Le déficit public dans les clous de Maastricht

Publié le par JoSeseSeko

Photo: yisris

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Le déficit public passe en-dessous de la barre de 3% du Produit intérieur brut en 2017 selon l'Insee, faisant rentrer la France dans les clous du pacte budgétaire européen. De quoi permettre au gouvernement actuel de fanfaronner, alors que ce déficit public pourrait s'aggraver vu la politique fiscale, et jouer sur une dette publique encore importante.

C'est la nouvelle qui fait plaisir au sein du gouvernement! Ce lundi 26 mars, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) publie sa note annuelle sur les comptes publics, indiquant l'excédent ou le déficit budgétaire des administrations publiques. Il en ressort qu'en 2017, la France affichait un déficit public de 2,6% du Produit intérieur brut (PIB). Soit un déficit en-dessous du plafond de 3% autorisé par les traités européens, et tout particulièrement le pacte de stabilité et de croissance. Ce qui est une première depuis la crise de 2008. Ce qui permet au ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, et au ministre de l'Action et des Comptes publics (nouveau nom du ministre du Budget), Gérald Darmanin, de fanfaronner et de clamer haut et fort que la politique voulue par le président Emmanuel Macron est la bonne (cf lien).

Envolée des recettes

Mais qu'est-ce qui fait que le déficit public soit passé de 3,4% du PIB à 2,6% du PIB entre 2016 et 2017? Selon l'Insee, l'explication est à trouver dans les recettes fiscales. En effet, avec une croissance économique de 2% en 2017, l'économie hexagonale permettait à la puissance publique d'avoir des recettes accrues. Si les recettes publiques se sont accrues de 4% en 2017, c'est surtout dû aux recettes liées aux impôts sur le revenu et le patrimoine (+5,2%), aux impôts sur les produits et la production (+4,6%) et aux cotisations sociales effectives (+3,6%). D'ailleurs, ces cotisations, qui servent au financement de la Sécurité sociale, permettent à cette dernière d'afficher un excédent budgétaire pour la première fois depuis 2008 (5,1 milliards d'euros). Mais est-ce la seule explication? Pas forcément, car l'accès aux soins, et donc au remboursement par la Sécu, est de plus en plus inégalitaire, comme l'a également indiqué l'Insee dans une note parue en février dernier. Du coup, le poids des recettes publiques s'accroit sensiblement  - 53,9% du PIB en 2017 contre 53,2% du PIB en 2016 -.

Mais qu'en est-il des dépenses? L'Insee indique que ces dernières continuent leur progression (+2,5% en 2017), mais qu'elles ont un poids stagnant d'année en année depuis 2012, quand elles sont rapportées au PIB - 56,5% du PIB en 2017 contre 56,6% du PIB en 2016 -. La seule dépense ayant manifestement baissé est celle sur les intérêts (-3,7%), tandis que les dépenses liées aux subventions sont celles qui ont le plus augmenté (+6,5%), ainsi que l'investissement public (+3%).

Une dette publique gonflante

Néanmoins, l'Insee indique que la dette publique continue de s'accroitre, mais de manière plus faible, passant de 96,6% à 97% du PIB entre 2016 et 2017. Ce qui a de quoi donner une petite douche froide aux esprits dithyrambiques. D'ailleurs, de façon paradoxale, l'endettement de la Sécu continue de s'accroitre, passant de 224,9 milliards d'euros (2016) à 226,1 milliards d'euros (2017), alors qu'il y a un excédent budgétaire, comme évoqué ci-haut. Mais ceci serait en raison "d'un accroissement" de la trésorerie selon l'Insee.

Du coup, faut-il envisager une perspective encore plus verte pour les finances publiques? Pas forcément car la politique fiscale du gouvernement vise à rendre la fiscalité moins importante, avec la suppression de l'Impôt de solidarité sur la fortune, une moindre importance accordée à l'impôt sur le revenu des personnes physiques, à peine compensée par une hausse de la Contribution sociale généralisée, qui est une réponse à une poursuite de la politique de réduction, voire d'exonération de cotisations sociales, comme le démontre le budget de la Sécu 2018, voté en octobre dernier. Et de par cette volonté politique d'agir selon les intérêts de la classe bourgeoise de la part du président Macron et de son gouvernement, c'est accroitre une dépendance à la croissance, qui est si obsédante et aliénante dans le monde économique et politique, que si elle ne se maintient pas à son rythme actuel en France - ce qui n'est pas impossible -, le déficit public s'aggraverait, ainsi que la dette publique. De quoi inquiéter les bourgeois, les possédants? Pas le moins du monde! Et pour cause, car soit directement, soit par des intermédiaires financiers (banques), ils détiennent majoritairement des titres de dette publique. Ce qui m'amène à rappeler cette phrase d'un de mes profs d'économie à la fac, pour méditer: "La dette, c'est de la redistribution à l'envers".

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