Départ pour l'Égypte

Publié le par JoSeseSeko

Départ pour l'Égypte

Après une campagne d'Italie victorieuse, Napoléon Bonaparte est nommé général en chef de l'expédition d'Égypte, ayant pour but de couper les vivres au Royaume-Uni, dernier adversaire de la France révolutionnaire. Mais aussi un lancement d'une politique de colonisation du monde arabo-musulman qui n'est pas sans conséquences sur le long terme.

Il y a 220 ans, le 19 mai 1798 - 30 Floréal an VI -, une armée de la république française quitta le port de Toulon, sous la protection de la flotte de Méditerranée. Cette armée de 40 à 50.000 soldats, sans compter les marins mobilisés, fut placée sous le commandement du général Napoléon Bonaparte qui s'est paré de gloire avec la campagne d'Italie, menée entre l'an IV et l'an V de la république (1796-1797), avec des victoires telles Lodi, Castiglione, Arcole ou encore Rivoli, soldée par le traité de Campo-Formio entre la France et l'Autriche en octobre 1797 - ou Vendémiaire an VI -, cette dernière reconnaissant la république française, son extension dans l'actuelle Belgique, concrétisant ainsi la politique des "frontières naturelles", mais également une croissance de l'influence française en Italie avec la création de la république cisalpine et de la république ligurienne, des "républiques sœurs". Ce traité, négocié par Bonaparte lui-même, permettait également au Directoire d'avoir des rentrées monétaires, au moment où celui-ci déclara la "banqueroute aux deux tiers".

Un problème de flotte

Avec ce retrait de l'Autriche, la première coalition fut terminée, sur un constat d'échec. Néanmoins, il restait encore un pays qui continuait le combat contre la France révolutionnaire, à savoir le Royaume-Uni. Naturellement, le Directoire voulait lui régler son compte. Encore faut-il traverser la Manche et avoir une flotte suffisamment forte pour rivaliser avec la Royal navy. Problème, c'est qu'en-dehors de la semi-victoire du 1er juin 1794 (13 Prairial an II), la marine républicaine ne faisait pas le poids face à la flotte britannique, pour des raisons assez simples: il y a moins de marins côté français que côté anglais, et ce bien avant la Révolution, mais les officiers étant majoritairement des nobles, avaient presque tous déserté la flotte pour passer à l'ennemi, comme l'amiral Jean-Honoré de Trogoff, qui avait livré la flotte de Méditerranée et la ville de Toulon à la Royal Navy en 1793, par exemple. Et les rares officiers rejoignant le camp républicain étaient soit incompétents, soit vus comme trop suspects de par leurs origines sociales, les menant vers la case prison et une absence de commandement, comme l'amiral Justin Bonaventure Morard de Galles ou l'amiral Louis-René-Madeleine de Latouche-Tréville.

Une attaque en biais

Le Directoire avait eu l'idée de lancer une attaque en Irlande, vue comme le point faible du Royaume-Uni, en 1796, avec Lazare Hoche pour commander les troupes, et Louis-Thomas Villaret de Joyeuse, commandant de la flotte de l'Atlantique, stationnée à Brest. Mais Hoche ne s'entendait pas avec Villaret de Joyeuse, lui préférant Latouche-Tréville mais le Directoire lui envoya Morard de Galles. En plus du retard dans la préparation, les conditions météo se dégradèrent et l'expédition fut lancée en décembre 1796, en plein hiver, menant à la catastrophe. Le Directoire ne lâcha pas cet objectif d'attaque directe, en nommant cette fois-ci Bonaparte à la tête de l'armée chargée de combattre l'Angleterre, dans l'idée de franchir la Manche, bien que beaucoup se doutaient du bourbier que cette mission représente. Et le général Bonaparte, se doutait également du risque pris pour cette entreprise et proposa au gouvernement une attaque en biais à travers l'Égypte.

Pourquoi l'Égypte? La raison invoquée serait que l'Égypte serait le berceau de la civilisation, avec les pharaons, les pyramides, etc, d'où la mobilisation de scientifiques tels Gaspard Monge, Déodat Gratet de Dolomieu ou Étienne Geoffroy Saint-Hilaire. Une autre raison est que l'Égypte, en théorie un territoire de l'empire Ottoman, était contrôlée par les Mamelouks, des cavaliers prestigieux qui faisaient ce qu'ils voulaient dans ce territoire, en grande autonomie. En outre, il était question, selon des historiens, que l'Égypte serve de point de base pour que l'armée française marche vers la route des Indes, dont les richesses sont importantissimes pour les britanniques, afin de leur couper les vivres. En tout cas, en matière de financement, Bonaparte put compter sur le pillage du trésor de Berne, en Suisse, par les troupes du général Guillaume Brune.

Une nouvelle colonisation

Une autre raison de cette expédition d'Égypte serait de coloniser ce territoire, à un moment où les Antilles étaient en guerre et que l'esclavage négrier était aboli par les révolutionnaires, en 1794. Ce qui permettrait à la France de devenir la première puissance en Méditerranée, au cas où sa flotte arriverait à faire face à la Royal navy, voire même la battre. Et quelque part, Bonaparte a ouvert une nouvelle étape dans l'histoire de l'espace méditerranéen, où les puissances européennes pourront profiter de l'affaiblissement de l'empire Ottoman pour lui dépecer cet espace arabo-musulman qui subissait plus ou moins l'impérialisme turc, pour finalement se substituer à la "sublime Porte". Les 19e et 20e siècles ont poussé cette politique de colonisation de l'arc méditerranéen, Royaume-Uni et France en tête. Et dans ces territoires, les principes portés par ces deux pays, à savoir l'habeas corpus et la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, furent mis de côté, au nom de l'exploitation capitaliste et de l'orientalisme. Et les guerres actuelles dans le Moyen-Orient, notamment en Syrie, ont quelque part un héritage lointain de cette domination européenne dans cette région du monde, où le ressentiment envers les "valeurs" occidentales n'est pas négligeable vu les pratiques menées par les anciennes puissances coloniales. Mais tout n'est pas si simple, car les imams, les muftis, étaient portés en estime par les pouvoirs coloniaux, ce qui confirme une phrase de Bonaparte: "la religion, c'est ce qui retient le pauvre de tuer le riche".

La suite de l'histoire de l'expédition d'Égypte, dans un prochain épisode. ;)

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