Revenir aux fondamentaux de la Sécu

Publié le par JoSeseSeko

Revenir aux fondamentaux de la Sécu

Les propositions pour le budget de la Sécurité sociale en 2018, notamment pour réduire le déficit de cette organisation, laissent entendre une fiscalisation accrue, au détriment de la cotisation sociale, renforçant le pouvoir de l'État mais privatisant paradoxalement la Sécu auprès des citoyens. Or, selon certains, cette institution a encore un souffle révolutionnaire qu'il faudrait reprendre à la base.

La fin du mois d'octobre correspond généralement au moment où le budget des administrations publiques passe par le vote du Parlement, et notamment de l'Assemblée nationale. Le budget 2018, premier de la présidence d'Emmanuel Macron, va être un indicateur de la ligne politique du nouveau pouvoir en France. Après la question de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), voici le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) qui passe l'épreuve. A priori, ce sera une formalité, vu combien la majorité est écrasante au Palais-Bourbon.

Une ligne libérale, court-termiste

Dans les deux cas, c'est la poursuite d'une ligne libérale, promise par Macron au moment de l'élection présidentielle. Par rapport à l'ISF, c'est une politique qui, au nom de vouloir relancer l'investissement des riches, qu'il faudrait rapatrier à tout prix, va rendre ces riches encore plus capricieux, sans aucune garantie de nouveaux investissements en France, puis ce sera surtout des recettes fiscales en moins pour un gouvernement qui jure de vouloir réduire le déficit public. Bien entendu, cela conduit à un accroissement des inégalités puisque les plus pauvres devront se contenter de miettes - s'il en reste -, prouvant ainsi que le gouvernement veut mettre en pratique la théorie du ruissellement, alors qu'elle n'a guère montré son efficacité comme politique économique depuis les années 1980.

En ce qui concerne la Sécu, il s'agit, entre autres (cf lien), d'une baisse des cotisations sociales pour l'assurance chômage et l'assurance maladie dont l'objectif sera de fournir un gain en pouvoir d'achat, même si cette baisse de cotisations sociales est partiellement contrebalancée par une hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG), conformément à l'engagement de Macron durant l'élection présidentielle. Sans oublier le fait que la hausse de la CSG concernera aussi les retraités les plus aisés - au-dessus de 1.200 euros/mois -. De quoi inciter les gens à avoir un esprit obsédé par le court-terme et peu soucieux du temps long, y compris en matière de salaire indirect, car les cotisations, c'est du salaire indirect. Mais comme il est mal vu, le langage mainstream parle de charges sociales. Ce qui n'est pas sans effets en matière d'aliénation comme l'indique le conférencier et humoriste Franck Lepage dans la vidéo suivante:

Une Sécu (re)socialisée

Avec cette énième réduction des cotisations sociales, considérées d'ailleurs comme une cause du coût du travail trop élevé en France et du chômage de masse selon les économistes orthodoxes, doublée d'une hausse de la CSG, on a droit à une nouvelle étape dans l'étatisation de la Sécu, où comme la CSG est un impôt, l'État va vouloir contrôler la gestion de ce dit impôt sur le financement de l'administration de sécurité sociale. Mais il y a en même temps un processus de privatisation de la Sécu car une nouvelle hausse des frais hospitaliers est prévue dans le PLFSS, que les patients devront se débrouiller pour payer, sauf s'ils sont couverts par une mutuelle santé (au prix d'une hausse de cotisation dans la mutuelle en question). Or, d'après une enquête de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sur la période 2004-2007, près d'un français sur 10 n'avait pas consulté un médecin ou un dentiste et la première raison invoquée est financière. Maintenant, il serait bon de savoir si la crise de 2008-2009 a aggravé la situation ou pas, si les chercheurs de l'Insee ou des universitaires se mettent à enquêter de nouveau sur ce sujet.

Toujours est-il que du côté politique, la gauche radicale ne s'y retrouve pas du tout, appelant un retour aux sources de la Sécu, c'est-à-dire, une socialisation des services de santé, à travers les cotisations sociales et une caisse unique couvrant tous les risques (maladie, chômage, vieillesse, maternité), telle que l'avait lancé Ambroise Croizat, ministre communiste du Travail en 1945, avec l'appui de la Confédération générale du travail (CGT). Le tout, dans un rapport de force très favorable au travail par rapport au capital après la 2de guerre mondiale, comme l'indique Michel Étiévent, biographe de Croizat, dans La revue du Comptoir - extension papier du site Le Comptoir - en septembre dernier. D'autant plus qu'au moment de sa fondation, la Sécu était gérée par les travailleurs (75% des sièges du conseil d'administration) et qu'à partir de 1967, le paritarisme fut intronisé par ordonnances, donnant ainsi 50% des sièges du conseil d'administration au patronat. De même qu'à partir de ce moment-là, selon Étiévent, la Sécu est coupée en plusieurs branches: chômage, maladie, accidents du travail, vieillesse, maternité. Sans oublier qu'avec le temps, le syndicalisme s'est étiolé en France, avec une CGT autant affaiblie que d'autres syndicats; ce qui permet aux serviteurs zélés de la classe dominante de rejouer la partition traditionnelle de l'anti-syndicalisme made in France. Soit dit en passant, l'alignement des travailleurs indépendants sur le régime général va avoir lieu en 2018. Ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi, non?

En tout cas, il est bon de se rendre compte combien la cotisation sociale est loin d'être une tare et que c'est un instrument de socialisation de la production fort intéressant pour préparer un nouveau modèle économique et social. De quoi faire un mea culpa de ma part, chers lecteurs, par rapport à ce que j'ai pu écrire sur la Sécu par le passé et de revoir ainsi ma pensée. C'est dire le travail pédagogique qu'il va falloir mener mais ça pourrait pousser les gens à se syndiquer.

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