Révolution d'Octobre 1917: une nouvelle phase dans l'histoire du monde

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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Le 25 octobre 1917, la Russie bascula dans une révolution portée par les bolcheviks, formant le futur Parti communiste de l'Union soviétique quelques années plus tard, au prix d'une lutte contre les défenseurs du régime tsariste ainsi que d'autres mouvements révolutionnaires, tels les Socialistes-révolutionnaires ou les anarchistes. Une révolution qui a marqué une bascule historique et intellectuelle dans le courant socialo-communiste, où le marxisme fut à la fois mis en avant et détourné de sa stratégie.

Putain 100 ans! Il y a un siècle, une nouvelle révolution se fit en Russie, avec les bolcheviks à la manœuvre du côté de Petrograd (actuelle Saint-Pétersbourg), autour de leur leader Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine. Les bolcheviks s'assurèrent le soutien des forces militaires de Petrograd, avec Léon Trotski à leur tête, afin de pousser le gouvernement provisoire, prisonnier dans le Palais d'hiver, à vite tomber; mais aussi pour court-circuiter le Soviet de Petrograd, où les bolcheviks étaient en concurrence avec les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, qui préparaient le congrès des Soviets prévu pour... le 25 octobre.

"La guerre est mère de révolution"

Mais pour qu'il y ait eu cet événement, un retour en arrière s'impose. Et tout particulièrement la 1ère guerre mondiale, qui est une cause directe de la vague révolutionnaire en Russie. La participation de la Russie à la guerre de 14-18 s'est faite essentiellement pour des raisons de politique intérieure. Le tsar Nicholas II, pourtant considéré comme pacifiste, céda face à la majorité de la cour impériale, voulant la guerre, afin d'envoyer sur le front des russes qui pouvaient menacer de fomenter une révolution plus importante que celle de 1905 et comme ailleurs, cette guerre était vue comme courte et victorieuse, avec le jeu des alliances (triple Entente France, Royaume-Uni, Russie). Mais dès l'été 1914, la guerre tournait mal avec plusieurs défaites face à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie, démoralisant progressivement les troupes et la population.

Le terrain était propice à la révolution, qui éclata dans un premier temps en février 1917, avec l'abdication du tsar Nicholas II et la mise en place d'un gouvernement provisoire, à l'issue d'une grève générale et de mutineries au sein de l'armée. Ce gouvernement provisoire, composé de libéraux puis de mencheviks (fraction minoritaire du Parti ouvrier social-démocrate de Russie) à partir du mois de mai 1917, lors d'un remaniement, avait à organiser un système démocratique avec le suffrage universel pour organiser l'élection d'une assemblée constituante, la liberté de la presse, l'amnistie et faire un compromis avec les soviets, notamment celui de Petrograd, engagé dans un processus plus révolutionnaire, même si l'influence des bolcheviks (fraction majoritaire du POSDR) était alors moindre.

C'est dans cette période que Lénine revint en Russie, après plusieurs années d'exil. Accueilli sous l'air de La Marseillaise, le leader des bolcheviks développe ses thèses d'Avril, axées sur trois points: "À bas la guerre!", "À bas le gouvernement provisoire!", "Tout le pouvoir aux soviets!". De quoi s'opposer frontalement au gouvernement provisoire, car ce dernier entend poursuivre la guerre engagée par la Russie tsariste, au nom de l'alliance avec le Royaume-Uni et la France. Or, durant l'été 1917, les troupes russes se font encore battre par les Allemands et les Austro-hongrois, provoquant de nouvelles grèves et mutineries, que le gouvernement répliqua en envoyant en prison de nombreux bolcheviks, à l'exception de Lénine, qui s'exila en Finlande. Puis une tentative de putsch militaire avortée, entre autres, par les syndicats, renforça les bolcheviks face à des mencheviks discrédités, ainsi que les socialistes-révolutionnaires présents dans les soviets. Bref, tous ces éléments donnent un certain crédit à la phrase du politicien français Jules Guesde, l'un des introducteurs du marxisme en France: "la guerre est mère de révolution".

Gagner du temps

La prise de pouvoir des bolcheviks permit à Lénine de mettre en œuvre deux décrets visant à avoir un soutien rapide et massif de la population russe. Le premier d'entre eux et l'arrêt de la guerre, avec une recherche d'une paix séparée avec les empires centraux, afin d'affirmer une assise territoriale fragile face aux mencheviks ou aux SR, mais aussi avec l'arrière-pensée que ça provoque une vague révolutionnaire au sein des autres pays belligérants, où les partis socialistes ou sociaux-démocrates ont une attitude ambigüe face à la guerre, laissant un espace pour des révolutionnaires sensibles à ce qui s'est passé en Russie. Le second est sur la propriété de la terre, où les paysans ayant repris des terrains appartenant à des grands propriétaires par exemple en garderaient la possession. Un moyen, selon des historiens, pour que les bolcheviks gagnent du soutien au sein de la paysannerie, très sensible à ce sujet.

Tout cela fut organisé pour que Lénine et ses camarades gagnent du temps face à l'imminence de l'élection de l'assemblée constituante, où ils ne sont pas assurés d'être majoritaires face aux mencheviks et aux SR, ni de s'entendre avec ces partis révolutionnaires, où plusieurs points de désaccord se sont exprimés, voire cristallisés avec la révolution d'octobre.

Une idée de la révolution

Néanmoins, cette prise du pouvoir marque une victoire de la vision léniniste de la révolution. Si elle s'inscrit dans le cadre marxiste de la lutte des classes et d'une rupture radicale avec le capitalisme, Lénine apporta des différences par rapport à Karl Marx. Dans un premier temps, Lénine définit la dictature du prolétariat, où la classe ouvrière serait à la pointe, tandis que Marx ne fait qu'esquisser certains contours en cas de dynamique positive de la révolution socialo-communiste. Dans un deuxième temps, la stratégie de conquête du pouvoir selon Lénine doit être menée sur le principe du parti d'avant-garde, composé de révolutionnaires professionnels, et non sur un mouvement "spontané" des masses, comme l'entendaient les mencheviks, qui se revendiquaient également du marxisme.

Ce n'est pas un hasard si, à la fin de la 1ère guerre mondiale, plusieurs groupuscules voulurent appliquer des méthodes similaires à celles des bolcheviks, exportant ainsi la révolution russe dans le monde occidental, et pourquoi pas dans les colonies, dans une logique internationaliste historiquement ancré chez les socialistes. Mais les échecs de ces mouvements révolutionnaires, comme en Allemagne pour la Ligue spartakiste de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, serviront de tournant du côté de la Russie bolchévique, alors en proie à la guerre civile, à une économie exsangue depuis la guerre, puis à un isolement international qui est la conséquence du message révolutionnaire des bolcheviks, menaçant ainsi le monde capitaliste à peine remis de la saignée de 14-18.

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