Acquittement pour Laurent Gbagbo

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/International Criminal Court

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La Cour pénale internationale a ordonné l'acquittement et la remise en liberté de l'ancien président ivoirien, incarcéré depuis sept ans, à l'issue de son procès pour crimes contre l'humanité lié aux violences post-électorales en 2010-2011. Un camouflet de plus pour l'institution, ainsi que le pouvoir ivoirien actuel et la France.

"La Chambre fait droit aux demandes d'acquittement présentées par Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé" et "ordonne la mise en liberté immédiate des deux accusés". Ces propos du juge président de la Cour pénale internationale (CPI), ce mardi 15 janvier, actent l'acquittement de Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d'Ivoire (2000-2011) et de l'ancien meneur du mouvement pro-Gbagbo, les Jeunes patriotes, Charles Blé Goudé, marquant la fin d'une procédure lancée depuis 2011, année où les deux accusés de crimes contre l'humanité furent emprisonnés après les violences post-électorales ayant fait plus de 3.000 morts, quand Gbagbo refusa qui proclamaient la victoire de son rival, Alassane Ouattara. La CPI s'est ainsi prononcée car elle estimait que les procureurs devaient "clarifier les preuves" (cf lien n°1). Cependant, cette décision de la Cour peut encore être remise en cause par le bureau du procureur si ce dernier décide de faire appel, mercredi 16 janvier (cf lien n°2).

Camouflet

Il n'en reste pas moins que Gbagbo, qui était le premier ancien chef d'État à être jugé par la CPI, vient de livret un camouflet à l'institution internationale, au pouvoir ivoirien actuel, mais aussi à la France. Tout d'abord, camouflet pour la CPI car cette dernière se révèle incapable de juger des personnes après plusieurs années de prison préventive. L'acquittement de l'ancien vice-président congo-zaïrois Jean-Pierre Bemba en juin 2018, après 11 ans de détention provisoire et une première condamnation pour "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité" en Centrafrique en 2003, prononcée en 2016, avait déjà envoyé un mauvais signal. Sans compter le fait que jusqu'à présent, la CPI vise quasi-exclusivement des personnages africains et pas des occidentaux (Europe+Amérique du Nord), ce qui pousse les pays membres de l'Union africaine à envisager depuis quelques années un retrait global de la CPI. Puis les États-Unis, sauce Donald Trump, ne supportent pas l'idée que eux, et leur allié israélien, fassent l'objet d'enquêtes de la part de la CPI et font tout pour la torpiller (cf lien n°3). Signe que l'institution se montre a priori "forte face aux faibles, mais faible face aux forts".

Ensuite, camouflet pour Ouattara. Le successeur de Gbagbo à la tête de la Côte d'Ivoire, dont le rôle dans les violences post-électorales n'est pas clair non plus, peut craindre un retour de son rival et qu'il parvienne à devenir candidat à l'élection présidentielle de 2020. D'autant plus que si la Côte d'Ivoire connaît une période de forte croissance économique, liée à l'évolution des cours des matières premières, notamment le cacao, mais considérée comme échappant à la population ivoirienne, signe que les inégalités restent pesantes dans ce pays, et que la question du Franc CFA ne facilite pas davantage. Enfin, camouflet pour la France. En effet, cette dernière est intervenue aux côtés de Ouattara contre Gbagbo en 2011 et durant les années 2000, les relations entre Paris et Yamoussoukro étaient tendues. D'ailleurs, après l'arrestation de Gbagbo, les relations franco-ivoiriennes devenaient plus apaisées (tiens, tiens...) et des multinationales hexagonales pouvaient renforcer leur poids dans les structures économiques et sociales ivoiriennes. Et comme l'ancien président ivoirien est du genre à avoir une mémoire d'éléphant - symbole de l'équipe ivoirienne de football, d'ailleurs -, nul doute que lui et ses partisans sauront s'appuyer sur une opinion publique critique envers la France, à travers la question du Franc CFA, vu comme un des derniers ressorts de l'impérialisme français.

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