Mario Draghi renforce l'arsenal anti-déflation de la BCE

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

Photo: AFP

La baisse des taux d'intérêt de la Banque centrale et l'accentuation du programme de rachat de titres financiers, dont des dettes publiques, sont les principaux leviers annoncés par Mario Draghi pour contrer la spirale déflationniste et pousser les économies européennes vers une plus forte croissance.

Les annonces étaient attendues mais elles tenaient à être officielles. Jeudi 10 mars, Mario Dragi, président de la Banque centrale européenne (BCE), annonce plusieurs mesures, comme la baisse des taux d'intérêt, afin de relancer l'activité et l'inflation, dans une zone euro soumise à une croissance molle, une spirale déflationniste et à des dettes publiques qui n'arrivent pas à se résorber, malgré l'assouplissement quantitatif (quantitative easing en anglais, QE) appliqué depuis 2015.

Taux zéro

En tout cas, M. Draghi n'y va pas de main morte. La première grosse mesure annoncée est la baisse du taux directeur de la BCE, passant désormais à 0%. Une nouvelle étape dans l'histoire monétaire européenne. De même que des prêts accordés aux banques commerciales, chargées de les utiliser ensuite dans "l'économie réelle", seront mis en place pour une durée de quatre ans.

Le plus important dans la conférence de presse de M. Draghi, c'est l'approfondissement du programme de rachat des titres de dette. De 60 milliards d'euros mensuels, ils passeront désormais à 80 milliards par mois, la BCE élargissant également son champ d'action dans cette politique, avec la possibilité de racheter des obligations émises par les entreprises, sous condition des notes attribuées par les agences de notation. Une façon de prêter directement aux firmes, à la place des banques commerciales.

Jouer sur la crédibilité...

Ce renforcement du QE se veut être un moyen d'endiguer la spirale déflationniste qui sévit sur la zone euro, qui semble suivre une voie de japonisation depuis la crise mondiale de 2008-2009. Toujours est-il que depuis l'application du QE par la BCE, ce que d'autres banques centrales comme la Réserve fédérale (Fed) états-unienne, la Banque d'Angleterre (BoE) ou la Banque du Japon (BoJ) ont déjà mis en place dès 2009 ou 2010, l'effet le plus visible de cette politique monétaire dite "non conventionnelle" est la dépréciation de l'euro, dont le taux de change avec le dollar désormais aux alentours de 1,10 dollar, contre plus de 1,20 un an auparavant. Ce qui, bien évidement, améliore la compétitivité des firmes exportatrices européennes, notamment allemandes, qui fournissent à l'Allemagne des excédents commerciaux record mais pouvant être considérés comme excessifs, eu égard aux traités européens.

Néanmoins, si l'effet du QE sur l'euro a été significatif, le QE disposé jusqu'à présent n'a pas réussi à enrayer la spirale déflationniste, qui ralentit la croissance et augmente les dettes publiques réelles (déflation par la dette, théorie chère à l'économiste Irving Fisher). Pourquoi? D'abord, les prix des matières premières, en particulier celui du pétrole, ont sérieusement flanché ces derniers mois. Ensuite, c'est la culture "conservatrice" de la zone euro (QE quand la politique d'austérité est généralisée) qui se double d'une incapacité pour la BCE à imiter immédiatement le comportement monétaire de la Fed, de la BoE ou de la BoJ. Ce qui fait dire à l'économiste Xavier Ragot que la BCE réagit trop tardivement face au pragmatisme des autres banques centrales citées tantôt. Par conséquent, il faut rester vigilant sur l'idée que cette injection de monnaie supplémentaire pourra enfin recréer de l'inflation. D'autant plus que les marchés, pourtant ravis au premier abord de la nouvelle, n'ont pas pris plaisir à observer une appréciation de l'euro par rapport au dollar, peu après la conférence de presse de M. Draghi.

... et sur les nerfs

Il n'empêche que Mario Draghi, en annonçant le renforcement du QE, continue son conflit larvé avec la Bundesbank (banque centrale allemande), et par voie de conséquence, avec le gouvernement allemand. Berlin ne tient pas à vouloir le prolongement de cette politique monétaire, pour des raisons assez simple. La baisse des taux directeurs de la BCE doit provoquer une baisse des taux d'intérêts de la part des banques commerciales. Ce qui fait des placements bancaires moins rémunérateurs pour les épargnants, notamment les retraités allemands car le régime des retraites outre-Rhin est davantage basé sur la capitalisation, contrairement à la France, où c'est un régime par répartition. En outre, cela illustre l'influence de la démographie sur des décisions publiques puisque l'Allemagne a une part importante de retraités, doublée d'une faible fécondité, et qu'elle entend faire valoir les intérêts de son peuple, ce qui est louable.

Mais la démographie de l'Allemagne nécessiterait une politique monétaire plus restrictive, ce qui serait gênant pour des pays comme la France, où la fécondité est plus dynamique, traduisant une part de la jeunesse plus important et permettant un certain équilibre générationnel. Du coup, un besoin d'expansion que Draghi semble vouloir accorder du crédit mais la concrétisation se fait bien attendre.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article