Les gilets jaunes maintiennent la pression

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Au sortir d'un weekend de manifestation en hausse, signe que les gilets jaunes ont repris du poil de la bête, le pouvoir tente de s'en tirer avec le grand débat national où ça discuterait de tout sans pour autant remettre en cause totalement la politique de classe du président Emmanuel Macron, vu sa "lettre aux français", diffusée dimanche 13 janvier.

"On lâche rien". Ce slogan, tiré d'une chanson éponyme du groupe HK et les Saltimbanks, résume l'attitude des gilets jaunes en ce début d'année 2019. Après une huitième journée nationale de mobilisation qui marquait une certaine reprise du mouvement après les fêtes, samedi 5 janvier, voilà que la neuvième journée de mobilisation, samedi 12 janvier, confirme une relance de la part des gilets jaunes. Après tout, le ministère de l'Intérieur aurait compté 84.000 personnes, contre 50.000 une semaine plus tôt, dont 8.000 à Paris. Même s'il faut penser que c'est encore sous-estimé par le ministère de l'Intérieur, ça reste quand même un camouflet pour le ministre, Christophe Castaner, qui considérait que ceux qui allaient manifester dans des villes où il y aurait de la casse seraient "complices".

Répression

Mais du coup, on peut dire que s'il y aurait des violences policières, le ministre serait complice. Et c'est d'autant plus manifeste qu'à Paris, le cortège qui comptait plus de 8.000 personnes en fait - au moins 10.000 -, est allé du ministère de l'Économie et des Finances jusqu'à la place de l'Étoile sans provoquer de dégâts, avec la tenue d'un service d'ordre de gilets jaunes pour l'occasion. Mais une fois près de l'arc de Triomphe, c'était une nasse à ciel ouvert qui s'était une fois encore organisée. Et dans ce cas, la logique d'excitation mutuelle, à l'initiative des forces de l'ordre social, prime car les flics postés sur l'avenue de Wagram lancèrent des grenades et gaz lacrymogènes, poussant des manifestants radicaux - des black blocs -, répliquèrent alors avec des pavés, des bouteilles remplies de peinture, ou renvoyant la lacrymo. Un scénario qui se répétait ainsi durant plusieurs heures, avec en outre des charges de CRS et de flics de la BAC - les plus craignos -, puis l'utilisation des canons à eau.

Et dans ce genre de situation, les blessés sont à comptabiliser et le personnel de secours peine à pouvoir prodiguer des soins, tant les tirs de flashball, lancements de grenade ou charges de flics sont signes de violence gratuite. Personnellement, suite à une charge de la BAC, j'ai vu un de ces policiers envoyer une grenade lacrymogène sur des manifestants, blessant l'un d'entre eux sur le coup et les secours ont dû négocier avec des CRS pour faire sortir le blessé de la place de l'Étoile et pouvoir le soigner. Par ailleurs, en tirant tous azimuts des grenades et des gaz, les flics se retrouvent à tirer au pied de l'arc de Triomphe, gazant les gendarmes qui entouraient le monument. Certes, ils avaient leur masque, mais c'est signe que les forces de l'ordre social ne sont pas tellement coordonnées quand même.

Un pouvoir aux fraises

En tout cas, cette mobilisation qui semble être repartie pour un tour met la pression sur le pouvoir, et notamment le président Emmanuel Macron. En effet, Macron mise sur le grand débat national, qui sera lancé mardi 15 janvier, pour une durée de deux mois, pour espérer trouver une issue positive - pour lui - dans ce cadre qui lui échappe depuis deux mois. Et pour préparer le terrain, il s'est fendu d'une "lettre aux français" (cf lien n°1), où il déclare "qu'il n'y a pas de questions interdites" mais en même temps, pour reprendre sa formule habituelle, il tient à défendre son projet, les grandes orientations auxquelles il reste fidèle. Pas étonnant qu'il ne parle pas de débat sur l'ISF, qu'il a supprimé, alors que les gilets en appellent à son rétablissement; ni de l'Union européenne (UE), dont il se veut le nouveau leader, alors que nombre de gilets jaunes, et pas qu'eux, en appellent à une sortie de l'UE. Ce qui serait un aveu d'échec de sa politique de classe sociale. D'ailleurs, dans cette lettre, il clame ne pas accepter "aucune forme de violence". "Je n’accepte pas la pression et l’insulte, par exemple sur les élus du peuple, je n’accepte pas la mise en accusation générale, par exemple des médias, des journalistes, des institutions et des fonctionnaires. Si tout le monde agresse tout le monde, la société se défait !" ajoute-t-il. Pourtant, il tolère les violences policières qui ne cessent de s'exprimer actuellement, comme celles mentionnées ci-haut à la place de l'Étoile, ne serait-ce que parce que Macron ne remet pas en cause l'officier de police Didier Andrieux, qu'il a décoré de la légion d'honneur le 1er janvier dernier, et qui quatre jours plus tard, allait boxer des manifestants à Toulon en toute impunité (ou presque vu que la police des polices a été saisie), par exemple.

Auparavant, tel un enfant qui n'a jamais appris ses leçons et qui reste totalement aux fraises, Macron refait dans le mépris de classe. En effet, la veille de la manifestation du 12 janvier, il recevait des boulangers-pâtissiers dans le cadre de l'épiphanie (cf lien n°2), et lançait une de ses phrases qui font office d'insulte au peuple - lui qui n'accepte qu'on insulte les élus du peuple, dont lui-même -. "On n'a rien dans la vie s'il n'y a pas ces efforts. Beaucoup trop de concitoyens pensent qu'on peut obtenir sans que ces efforts soient apportés. Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus, liés au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu’on peut obtenir sans que cet effort soit apporté." déclare-t-il, reprochant ainsi à nombre de personnes de ne pas avoir "le sens de l'effort". À croire qu'il a oublié combien la productivité horaire d'un travailleur français est supérieure à celle d'un travailleur allemand ou britannique, pour prendre des exemples souvent utilisés pour dénigrer les français. À croire également qu'il a oublié que ce genre de formule dénigrante blessait les esprits dont il peinait à vouloir s'excuser durant son allocution du 10 décembre dernier.

On n'en a pas fini avec ce Rastignac du 21e siècle!

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