On ménage (faussement) la chèvre et le chou en Italie

Publié le par JoSeseSeko

Photo: OTAN

Photo: OTAN

L'instauration finale du gouvernement Conte, issu de l'accord entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue (du Nord) semble être un compromis pour ne pas afficher une opposition sur l'euro, au prix d'une politique anti-immigration, voire de racisme institutionnel, tant l'Italie se retrouve en première ligne sur la crise migratoire.

Fin mai, il était question de dénoncer un déni de démocratie en Italie, car la proposition initiale du gouvernement présidé par Giuseppe Conte, un universitaire réputé proche du Mouvement 5 étoiles (M5S), avait été refusée par Sergio Mattarella, président de la république italienne, en raison de la proposition du nom de Paolo Savona au poste de ministre de l'Économie et des Finances et au positionnement critique à l'égard de l'euro. Aujourd'hui, ce n'est plus tellement la peine car Conte a pu former un gouvernement, permettant ainsi un certain respect des votes lors des élections législatives du 4 mars dernier, ayant vu le M5S et la Ligue (du Nord) devenir les deux principaux partis politiques dans la péninsule.

Euro vs immigration

D'ailleurs, Luigi di Maio et Matteo Salvini, leaders respectifs du M5S et de la Lega, sont d'ailleurs vice-président du Conseil du gouvernement Conte et ont en plus un portefeuille ministériel assez important. Le ministère du Travail pour di Maio, le ministère de l'Intérieur pour Salvini. Quand au cas de Savona, qui avait fait capoter la première formulation du gouvernement Conte, il demeure ministre, non plus à l'Économie et aux Finances, mais aux Affaires européennes, étant sous la tutelle d'Enzo Milanesi, ministre des Affaires étrangères. Histoire de ménager la chèvre et le chou pour montrer que le positionnement critique par rapport à l'euro est bien représenté au pouvoir en Italie, mais qu'il est muselé, pour ne pas faire trop de vagues auprès des partenaires européens. D'ailleurs, le nouveau ministre des Affaires étrangères et le ministre de l'Économie et des Finances, Giovanni Tria, est considéré comme un personnage défendant le maintien de l'Italie dans la zone euro, mais en ayant une dose critique sur le fonctionnement de l'union monétaire. Enfin, ce gouvernement, au niveau économique, entend réduire la fiscalité à travers une flat tax de 20%. Ce qui montre combien ça s'inscrit dans une trajectoire libérale-conservatrice et au fond euro-compatible car l'expérience grecque de 2015 a démontré que c'est un duel (à mort) entre l'euro et la gauche (radicale) et qu'il n'est pas possible - du moins en ce moment - de concilier les deux.

En conséquence, si ça se montre conciliant sur l'euro, il faut bien que ce gouvernement de coalition entre une force populiste voulant jouer sur tous les tableaux et la droite qui se confond avec l'extrême-droite, puisse se défouler. Du coup, la cible est toute trouvée, c'est l'immigration. En effet, l'Italie est un point de passage important pour les exilé(e)s espérant se reconstruire une vie décente en Europe. Or, le vote pour la Lega montre une exaspération de nombreuses personnes en Italie, ayant le sentiment d'être lâchées par les partenaires européens, dont la France. Et cette exaspération montre un visage raciste, avec des violences perpétrées envers des exilé(e)s afro-descendant(e)s durant la campagne électorale par exemple. En tout cas, la nomination de Salvini au poste de ministre de l'Intérieur a déjà produit des effets puisque l'Aquarius, bateau de l'association SOS Méditerranée, sauvant des réfugié(e)s de la noyade, est désormais empêché de mouiller sur les quais des ports italiens, devant trouver un port ailleurs (cf lien n°1). L'Espagne s'est mise d'accord avec l'Italie, même si, ce mardi 12 juin, la Corse s'est proposée à accueillir le navire et les 629 exilé(e)s à bord (cf lien n°2). Et dire que parmi les joueurs de l'équipe d'Italie de football, qui ne participera pas à la coupe du monde en Russie, figure un fils d'immigrés ghanéens, l'attaquant Mario Balotelli, qui s'est mangé des insultes négrophobes en cascade dans plusieurs stades du Calcio durant plusieurs années, et qu'il est désormais l'un des meilleurs joueurs, sinon le meilleur joueur dont dispose la Nazionale à l'heure actuelle. Quelle ironie!

Tout change et rien ne change?

Vu de l'extérieur, la formation du gouvernement italien, issu des résultats électoraux de mars, réjouit les souverainistes de tous bords, y compris ceux de gauche, considérant que le choix démocratique a été, au bout du compte, respecté. Et au fond, ils espèrent que ce gouvernement osera franchir le Rubicon pour sortir de la zone euro, dont beaucoup conviennent qu'elle est problématique pour les économies qui en sont membres.

Il va falloir probablement déchanter. La formation du gouvernement, avec les nominations évoquées ci-haut, puis la visite de Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Organisation des traités de l'Atlantique nord (OTAN), lundi 11 juin (cf lien n°3), montrent combien le pouvoir italien reste assez attaché sur la monnaie unique, et encore plus à l'alliance transatlantique, vu que le secrétaire général de l'OTAN a tenu à saluer les efforts de l'Italie dans la coopération, avec l'installation d'un centre de commandement de l'OTAN du côté de Naples, ainsi que la future installation de drones sur l'île de la Sicile. En bref, c'est parti pour que "tout change pour que rien ne change" et les souverainistes, surtout ceux de gauche, seront encore les dindons de la farce.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article