La lutte contre l'antisémisme et la récupération politique

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Aron Aron

Photo: Aron Aron

La marche blanche organisée à Paris mercredi 28 mars, en mémoire de Mireille Knoll, assassinée vendredi 23 mars, a été marquée par des traitements différenciés envers la France insoumise et le Front national, les premiers étant expulsés par un groupuscule d'extrême-droite qui protégea ensuite les seconds des huées de la grande majorité des manifestants. Signe que le recueillement peut être récupérable politiquement, en faisant des amalgames possibles.

Ce devait être un véritable moment d'unité nationale contre l'antisémitisme, mercredi 28 mars, à Paris, lors de la marche blanche en mémoire de Mireille Knoll, une octogénaire de confession juive, qui a évité la rafle du Vel d'Hiv (17 juillet 1942), assassinée dans son appartement du 11e arrondissement de Paris. Ça l'a a été dans l'ensemble, avec des membres du parti Les Républicains, le gouvernement, les groupes parlementaires de l'Assemblée nationale, dont le Parti communiste et la France insoumise (FI). Néanmoins, cette dernière et son meneur, Jean-Luc Mélenchon, ont été pris à partie et poussés vers la sortie de la marche blanche par certains manifestants qui se révèlent être en fait des membres du groupuscule d'extrême-droite la Ligue de défense juive (LDJ), organisation prônant le sionisme, interdite aux États-Unis et même en Israël, mais pas en France (cf liens n°1, 2, 3, 4).

Traitement différencié

Cette marche, organisée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), se voulait en principe rassembleuse mais en vérité, une coloration politique devait être affichée, car le président du CRIF, Francis Kalifa, avait explicitement déclaré ne pas vouloir des membres de la FI et du Front national. Un renvoi dos-à-dos qui a outré plusieurs Français issus de la communauté juive et une attitude contraire à celle de Daniel Knoll, le fils de la défunte, qui acceptait que "tout le monde vienne" à la marche blanche. La raison invoquée au sujet de la FI est que cette force politique se montre critique à l'égard de la politique colonisatrice du gouvernement israélien. Il faut dire que le CRIF est politiquement pro-israélien, et surtout vers la droite de l'échiquier politique. Donc, s'en prendre à une force de gauche est assez logique, mais très bas dans les circonstances actuelles.

Surtout, l'organisateur de cette marche laisse faire la LDJ, qui vocifèrent des injures à l'égard des insoumis, mais protège par contre les membres du FN de la majorité des manifestants, qui ne supportaient pas la présence de ce parti passéiste, fondé par Jean-Marie Le Pen et ses propos antisémites ou négationnistes - avec des condamnations multiples -. Or, selon plusieurs observateurs, les liens entre le CRIF et la LDJ semblent être intimes, de par leur positionnement idéologique.

Un antisémitisme rampant

Le meurtre de Mireille Knoll qui serait à caractère antisémite selon la justice, montre combien ce racisme à l'égard de la communauté juive n'a pas disparu en France, et qu'il semble reprendre de l'ampleur. Selon le ministère de l'Intérieur, en 2017, les actes haineux connaissent une forte baisse par rapport à 2016 mais les actes de violence connaissent une recrudescence, et tout particulièrement les actes de violence antisémite, ainsi que des atteintes à des lieux de culte ou de sépulture juifs.

Maintenant, qu'est-ce qui expliquerait cette tendance inquiétante? Pour certains, notamment du côté du CRIF, ce serait l'importation du conflit israélo-palestinien en France par les organisations de gauche et les milieux musulmans pro-palestiniens présents dans les banlieues, alimentant par ricochet le terrorisme islamiste. Et au passage, un amalgame entre antisionisme et antisémitisme pour vouloir discréditer toute critique à l'égard du pouvoir israélien actuel. Cela étant, avec l'attitude qu'a prise le CRIF ces derniers jours envers la FI, plus la perturbation de la marche par la LDJ, c'est une importation en bonne et due forme du conflit israélo-palestinien qui s'est déroulée sous nos yeux, sans que cela ne choque grand-monde. Alors que si c'était venu de la gauche, ça aurait été considéré comme un scandale. En vérité, il y a de quoi penser que le CRIF dessert la communauté juive de France et qu'il alimente, par son discours, son chemin idéologique, un antisémitisme nauséabond qui se sent pousser des ailes macabres.

Toujours est-il que comme l'écrivait Frantz Fanon, citant son professeur de philosophie: "Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l'oreille, on parle de vous".

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