En effet, s'ils étaient exemplaires, ils feraient en sorte d'améliorer la situation sportive. Mais comme ce sont des capitalistes qui tiennent à faire de la politique d'austérité en dépit du bon sens, ils n'incitent pas l'entraîneur et les joueurs à se surpasser pour un club dont l'histoire centenaire devrait les forcer à s'en montrer dignes. Finalement, le sentiment de résignation commence à se généraliser.

Et ce sont surtout les supporters qui le démontrent. Ayant lâché du lest sur la gestion des abonnements des virages après le match Marseille-Lyon (1-1), les prestations du club les rendent nostalgiques de la période Bielsa, pourtant éphémère mais qui avait réveillé une flamme qui s'éteignait ces dernières années. Le stade Vélodrome se vide et beaucoup de supporters attendent que la veuve Louis-Dreyfus vende le club, tellement ils sont dégoûtés. Et il vaut mieux pour MLD et Labrune qu'ils soient ainsi, et non en colère noire, car ils iraient leur faire parler du pays de vive voix sinon. En tout cas, les supporters ont une grande partie du destin de l'OM entre leurs mains, s'ils pensent ENFIN à se composer en socios! Ça sera davantage mobilisateur que d'espérer un acheteur bienveillant - ce qui n'existe pas dans le mode de production capitaliste -. Que les temps sont durs!

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article