L'OM entre regrets et espoirs

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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Au bout d'une saison riche en émotions, l'Olympique de Marseille échoue au pied du podium, et donc à une qualification en Ligue des champions, aux profit de l'Olympique lyonnais, dont les relations s'étaient tendues ces dernières semaines. Un regret qui ne doit pas effacer les progrès réalisés par le club marseillais sur la saison, avec des joueurs qui ont mouillé le maillot et un entraineur qui a su retourner l'opinion des supporters en sa faveur.

Le rideau est tombé pour la Ligue 1 version 2017-2018. Comme il fallait s'y attendre, le Paris Saint-Germain et son effectif imposant, avec Neymar, Kylian Mbappé et surtout Edinson Cavani, est devenu champion de France sans trop se forcer. Et comme d'habitude, au niveau européen, il n'a pas réussi à s'arracher. Du coup, c'est derrière qu'il fallait suivre le championnat de France, et on était servi tant l'Association sportive de Monaco (ASM), l'Olympique lyonnais (OL) et l'Olympique de Marseille (OM) s'étaient livrés pour accéder aux deux dernières places du podium tout le long de la saison, avec ces chassés-croisés réguliers. Mais au final, ce sont bien l'ASM et l'OL qui demeurent sur le podium, et non l'OM. Et mieux, pour l'OL, cette troisième place, originellement qualificative pour le tour de barrage de la Ligue des champions, est devenue une place de qualification directe grâce à la victoire de l'Atlético Madrid en finale de Ligue europa contre... l'OM.

À nos actes manqués

Cette finale perdue va faire ruminer les phocéens, tant leur parcours était honorable, ce qui donne une leçon aux clubs français qui prennent par-dessus la jambe cette compétition européenne et qui ne mouillent pas le maillot pour oser aller jusqu'au bout, même quand il s'agit du PSG en Ligue des champions. Et surtout, ça donne la preuve qu'un club français peut lutter à la fois dans les premières places du championnat et dans une compétition européenne jusqu'au bout. D'ailleurs, l'OM est le club européen ayant joué le plus de matchs en cette saison 2017-2018 car avec sa cinquième place lors de la saison 2016-2017, le club marseillais s'était qualifié pour les tours préliminaires de la Ligue europa, commençant fin juillet. Ce qui renforce le mérite des joueurs phocéens impliqués tout au long de la saison.

Néanmoins, cette quatrième place, pourtant signe d'une progression de la part du club, est très amère, soulignant des actes manqués. D'abord, l'incapacité de l'OM à se surpasser lors des grands matchs de championnat, donc face au PSG, à l'ASM et à l'OL. Sur 18 points possibles, l'OM n'en a pris que 2. Et ça pèse lourd dans la balance finale. De même que cette longue saison a pesé dans les jambes dans le sprint final pour le podium, et les matchs nuls à Angers et à Guingamp, ce dernier précédant juste la finale en Ligue europa, pèsent également. Bien sûr, certains supporters mettront en question l'arbitrage vu comme défavorable envers l'OM, plus des décisions favorables à l'OL, laissant poindre l'idée d'une influence importante de la part du club rhodanien sur les instances du foot français, mais cela ne suffit pas du tout pour expliquer cette quatrième place marseillaise.

Une fierté relancée

Cette saison, surtout la deuxième partie, aura marqué un retour de flamme pour les supporters marseillais, relançant leur fierté pour leur club de cœur, qui les aura fait vibrer jusqu'au bout. En voyant le parcours européen de l'OM, les supporters ont rempli le stade Vélodrome, le transformant en volcan prêt à entrer en éruption, avec des supporters jouant le rôle du douzième homme, dans un esprit de fusion avec les joueurs. Il faudrait tous les saluer pour leur travail, sachant que pour certains, les supporters ne les attendaient pas tellement à ce niveau, mais j'en privilégie certains, qui ont marqué les esprits sur cette saison.

En premier lieu, Florian Thauvin, évidemment. Le milieu offensif, auteur d'une saison pleine l'an dernier (15 buts, 9 passes décisives), a encore fait mieux cette saison, avec 22 buts et 11 passes décisives en championnat, sans compter ses 4 buts et 5 passes décisives en Ligue europa. C'est clairement l'atout offensif n°1 du club. Et en récompense de ce travail abouti, il est dans la liste des 23 bleus pour la coupe du monde en Russie, en juin prochain. Néanmoins, il demeure encore friable sur des gros matchs, et la finale de Ligue europa le prouve - hélas -, même s'il s'était montré à la hauteur lors du quart de finale contre Leipzig et de la demi-finale contre Salzbourg en Ligue europa, et qu'il avait marqué un but contre le PSG lors du match aller au Vélodrome (2-2). Ensuite, Luiz Gustavo. Le milieu défensif brésilien, recruté l'été dernier pour 8 millions d'euros, peut être considéré comme le meilleur transfert réalisé par l'OM depuis plusieurs années, tant il s'est montré indispensable au milieu du terrain et parfois en défense centrale, avec sa hargne dans les duels et sa justesse technique. Mais du coup, quand il n'est pas là, son absence devient préjudiciable, notamment à Guingamp, lors de l'avant-dernière journée de championnat. En tout cas, les chants des supporters à sa gloire ne sont pas volés, tant il mouille le maillot. Adil Rami, recruté également l'été dernier, a fait une bonne saison sous le maillot phocéen. Le défenseur a su exprimer sa puissance physique, même si l'arrière-garde marseillaise s'est pris beaucoup (trop) de buts. Et avec des circonstances favorables, il est, comme Thauvin, dans la liste des 23 bleus pour la coupe du monde.

Une liste qui ne comptera pas sur Dimitri Payet. Le milieu offensif et capitaine phocéen n'a pourtant pas démérité, avec une fin de saison en boulet de canon, avec plusieurs buts et passes décisives à son actif, lui permettant d'ailleurs d'être le meilleur passeur de Ligue europa (7 passes décisives), de se distinguer avec son but contre Leipzig comme le plus beau de cette compétition, puis d'être le co-meilleur passeur de Ligue 1 (13 passes décisives), à égalité avec Neymar. Mais sa blessure lors de la finale de la Ligue europa a condamné ses chances de participation à la coupe du monde, ce qui est d'une grande tristesse pour lui, comme pour les supporters phocéens et français, mais il ne regrette pas, comme il l'a indiqué sur les réseaux sociaux.

Retournement de situation

Si les supporters de l'OM ont eu droit à des émotions fortes, ils le doivent également à Rudi Garcia. Et il faut se souvenir qu'en début de saison, l'entraîneur de l'OM était vertement critiqué par les supporters, notamment après une défaite à domicile contre Rennes (1-3) qui suivait une claque reçue à Monaco (1-6). Et franchement, qui aurait pu croire qu'il réussirait un tel parcours par la suite? Pas grand monde en vérité, moi le premier. Donc, cela force le respect car Garcia a su retourner la situation et ainsi avoir une grande adhésion de la part des supporters. Pour cela, il s'est remis en question, avec un changement tactique en abandonnant son 4-3-3 qu'il utilisait durant ses années à Lille ou à l'AS Rome, pour un 4-2-3-1 qui s'est montré plus efficace tant devant que derrière. Mais parfois, notamment en Ligue europa, il a opté pour un schéma avec trois défenseurs centraux, avec une certaine réussite. En vérité, il a optimisé son effectif au maximum, avec un maximum de réussite.

En outre, il y a aussi des choix de joueurs qui prêtaient au départ à sourire, mais qui n'ont pas été fort mauvais au final. La reconversion du milieu offensif Bouna Sarr au poste d'arrière droit est une trouvaille, tant le joueur était raillé par les supporters et qu'il s'est adapté à ce nouveau poste pour lui, même si c'est loin d'être parfait. La confiance de Garcia à l'égard de Lucas Ocampos inspirait la méfiance tant le milieu offensif argentin pouvait être irrégulier. Mais au bout, il a fait la meilleure saison de sa carrière en championnat (9 buts, 3 passes décisives), plus 4 buts et 1 passe décisive en Ligue europa et son énergie sur le terrain, venant au repli défensif, en font un joueur qui mouille le maillot à fond fort sympa, à défaut d'être hyper décisif.

Peaufiner l'effectif

Si certains noms sont cités ci-haut, et que d'autres peuvent être évoqués comme le minot Maxime Lopez, Morgan Sanson, André-Franck Zambo Anguissa, Hiroki Sakai, Jordan Amavi, ou encore Steve Mandanda, le gardien et désormais joueur le plus capé de l'histoire du club, c'est avant tout un groupe qui s'est soudé au fil de la saison, et qui force le respect des supporters. Mais la préparation de la saison prochaine doit désormais occuper les têtes de la direction du club. En 2014-2015, l'OM entraîné par Marcelo Bielsa avait également terminé à la quatrième avec un arrière-goût également amer, le parcours européen en moins. Mais à la différence de cette année-là, le club était dans le cycle austéritaire de la fin de l'ère Louis-Dreyfus, et des cadres comme André Ayew, André-Pierre Gignac et Dimitri Payet avaient dû partir pour réduire le déficit du club. Quitte à ce que l'OM connaisse une saison suivante catastrophique.

Aujourd'hui, le contexte est différent. Franck McCourt, actionnaire majoritaire de l'OM depuis 2016, mène une politique volontariste baptisée "OM champions project". Ce qui a bien rire les anti-OM primitifs et fait poser des questions aux journalistes sportifs, mais avec le parcours européen du club cette saison, ce projet montre une certaine substance. Cependant, sur le court-terme, ça conduit à un déficit considéré comme excessif par l'UEFA, dans le cadre du fair-play financier, et Jacques-Henri Eyraud, président de l'OM, cherche à négocier avec l'instance européenne afin que l'OM ne soit pas complètement handicapé dans sa politique de reconquête. Un accord pourrait être trouvé dans les prochains jours.

En attendant, il n'en demeure pas moins que du recrutement devra être fait. Au moins trois à quatre recrues estivales ne seraient pas de trop. Un à deux défenseurs centraux, pour faire la paire avec Rami, à moins que Garcia donne plus sa chance au minot Boubacar Kamara à l'avenir, tant il est un grand espoir issu du centre de formation de l'OM et que les observateurs ont salué ses matchs en championnat ou en Ligue europa cette saison, avec une sérénité impressionnante du haut de ses 18 ans. Un milieu pour épauler, voire suppléer Luiz Gustavo, tant le brésilien est important dans l'équipe, puis un attaquant. Tant Valère Germain que Kostas Mitroglou ont des statistiques pas forcément mauvaises (9 buts en championnat chacun), mais il n'ont pas marqué les esprits dans des matchs clés. Et on pense à Germain et à son occasion au début de la finale de Ligue europa dans ce cas. Du coup, cette question du renard des surfaces revient en boucle et un nom résonne de plus en plus, celui de Mario Balotelli. L'attaquant italien, actuellement à l'OGC Nice, a réussi sa saison avec 18 buts en championnat, plus 6 autres en Ligue europa, attirant les convoitises de plusieurs clubs. Bien qu'il soit perçu comme individualiste, il répond présent lors des grosses affiches de Ligue 1, marquant contre les quatre premiers du championnat cette saison. Et comme Garcia apprécie ce joueur, l'OM pourrait bien le convaincre de rester en France, et ce d'autant plus que Puma pourrait jouer un rôle. En effet, la marque de chaussures, qui est l'équipementier de l'attaquant italien, va devenir celui de l'OM à partir de la saison prochaine, à la place d'Adidas, équipementier historique de l'OM depuis 1974 - exception faite de la période Reebok, durant les deux années de purgatoire en Ligue 2, de 1994 à 1996, conséquence de l'affaire VA-OM -.

Enfin, les exemples de Lopez et de Kamara devraient inciter Andoni Zubizarreta, le directeur sportif, à renforcer le centre de formation du club, qui part de loin comparé à celui de l'OL, une référence en la matière, et même à celui du PSG. Et ainsi, à convaincre Garcia à faire confiance à des minots qui veulent mouiller le maillot de l'OM et l'aider à retrouver le sommet français et européen.

En tout cas, merci pour cette belle saison et charge au club de faire encore mieux la saison prochain car il a prouvé que c'était possible.

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