Monsieur Macron, si vous voulez faire la guerre en Syrie, "payez-la de votre peau!"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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La décision du président de la république de procéder à des frappes aériennes en Syrie aux côtés des États-Unis et du Royaume-Uni, en raison de l'utilisation d'armes chimiques qui serait l'œuvre du régime de Damas, est un moyen pour aliéner les esprits remontés au niveau intérieur. Mais aussi une source potentielle d'exposition de l'Hexagone au terrorisme par une politique extérieure furieuse et hypocrite, à l'égard d'Israël par exemple.

À croire qu'Emmanuel Macron tient à s'inscrire dans le pas des Girondins de 1792! Le président de la République, estimant qu'une ligne rouge a été franchie par les autorités syriennes, à travers l'utilisation éventuelle d'armes chimiques à proximité de Damas, le samedi 7 avril, a décidé que des frappes aériennes se fassent, dans la nuit du 13 au 14 avril, comme l'indique ce tweet de la ministre des Armées, Florence Parly:

Il faut dire que le président avait annoncé la couleur. Jeudi 12 avril, dans le cadre d'interview au journal télévisé de 13h de TF1 de Jean-Pierre Pernaut - un bon chien de garde en service depuis 30 ans -, Macron déclarait avoir des "preuves" que le régime de Bachar al-Assad utiliserait des armes chimiques.

Raison de plus d'être méfiant car c'était un argument similaire de la part des États-Unis de Georges W. Bush en 2003 pour attaquer l'Irak de Saddam Hussein, avec la célèbre image de Colin Powell, alors secrétaire d'État, agitant une fiole comme preuve de l'existence "d'armes de destruction massive" en Irak, au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU. Et là, même pas de discussion préalable au Parlement, alors que c'est une décision qui implique que députés et sénateurs, en tant que représentants de la nation, en discutent au minimum.

Choc des impérialismes

Or, on connait la suite de cette histoire de la guerre en Irak, qui dure depuis 2003. Sa conséquence principale a été la naissance du groupe terroriste Daech, qui fout d'ailleurs le bordel en Syrie et qui a commis des attentats dans plusieurs pays occidentaux, dont la France. On ne le sait que trop bien depuis 2015, hélas! Du coup, par cet acte, la France se retrouve impliquée dans un conflit syrien qui s'enlise depuis 2011, et qui tend, par malheur, à s'internationaliser, faisant craindre un risque de troisième guerre mondiale - si ce n'est pas déjà le cas -, vu combien les relations entre les États-Unis de Donald Trump et la Russie de Vladimir Poutine se sont refroidies ces derniers temps. Ce qui permet d'ailleurs au locataire de la Maison-Blanche de donner des gages à son camp, tant les soupçons de soutien russe durant l'élection présidentielle de 2016 outre-Atlantique restent pesants.

Et quelque part, ça conforte ce que j'avais écrit en novembre 2015, après les attaques du 13 novembre, à savoir le choc des impérialismes. Et on en est à la troisième manche, où un impérialisme occidental ferait face à un impérialisme musulman (pour jouer sur le fait religieux alors que c'est politique et économique), m'obligeant à rappeler les deux premières:

  1. La première manche correspond au Moyen-Âge, avec les Croisades entre autres, et ce fut une manche gagnée par l'impérialisme musulman, avec l'émergence de l'Empire Ottoman qui prit Constantinople (actuelle Istanbul) le 29 mai 1453. Une lourde défaite pour l'impérialisme européen car il n'avait plus de contrôle sur la "route de la soie", menant à l'Inde et à la Chine et se devait de trouver une voie maritime alternative pour commercer avec "l'extrême-Orient". D'où le décloisonnement de l'Europe vers l'Ouest et bien sûr la colonisation de l'Amérique qui l'enrichit durant trois à quatre siècles.
  2. La deuxième manche fut initiée par la Révolution française, avec l'expédition d'Égypte de Bonaparte (1798). Et ce fut la revanche occidentale durant les XIXe et XXe siècles. En effet, nombre de pays de culture arabo-musulmane sur l'arc méditerranéen furent alors colonisés officiellement (l'Algérie par la France, la Libye par l'Italie) ou officieusement (protectorats français au Maroc, en Tunisie plus mandats de la Société des nations en Syrie ou au Liban; protectorat britannique en Égypte plus mandats de la SDN en Palestine ou en Irak). Cela fut possible par la révolution industrielle en Europe, par sa domination sur d'autres marchés mondiaux et par l'affaiblissement de l'Empire Ottoman.
Atlantisme et hypocrisie

Ce qui est sidérant dans cette histoire, c'est l'alignement de la France de Macron sur les États-Unis de Trump. Cette politique extérieure atlantiste à fond, dans la lignée de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, est celle qui a rendu l'Hexagone de plus en plus exposée au risque terroriste. Les attentats en 2015, 2016 et 2017 devraient inciter le pouvoir à prendre plus de recul en matière de politique extérieure. En tout cas, c'est la preuve que Macron est l'hypocrisie faite homme, à travers son indignation navrante quand Trump refusa de ratifier l'accord de Paris sur le climat en juin 2017, et qu'un mois plus tard, il lui déroula le tapis rouge, pour le 14 juillet.

En parallèle, les images de ces dernières semaines à Gaza, montrant des snipers israéliens tirant sur des manifestants palestiniens, dénombrant plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés, ces dernières semaines, dans un contexte où les Gazaouis, qui subissent un blocus par Israël depuis plusieurs années, veulent manifester jusqu'au 14 mai prochain, date du 70e anniversaire de la création de l'état hébreu. De quoi alimenter à la fois le sentiment de deux poids-deux mesures dès qu'il s'agit d'Israël et de sa politique impérialiste, mais surtout l'antisémitisme au sein d'une classe dominée, exposée à la propagande que mène Daech. Et on peut aussi ajouter l'hypocrisie à l'égard de l'Arabie Saoudite, dont le rôle dans la guerre au Yémen est pour le moins néo-colonial, ses liens avec le terrorisme, tout en demeurant un allié précieux pour l'Occident impérialiste. En conclusion, il faudrait (enfin) appliquer la recommandation de Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis, en matière de politique extérieure:

  • "La paix, le commerce, une honnête amitié avec toutes les nations, des alliances étroites avec aucune."
Détourner l'attention

Mais ce n'est pas non plus par hasard que Macron décide de frapper en Syrie et qu'il est semblable aux Girondins, comme je l'ai écrit au début de cet article. Le président connait des difficultés au niveau de la politique intérieure, avec toute une série de grèves qui se développent dans le pays, telles la grève des cheminots de la SNCF, des salariés de Carrefour, des salariés d'Air France, des étudiants, des dockers, etc. Conséquence de sa politique libérale, où l'État doit revenir à une situation d'avant 1945, où il servait la bourgeoisie de manière exclusive, ainsi qu'une limitation du droit de grève, comme l'indique une proposition de loi d'un député de droite, Jean-Charles Taugourdeau, à ce sujet.

Cette tactique de détourner l'attention sur des problématiques économiques et sociales vers la menace extérieure, n'est pas nouvelle. C'est le procédé usuel par excellence! Les Girondins le faisaient en 1792, en déclarant la guerre à l'Autriche. Les nationalistes de 1914 également, après avoir réussi à assassiner Jean Jaurès. Tout ça dans le but de créer un sentiment d'union nationale. Or, l'union nationale rime avec une boucherie sociale car ce sont les jeunes, pauvres, les prolétaires, les "racialisés" (ou "racisés") qui sont envoyés se faire trouer pour le compte de vieux, de riches, de bourgeois, de "blancs". Donc, il serait bon de leur rappeler les derniers mots de La chanson de Craonne, issue de la colère des poilus après la boucherie du Chemin des Dames en 1917:

  • "Car si vous voulez faire la guerre, payez-la de votre peau"
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Commenter cet article

NAHAS 15/04/2018 15:39

Vous avez quelques bonne ides mais vous vous trompez sur un point essentiel: Les Arabes ne sont pas "impérialistes" - du moins la majorité 'séculaires' d'entre eux qui combattent les diverses extrémismes religieux.

Impérialistes dans la région, ce sont les Turcs qui le sont. L'Empire Ottoman était Turcs et les Arabes alors des sujets pas toujours obéissants, d’où les nombreux génocides qui émaillent l'histoire de cet empire. Pour trouver l'origine d'une bonne partie des troubles actuels je suggère de regarder du cote d'Ankara - du 'néo-Ottoman' Erdogan et de la confrérie des Frères Musulmans dont le but est de rétablir le 'Califat de Constantinople'