La loi Travail ou un jeu d'échecs gouvernemental

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Suite aux manifestations réalisés le 9 mars en France, le gouvernement entend tendre la main aux syndicats qui ont marché dans la rue, sur certains points. Reste à savoir si ça portera ses fruits ou pas.

Entre 225.000 et 450.000 manifestants, mercredi 9 mars en France, pour une première manifestation contre le projet de "loi travail", défendu par le gouvernement, en particulier par Myriam El Khomri, ministre du Travail. Bien évidemment, c'est à Paris que les manifestants ont été les plus nombreux. Entre 27.000 (police) et 100.000 organisateurs. Pour ma part, ayant observé le cortège parisien, il faudrait tabler sur 60.000-70.000 manifestants. Un début qui paraît modeste, eu égard à la pétition en ligne qui recueille plus d'un million de signataires depuis une quinzaine de jours. Mais une concrétisation du phénomène alors confiné à la sphère digitale, peu prise en considération par certains.

Syndicalistes et étudiants dans la rue

L'un des points les plus attendus de la manifestation du 9 mars a été la mobilisation étudiante et lycéenne. Les jeunes, parfois vus comme gonflants et jugés pas concernés par ce projet de loi par les bien-pensants, d'ailleurs. Ce qui est hypocrite car le projet de loi s'inscrit, a priori, dans le long-terme, et par conséquent, les jeunes y sont impliqués. Plusieurs milliers ont battu le pavé, soit par lien avec les syndicats étudiants et lycéens (UNEF, FIDL, UNL, SGL, etc.), soit par conviction personnelle. Mais ils ne formaient pas la majorité des manifestants du 9 mars, tout de même. Le déploiement de force a davantage été l'œuvre des syndicats de salariés. La CGT en premier lieu, mais d'autres syndicats n'ont pas été en reste. SUD, la FSU, FO et même les anarcho-syndicalistes de la CNT ont mobilisé plusieurs milliers de leurs adhérents de République à Nation. Ce qui permet ainsi de trouver un élément de réponse à la question "où sont les syndicats?" qui est leur présence sur le pavé.

Les partis politiques de gauche (radicale et écologiste) ont été plus discrets, fermant la marche par ailleurs. En tout cas, le mouvement a pris forme et entend continuer jusqu'au retrait de la loi travail. Et la mobilisation du 9 mars semble avoir surpris certains manifestants, qui pensaient que l'affluence serait moindre, en raison également du contexte météorologique (pluie au matin de la manifestation, source de démotivation pour certains).

Aménagements à prévoir

Face à ce déploiement, le gouvernement de Manuel Valls compte bien en atténuer l'importance actuelle et future. D'abord avec les chiffres, un grand classique, mais par de nouvelles pistes explorées et de futures négociations prévues. Tout d'abord, les nouvelles pistes de réflexion. Une de celles évoquées dans la presse est la surtaxation des Contrats à durée déterminée (CDD) (cf lien n°1). Cette possibilité se veut être un moyen de rendre le Contrat à durée indéterminée (CDI) comparativement moins coûteux pour les firmes que le CDD, devenu la voie quasi unique d'embauche en France, ces dernières années. Quelque part, le gouvernement s'inspire de la proposition de "contrat unique", faite par l'économiste Jean Tirole (avec Olivier Blanchard) en 2003, mais avec un meilleur écho vu son prix de la Banque de Suède en sciences économiques (abusivement appelé "prix Nobel d'économie") en 2014.

De même que du lest pourrait être lâché à propos de la durée de travail des apprentis. Dans la version initiale du projet de loi, les apprentis devaient suivre 40h de travail hebdomadaire, au lieu de 35h. Selon le quotidien Les Échos (cf lien n°2), cette idée passerait à la trappe, Mme El Khomri indiquant sur la chaîne de radio France Info que cette suppression de l'allongement horaire des apprentis est "sur la table". Enfin, Mr Valls invite les organisations étudiantes à Matignon, vendredi 11 mars, pour ouvrir des négociations.

En bref, des ouvertures par-ci, par-là, pouvant être analysées comme des pions posés sur un échiquier, ayant pour but de rendre le projet de loi plus légitime via le ralliement de la CGT ou de l'UNEF, mais ainsi de stériliser, de marginaliser le mouvement social qui s'est exprimé le 9 mars. Donc, une partie d'échecs qui peut durer en fonction de la détermination des parties prenantes. Et ce, dans une ubérisation de l'économie, regonflant le travail indépendant, par nature faiblement syndiqué, montrant davantage de précarité que de garantie pour les travailleurs et renvoyant à une légende le CDI, qui était la norme après la seconde guerre mondiale.

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