Brunel en mission sauvetage du XV de France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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Nommé sélectionneur du XV de France par Bernard Laporte, président de la fédération française de rugby, l'ancien entraîneur de l'Union Bordeaux-Bègles devra remettre à flot un navire à la dérive, même si le mal est bien plus profond qu'un problème de staff, à savoir celui de Guy Novès.

Ce n'était plus un secret pour personne! Le quotidien sportif l'Équipe en parlait dès le vendredi 22 décembre. Mais c'est désormais officiel. Jacques Brunel, alors entraîneur de l'Union Bordeaux-Bègles, prendra la place de Guy Novès à la tête du XV de France. Une nomination voulue par Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby (FFR) depuis 1 an, dont Brunel est un proche depuis le temps où Laporte était lui-même sélectionneur national (1999-2007). Autre avantage de Brunel, c'est qu'il a été sélectionneur par le passé, pour l'équipe d'Italie, de 2011 à 2016.

L'échec de Novès

Cette nomination confirme surtout un échec, celui de Guy Novès. L'ex-entraîneur du Stade Toulousain, qui possède pourtant le palmarès le plus prestigieux en tant que coach (10 titres de champion de France, 4 Coupes d'Europe). Nommé par Pierre Camou, prédécesseur de Bernard Laporte à la tête de la FFR, après la Coupe du monde 2015 où les Bleus furent sortis humiliés par la Nouvelle-Zélande (13-62), l'initiateur du "jeu de mains, jeu de Toulousains" était attendu pour être celui qui redonnerait un certain sens à ce que les anglo-saxons appellent le "French flair" et des résultats, alors que Philippe Saint-André, son prédécesseur, était alors le seul à avoir un bilan négatif (plus de défaites que de victoires) depuis la professionnalisation du rugby, en 1995.

Si l'année 2016 laissait entrevoir des espoirs de renouveau en termes de projet de jeu mais que les résultats nourrissaient une certaine frustration, tant dans le Tournoi des VI nations que lors des test-matchs de juin et de novembre, l'année 2017 a été un cauchemar. Et pourtant, la France termina à la troisième place du Tournoi des VI nations, avec 3 victoires pour 2 défaites, ce qui est son plus haut classement depuis 2011. Il faut quand même avouer qu'il fallut s'arracher pour battre le Pays de Galles au Stade de France, en mars dernier. Signe que le XV de France reste malade. Mais c'est la suite de l'année qui a tourné à la catastrophe. Trois défaites en autant de matchs lors de la tournée de juin en Afrique du Sud, deux défaites en novembre contre les All Blacks et les Springboks et un match nul qui aurait dû être une défaite contre le Japon. Bref, une descente aux enfers que Laporte voulait stopper, sachant que la relation entre les deux hommes n'est guère cordiale depuis plusieurs années, du temps où Laporte était sélectionneur et que Novès entraînait le Stade Toulousain, alors principal pourvoyeur d'internationaux français.

Un mal profond

Cette décision, même si elle était attendue, elle demeure historique. Pour la première fois, un sélectionneur du XV de France se fait virer entre deux Coupes du monde. Quand Jacques Fouroux quitta son poste en 1990, il avait démissionné. Il n'avait pas été viré. Une nuance capitale qui traduit bien le changement d'époque dans le rugby français, sous tension et regardant sa propre déchéance se faire. Maintenant, reste à savoir si ça pourra servir d'électrochoc, ou de morphine auprès de joueurs susceptibles d'être sélectionnés par Brunel pour le prochain Tournoi des VI nations, et à moins de deux ans de la Coupe du monde qui aura lieu au Japon. Peut-être que certains, comme le demi de mêlée Baptiste Serin, dont Brunel était encore l'entraîneur à Bordeaux-Bègles il y a quelques jours de cela, vont vouloir se sortir les tripes après une fin d'année 2017 qui les a rendu amorphes sous le maillot bleu. Et ce, malgré des dispositifs de récupération développés progressivement, de manière à ce que les Bleus soient plus frais physiquement avant d'affronter les autres équipes nationales, dans le cadre du Tournoi des VI nations ou des test-matchs.

Est-ce que cette solution résoudra tous les problèmes? Clairement non. Le mal dont souffre le XV de France est plus profond. Et il est lié aux clubs. Ces derniers se révèlent être bien plus puissants que la sélection nationale car ils suivent un plan davantage court-termiste que celui de l'équipe de France, qui doit pourtant servir de vitrine pour le rugby français, dans son ensemble. Problème, le club de Bordeaux-Bègles est lésé dans cette histoire et d'autres pourraient l'être comme le Rugby club Toulonnais car Fabien Galthié, actuel entraîneur de ce club, est considéré comme l'un des futurs adjoints de Brunel chez les Bleus. Ça promet encore des discussions, tout ça. Puis, les clubs ont la tendance à préférer les grands joueurs étrangers qui tentent un dernier coup avant leur fin de carrière plutôt que de lancer des jeunes espoirs français, en dépit du JIFF (Joueur issu des filières de formation), qui oblige les clubs à avoir un certain nombre de joueurs suivant ce dispositif dans leur effectif (12 à 14 selon les profils des clubs) (cf lien). En vérité, le rugby français suit le chemin du foot anglais. Et quand on voit les performances en dent de scie de l'équipe anglaise de football, en raison du faible temps de jeu des footballeurs anglais dans leurs clubs respectifs, il y a de quoi craindre (encore) le pire pour le rugby français.

Publié dans Sport, Rugby, France, Brunel, Laporte, Novès

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