Une convergence des luttes à compléter

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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La manifestation du 19 avril semble ne pas avoir mobilisé du monde, bien qu'elle soit inscrite dans l'optique de la convergence des luttes. De quoi laisser entendre l'idée que le mouvement social s'essouffle, comme pourraient le dire nombre d'éditorialistes, mais ce serait présomptueux de voir ainsi les choses, qui ne sont pas si simples que cela.

L'appel à la convergence des luttes a poussé entre 119.500 et 300.000 personnes en France, en ce jeudi 19 avril très printanier, voire presque estival. Une donnée pour le moins inquiétante pour les syndicats qui avaient organisé cette journée de mobilisation interprofessionnelle, vu que c'est plus faible que lors de la manifestation du 22 mars dernier, où c'était essentiellement des membres de la fonction publique et des cheminots de la SNCF. Or, ce 19 avril, il y avait des facteurs de La Poste, des étudiants, des membres du personnel hospitalier, des salariés du secteur privé, etc.

Heurts multiples

Le cortège parisien aurait compté un peu plus de 15.000 personnes, selon un collectif de médias. Soit trois à quatre fois moins que lors du 22 mars. Un signe qui ne trompe pas (forcément), c'est qu'il n'y avait pas de cohue pour sortir du métro Montparnasse-Bienvenüe, où se situait le point de départ de la manif parisienne. Si l'atmosphère semblait gaie en début de manif, avec l'effet des conditions météo très favorables, cela va vite se dégrader. Une fois au niveau de l'Observatoire, le cortège de tête, formé par les black blocs, qui se revendiquent de l'anarchisme, s'est frictionné à plusieurs reprises avec les CRS, au point que des reculades successives ont eu lieu.

Mais ce n'était qu'un début! Une fois la place Denfert-Rochereau passée, de nouveaux heurts ont éclaté, suite à un bris de vitrines d'un hôtel de luxe au boulevard Saint-Jacques. Durant plusieurs dizaines de minutes, le cortège n'avançait pas, black blocs et CRS s'envoyant projectiles et gaz lacrymogène sans discontinuer. Néanmoins le cortège put reprendre sa marche vers la place d'Italie - point d'arrivée -, lorsque des black blocs installèrent une mini-barricade pour permettre aux autres manifestants d'avancer.

Convergence incomplète

Le mot d'ordre de la manif du jour était "convergence des luttes". Il est vrai que face à l'offensive tous azimuts de la part du pouvoir actuel, en matière de politique économique, des grèves se sont développées un peu partout. Il y a bien sûr la grève de la SNCF, qui va bientôt entamer sa quatrième semaine. Il y a Carrefour, Air France également. Néanmoins, elles ne semblent pas vouloir s'articuler les unes avec les autres et mobiliser davantage de personnes, donnant ainsi l'occasion aux éditorialistes, qui défendent la vision gouvernementale, que le mouvement social s'essouffle.

Après, il faut se demander si la convergence est là ou qu'elle demeure incomplète. Il est plus tentant de répondre par la deuxième option car si des luttes au sein d'entreprises publiques ou privées tendent à se coordonner, il n'en demeure pas moins que des luttes plus liées à l'antiracisme et l'antisémitisme demeurent marginales dans le mouvement social actuel. Or, ces luttes-là sont à prendre en compte dans le mouvement social pour compléter cette fameuse convergence des luttes. Après tout, c'est ce qui a posé problème au mouvement Nuit Debout, il y a deux ans, au moment de l'opposition à la loi Travail. Il laissait dessiner un "entre-soi" blanc, mâle, bobo, voire bourgeois.

Du coup, est-ce que l'histoire se répète? Ce n'est pas à exclure.

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