L'opposant congo-zaïrois Jean-Pierre Bemba acquitté par la CPI

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Cour Pénale Internationale

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Condamné en première instance à 18 ans de prison en 2016 par la Cour pénale internationale de La Haye, l'ancien vice-président congolais a été acquitté par l'instance judiciaire dans son procès en appel. Une nouvelle qui pourrait le remet sur le devant de la scène politique congo-zaïroise, face au président Joseph Kabila.

Un renversement de situation est à prévoir en République démocratique du Congo (RDC). Jean-Pierre Bemba, leader du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), ancien vice-président de 2003 à 2006, a été acquitté par la Cour pénale internationale, basée à La Haye (Pays-Bas), ce vendredi 8 juin, lors de son procès en appel pour "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité" commis en Centrafrique en 2003. En première instance, le politicien congolais, en procès depuis 2008, avait été condamné en 2016 à 18 ans de prison. Christine Van der Wijngaert, la juge chargée du procès en appel a cassé la sentence précédente, estimant que de "sérieuses erreurs" ont été commises par les juges en première instance, "condamnant à tort" Bemba, qui n'était pas en Centrafrique au moment des faits reprochés à son mouvement (cf lien). Le MLC était alors à l'époque une milice envoyée au soutien du pouvoir centrafricain face à une rébellion, avant de se transformer en parti politique par rapport à la période de transition opérée en 2003, permettant à Bemba de devenir vice-président de la RDC, aux côtés de Joseph Kabila, président depuis 2001.

Un retour au pays?

Cette décision judiciaire peut regonfler l'opposition congolaise, tant elle semble orpheline d'une grande figure depuis le décès d'Étienne Tshisekedi, fondateur de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), en février 2017. Mais il n'est pas dit non plus que Bemba pourrait revenir dans l'ex-Zaïre rapidement, en raison d'une condamnation d'un an de prison pour subordination de témoins sur son procès dont il vient d'être acquitté. Ses partisans gardent quand même espoir qu'il soit remis en liberté, afin de réunir l'opposition autour de sa personne, face à Kabila, dont il avait été l'adversaire malheureux lors de l'élection présidentielle de 2006.

Si Bemba revient effectivement au Congo-Zaïre, il faudra que son parti, le MLC, reprenne la main en tant que principal parti d'opposition, rôle actuellement dévolu à l'UDPS et à Félix Tshisekedi, fils d'Étienne Tshisekedi. Et ce, d'autant plus que si le MLC se revendique libéral, notamment au niveau économique, l'UDPS s'affirme comme un parti social-démocrate. Cela étant, c'est davantage une nuance qu'une différence, tant la social-démocratie a épousé le (social-)libéralisme ces dernières décennies, en Occident comme ailleurs dans le monde. En vérité, la question des egos règlera celle de l'incarnation de l'opposition à Kabila, alors qu'un scénario d'élections présidentielles et législatives serait prévu pour le 23 décembre 2018. Je mets du conditionnel car ces élections auraient dû avoir lieu depuis 2016 et que Kabila est toujours au pouvoir, violant ainsi la Constitution de 2006 puisqu'il est à son deuxième mandat et qu'il devait se terminer le 20 décembre 2016.

En tout cas, est-ce que Kabila lui-même accepterait de voir son ancien rival revenir sur le sol congo-zaïrois pour la première fois depuis 2007, année où Bemba quitta le pays, vivant en exil, avant d'être arrêté un an plus tard? Il y a de quoi en douter tant les contentieux existent entre les deux hommes et leurs partisans respectifs.

Une histoire à suivre.

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