La stabilité du Franc CFA, un frein au développement économique?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Abidjan régionale

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Au sortir d'une réunion des ministres des Finances de la zone Franc à Paris, le 5 octobre, les pays utilisant le Franc CFA et la France répondent aux critiques de plus en plus importantes sur cette devise issue de la colonisation française.

Une source du ministère des Finances français, citée par le journal Jeune Afrique (cf lien), est affirmative: "La France est, via le franc CFA, un filet de sécurité régional des pays africains de la zone". Un propos lancé suite à une réunion des ministres des Finances des pays membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) à Bercy, jeudi 5 octobre. Une réponse à la salve de critiques qui s'est développée durant l'été 2017, portant le Franc CFA dans le débat public dans l'Afrique francophone, principale zone concernée par le Franc CFA.

Franc CFA, un facteur de stabilité...

L'argument utilisé par les décideurs monétaires est que le Franc CFA est un facteur de stabilité et de croissance pour les pays détenteurs de cette devise. Ils en veulent pour preuve que les pays de l'UEMOA et de la CEMAC affichent à la fois une plus forte croissance et une moindre inflation que la moyenne du continent africaine. Ce qui prouverait que les pays francophones seraient de bons gestionnaires, économiquement parlant. En outre, ça renforce leur ligne qui est de dire que l'arrimage à l'euro, la convertibilité unique avec la monnaie unique européenne est ce qu'il y a de mieux et qu'il n'est pas nécessaire, selon eux, de multiplier les convertibilités du Franc CFA avec d'autres monnaies, telles le dollar états-unien, le renminbi chniois ou le yen japonais, serait facteur de risque.

Enfin, face à la critique les réserves centralisées dans le Trésor public français, Bercy assure que la France y perd davantage qu'elle ne gagne avec un Trésor public contrôlant 50% des réserves centralisées des pays membres de la zone Franc, avec un taux rémunérateur positif des dépôts faits par ces pays.

... pour des rentiers

Mais est-ce que ça peut faire taire les critiques? Pas forcément. Plusieurs économistes africains pointent l'arrimage à l'euro comme facteur de risque car l'euro est vu comme une monnaie trop forte, y compris en son sein, et par voie de conséquence, le Franc CFA est considéré comme trop pour les économies de la zone, favorisant ainsi un comportement de rentiers plutôt qu'un comportement d'investisseurs. Ensuite, la croissance des pays de l'UEMOA et de la CEMAC prise dans son ensemble masque les disparités du côté des pays membres, dont les structures économiques, notamment énergétiques, sont facteurs de divergence et non de convergence. Sans compter le fait que la part des industries possédant à des agents locaux (entreprises, administrations publiques, ménages) est loin d'être majoritaire. Ce qui masque une dépendance par rapport aux multinationales étrangères - occidentales ou asiatiques -.

Enfin, la question de la répartition de la richesse produite se pose et vu les éléments ci-dessus, elle n'est guère en faveur des locaux. Puis, avec un Franc CFA très fort, un déséquilibre commercial se met en place avec des pays en mesure d'exporter en-dehors de la zone Franc et d'autres devant importer massivement. Le tout, avec un échange intra-communautaire très faible (moins de 15%).

Après le Franc CFA

Pour les critiques du Franc CFA, la question est "comment construire l'après-Franc CFA?". La principale piste explorée est l'établissement d'une nouvelle monnaie commune, d'abord au niveau régional. Dans le cas de l'Afrique de l'Ouest, ça voudrait dire inclusion de la Guinée, de la Sierra Leone, du Ghana ou du Nigéria. Dans le cas de l'Afrique centrale, voudrait dire inclusion de la République démocratique du Congo, de l'Angola, du Rwanda, du Burundi ou de l'Ouganda. Tout ça pour atteindre l'objectif ultime qui est la création d'une monnaie commune sur l'ensemble de l'Afrique à l'horizon 2063. Ce qui serait énorme à réaliser, tant les économies du continent sont disparates et que les écueils sont nombreux au niveau économique et monétaire. Ce qui oblige les économistes africains à regarder ce qui se passe du côté de la zone euro et des difficultés qu'elle connait - spirale déflationniste, trajectoire divergente des pays membres -, pour éviter de reproduire ce scénario.

Une sortie par le haut, en fait.

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