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Frustration mais espoir en ce XV de France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Lahalle/L'Equipe

Photo: Lahalle/L'Equipe

Malgré de l'envie et du mouvement dans le jeu, le XV de France version Guy Novès sort de ce Tournoi avec l'amère situation de faire du surplace, par rapport à la Coupe du monde catastrophique, en 2015. Mais les marges de manœuvre sont là et le projet de jeu portera ses fruits si ça garde le même état d'esprit.

"Sorry, good game". Cette petite phrase assassine quand l'Angleterre gagne contre la France, va résonner dans les têtes, à plus d'un titre. En premier lieu, car le XV de la rose a vaincu les bleus 31-21 au stade de France, samedi 19 mars, au terme d'un match agréable à voir et des initiatives françaises dans le jeu qui sont intéressantes. Mais surtout, avec cette victoire en France, Albion gagne le Tournoi des VI Nations en réalisant le Grand chelem (5 victoires), le 13e de son histoire et le premier depuis 2003, année de sa victoire en Coupe du monde de rugby, avec notamment Jonny Wilkinson à la baguette.

Un esprit revanchard

Ce triomphe anglais sonne comme une revanche pour les joueurs. En effet, la plupart d'entre eux ont joué durant la Coupe du Monde, organisée à domicile et l'Angleterre est rentrée dans l'histoire de la compétition comme le premier pays organisateur qui se fait éliminer dès la phase de poules, avec deux défaites face à l'Australie - futur finaliste, battu par la Nouvelle-Zélande -, mais surtout face au Pays de Galles. Une élimination historique qui a provoqué la démission de Stuart Lancaster, qui avait pourtant un bilan honorable avant la compétition (60% de victoires), remplacé par l'Australien Eddie Jones, qui venait de quitter la sélection du Japon, la grande bouffée d'air frais de cette Coupe du monde 2015.

Il n'empêche, un Australien qui entraîne l'équipe d'Angleterre et que ça prenne mayonnaise, ça semblait mal parti. Mais ça marche du premier coup! Il faut quand même ajouter que son prédécesseur avait dessiné un plan de jeu clair que M. Jones a bien repris, avec la plupart des joueurs de la période Lancaster, notamment des jeunes (Ben Youngs, Owen Farrell, Jonathan Joseph, Anthony Watson, Jack Nowell, George Ford, Billy Vunipola, etc.) plus un nouveau, Maro Itoje, qui a crevé l'écran en tant que 2e ligne, redoutable sur les lancers en touche. Eddie Jones a su remobiliser les esprits pour rétablir une équipe en confiance, en maîtrise, dans son jeu.

Une "longue marche" française

Pour le XV de France, ça part de plus loin. L'humiliation en 1/4 de finale face aux All Blacks a montré des fissures énormes au sein du XV de France en ruines, renforcées sous le mandat de Philippe Saint-André (PSA), le pire depuis la professionnalisation du rugby, en 1995. Un cadeau empoisonné pour Guy Novès, malgré son palmarès prestigieux avec le Stade Toulousain - 10 championnats de France, 4 Coupes d'Europe - et l'envie de mettre en place un jeu offensif, inspiré de l'Argentine, actuellement la meilleure équipe latine de rugby devant... la France. Malgré deux victoires inaugurales, acquises à l'arraché, contre l'Italie et l'Irlande - ce que PSA n'a jamais réussi en quatre ans -, M. Novès n'est pas "Harry Potter", comme le disent certains connaisseurs de l'ovalie. Et les trois défaites suivantes, dont celle en Écosse - une première depuis 10 ans! -, ne peuvent remonter le moral en berne dans la France du rugby, 5e dans ce Tournoi. Le pire départ pour un entraîneur du XV de France dans un Tournoi des VI Nations!

Faut-il tout jeter? Non! Le jeu offensif tend à se mettre en place, des joueurs comme le capitaine Guilhem Guirado, François Trinh-Duc, Jules Plisson, Maxime Mermoz, Maxime Machenaud, Gaël Fickou, Virimi Vakatawa et d'autres y adhèrent complètement, avec des nouveaux (Vakatawa, Paul Jedrasiak, Camille Chat, Jefferson Poirot, Jonathan Danty). D'ailleurs, le public trouve que c'est positif, en général. Mais plusieurs problèmes se posent:

  1. Les intentions sont en place, des franchissements se font, mais ça ne va pas au bout. Pourquoi? Le déchet technique peut servir de première explication, avec une litanie de fautes de mains au Pays de Galles, en Écosse ou contre l'Angleterre par exemple; ou bien, la relative inexpérience des bleus de M. Novès, poussant à la précipitation sur plusieurs actions à Cardiff ou Édimbourg.
  2. L'effectif, volontairement rétréci par M. Novès, semble afficher de grosses limites physiques. Notamment en 3e ligne, où un plaqueur à forte densité physique comme Bernard Le Roux n'a été utilisé que pour le dernier match, mais surtout, la blessure du 3e ligne centre Louis Picamoles contre l'Italie n'a jamais pu être totalement compensée. Mais derrière, ça reste à voir car les 3/4 aile Yoann Huget et Teddy Thomas - même si ce dernier a joué contre l'Irlande -, ont manqué à l'appel pour offrir des opportunités au staff tricolore.
  3. Un équilibre entre mise à disposition offensive, en assimilation progressive, et maintien des fondamentaux (mêlée, touche) est à parfaire pour les avants. Et d'un match sur l'autre, ça change. En Écosse, la mêlée française fut lourdement pénalisée tandis que contre l'Angleterre, c'est la touche qui a été le point faible pour les français.

Finalement, c'est un sentiment de frustration qui prédomine, où les efforts consentis ne sont pas pleinement récompensés. Mais l'état d'esprit y est, ainsi qu'une recherche d'application précise d'un jeu tourné vers l'offensive. Lorsque le déclic se fera, les bleus de M. Novès deviendront alors dangereux pour leurs adversaires.

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