La violence étatique en marche

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Romain Thieriot

Photo: Romain Thieriot

Que ce soit au niveau de la répression du mouvement social, et notamment chez les étudiants comme à Tolbiac, ou à travers le projet de loi asile et immigration voté à l'Assemblée nationale, le gouvernement actuel entend mener une politique bien droitière, qui est tout sauf rassurante pour les citoyens français, notamment ceux issus des minorités.

"Être né sous le signe de l'Hexagone, on ne peut pas dire que ça soit bandant". Cette phrase de la chanson Hexagone de Renaud résonne bien avec l'image que donne le pouvoir exécutif, avec le président Emmanuel Macron et le Premier ministre Édouard Philippe. La pente autoritariste du pouvoir, doublée d'une philosophie fondamentalement capitaliste, s'exprime à plein régime ces derniers jours, sous l'angle de la répression du mouvement social d'une part, et de la législation sur l'asile et l'immigration d'autre part.

Répression policière

Au niveau du mouvement social qui a pris forme avec des grèves à la SNCF, chez les étudiants, à Air France ou encore à Carrefour par exemple, la répression policière semble être la mesure privilégiée par les autorités, en mettant une dose de fausses nouvelles. L'exemple évoqué ces derniers temps est l'évacuation du centre Pierre Mendès-France, communément appelé Tolbiac, un des sites de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, vendredi 20 avril. La version officielle, délivrée par la préfecture de police sur les réseaux sociaux, indique que l'évacuation du site n'a généré "aucun incident".

Mais des témoignages, recueillis notamment par le journal en ligne Reporterre (cf lien n°1) ou l'hebdomadaire Marianne, contredisent cette version, affirmant que cette évacuation policière a provoqué la blessure grave d'un occupant de Tolbiac et que des traces de sang du blessé, ayant fait une chute de trois mètres, auraient été effacées par les forces de l'ordre (social). Quant à savoir où est soigné ce dit blessé, le mystère demeure car il aurait été hospitalisé à l'hôpital Cochin ou à celui du Kremlin-Bicêtre, au point que le syndicat Sud, à travers sa fédération étudiante et sa fédération Santé, compte enquêter sur cette histoire, afin de savoir ce qu'il en est (cf lien n°2). De même que ce blessé serait un afro-descendant, rappelant combien les violences policières envers les non-blancs sont loin d'être punies en France, suscitant de plus en plus de colère envers ce sentiment d'impunité.

Pour l'instant, si ça n'enquête pas au sujet d'éventuels blessés lors de l'intervention policière, une enquête a été lancée pour "dégradations en réunion" suite à un dépôt de plainte de la part de la présidence de l'université, qui estime le coût à plusieurs centaines de milliers d'euros (cf lien n°3). Ce qui est pour le moins hypocrite, c'est que Georges Haddad, président de Paris 1, relève seulement maintenant les dégradations. Or, elles ne datent pas de l'occupation du site de Tolbiac. Cela fait plusieurs années, voire décennies que ce bâtiment affiche des dégradations en tout genre (chaises cassées, ascenseurs en panne, tags dans les amphis, etc.). Je parle en connaissance de cause car j'ai fait toutes mes années d'études à Paris 1, et que j'ai fréquemment suivi des cours à Tolbiac. Et j'ai continuellement vu des tags dans les amphis, dans les escaliers, des chaises et tables cassées, des ascenseurs en panne, les fenêtres à remplacer. Donc, utiliser la dégradation du site comme prétexte pour l'intervention policière est du foutage de gueule de la part de la présidence de la fac.

Verrou migratoire

Dans un autre domaine, le pouvoir a montré combien il était sensible à vouloir attirer les votes de la droite, voire de l'extrême-droite. Pour preuve, le projet de loi Asile et immigration, considéré comme "dangereux" par Amnesty international et d'autres organisations non gouvernementales, a été voté par l'Assemblée nationale, dimanche 22 avril, par 228 voix contre 139, plus 24 abstentionnistes. Ce qui permet de remarquer que sur les 577 députés que compte l'Assemblée, 186 n'étaient pas présents pour le vote. Puis que le mouvement la République en marche suit une logique bonapartiste, à savoir une soumission envers le chef Macron, car celui qui ne rentre pas dans le rang, pourrait bien se faire virer du groupe parlementaire. Le député Jean-Michel Clément l'apprend à ses dépens, vu qu'il est le seul à avoir voté contre le projet de loi.

Mais le Sénat, où la droite est majoritaire, pourrait contraindre à de nouveaux amendements dans les prochains mois, signe que ce texte va encore déchainer les parlementaires, notamment les plus à droite (cf liens n°4 et 5).

Ce qui s'en dégage de ce texte est que les immigrés seraient forcément des profiteurs, des "assistés" comme dirait Laurent Wauquiez, chef du parti Les Républicains, et que "la France n'a pas vocation à accueillir toute la misère du monde", comme l'a récemment formulé Macron dans une interview télévisuelle, le 15 avril dernier, reprenant ainsi une formule de l'ancien Premier ministre Michel Rocard. Mais encore faut-il être sûr que la France soit le pays qui accueille le plus. Selon les données d'Eurostat, en matière d'asile et selon le poids de la population, la France accueille bien moins de monde qu'en Suède, qu'en Allemagne, qu'au Danemark, qu'en Suisse, qu'en Belgique, etc. Une façon d'alimenter des fausses nouvelles (ou fake news en anglais, mot très à la mode) en somme.

De même que la classe politique devrait expliquer d'où viendrait cette dite misère. En réalité, elle est basée sur le néocolonialisme, l'impérialisme occidental et cette vague migratoire est le boomerang de la logique d'exploitation, chère au capitalisme, que le pouvoir actuel et l'opposition de droite et d'extrême-droite défendent corps et âme. Bref, une contradiction qui pousse à jouer à un jeu très dangereux où, à terme, l'extrême-droite, incarnée par le Front national, se rapprocherait du pouvoir.

Et dire qu'il y a un an, on voyait Macron face à Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. Signe que la droitisation de la France n'est pas prête de s'arrêter d'elle-même si on ne lutte pas.

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