Les gilets jaunes résolus à continuer

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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L'acte 8 de la mobilisation des gilets jaunes a davantage mobilisé que ce que le gouvernement ait pu anticiper, signe que ses intimidations à dévisager les gilets jaunes comme des personnes de plus en plus violentes n'a pas eu grand effet. Cependant, est-ce que les gilets jaunes arriveront à vaincre le gouvernement à l'usure? Rien n'en est sûr.

Les gilets jaunes semblent ne rien lâcher. La nouvelle année semble être porteuse d'un nouveau souffle de la part des gilets jaunes, repartis comme en 14 pour battre le pavé. D'ailleurs, les données du ministère de l'Intérieur feraient état de 50.000 personnes à travers la France, dont 3.500 à Paris, samedi 5 janvier (cf lien n°1). Si c'est en hausse par rapport aux derniers samedis de mobilisation nationale de 2018 (22 et 29 décembre), il n'en reste pas moins que ces nombres donnés sont sujets à être critiqués. D'ailleurs, ayant suivi le cortège de Paris, je pense que la préfecture de police sous-estime le nombre de manifestants et qu'il faudrait comptabiliser plutôt 5.000 personnes. Mais d'autres pourraient dire que je donnerais une estimation faible de la mobilisation dans la capitale.

Mise en tension

Toujours est-il que la tactique déployée par le pouvoir, à travers les forces de l'ordre social (police+gendarmerie), est de mettre en tension les manifestants en faisant tout pour les empêcher de mener à bien leur parcours, pour générer de la violence. Après tout, des gaz lacrymogène ont été déployés au niveau de l'Hôtel de ville, où des prises de parole de gilets jaunes eurent lieu. Mais surtout, alors que le cortège se rendait vers l'Assemblée nationale, il fut stoppé par un cordon de gendarmes et de policiers sur le quai Anatole France, menant à des affrontements ponctués d'envois de grenades et de gaz de plus en plus piquants de la part des forces de l'ordre social. Pas étonnant que certains manifestants en aient à en découdre, comme un boxeur suspecté d'avoir frappé des gendarmes sur la passerelle Léopold Sédar Senghor (cf lien n°2). D'ailleurs, les images sur cette rixe tournent boucle et les autorités, appuyées par les mass media, en profitent pour dénigrer et exiger de la sévérité. Et bien entendu, cette sévérité ne vaut pas pour les forces de l'ordre social, vu qu'à Toulon, un officier de police, qui ferait partie de la nouvelle promotion de la légion d'honneur - le hochet -, se met à frapper un manifestant afro-descendant collé contre le mur et entouré de flics. Quel courage!

Par rapport au cortège parisien, nombre de manifestants repiquèrent sur le boulevard Saint-Germain afin d'atteindre l'Assemblée nationale, profitant d'ailleurs pour brûler quelques sapins, en y ajoutant à l'occasion vélo, scooter ou drapeau européen. Ce qui obligea l'utilisation du canon à eau. Mais en refluant sur le boulevard Saint-Germain vers l'est de la capitale, plusieurs manifestants installèrent des barricades avec des grilles de travaux, des poubelles trouvées ici ou là, et brûlèrent de nouveau scooters et sapins, générant par moment une immense fumée noire. À partir de là, certains gilets jaunes ont pris la direction de la place de la Bastille et d'autres, aller en direction des Champs-Élysées, tout en étant poursuivis par les forces de l'ordre. La dispersion fut complète sur la rue de Rivoli car des membres de la BAC envoyaient des grenades de désencerclement, divisant en deux le cortège entre celui continuant sur la rue de Rivoli et celui allant sur la rue du Louvre, éventuellement en direction de la place de l'Opéra.

Récolter ce qu'on sème

Durant cette journée, notamment à Paris, une partie du cortège s'est rendue sur la rue de Grenelle, pour forcer l'entrée dans le lieu de fonction de Benjamin Griveaux, secrétaire d'État auprès du Premier ministre et porte-parole du gouvernement, à coup de chariot élévateur. Une scène surréaliste quand on y songe.

En conséquence, ça s'indigne au sein du pouvoir. D'abord, Griveaux, qui dût sortir par une porte arrière, considère que "s'attaquer à un ministre", c'est s'attaquer à la République. Ce qui entre en résonance avec les propos de Jean-Luc Mélenchon quand le député dût faire face à des perquisitions en octobre dernier, quand on y pense. Ensuite, Macron, au secours de son ministre, en parlant d'une "extrême violence" envers la République. C'est dire si cette dernière a bon dos en ce moment.

Mais s'ils étaient honnêtes, ils devraient s'avouer à eux-mêmes qu'ils sèment ce qu'ils ont semé. La violence vient de leur politique, qui est une politique de classe, et les renoncements sur les projets ayant servi de base au mouvement des gilets jaunes et les annonces présidentielles du 10 décembre ne sont que de la "poudre de perlimpinpin", pour reprendre une expression de Macron. Dans ses vœux du 31 décembre, le président indiquait qu'il ferait respecter l'ordre républicain "sans complaisance". Vu que les forces de l'ordre social ont blessé plusieurs dizaines de gilets jaunes et de journalistes, est-ce à dire qu'il irait jusqu'à ce que des personnes se fassent tuer par des flics ou gendarmes? C'est une menace à prendre au sérieux et qui montre combien la France tend à être une république bananière, une démocrature, et les institutions de la Ve République peuvent le permettre, le tout au service d'une classe sociale.

Macron est quelque part un héritier de Thiers ou de Ferry, républicains opportunistes dont l'action politique est résumée par cette formule de l'historien Henri Guillemin: "Leur république, c'est la république des riches, dirigée par les riches, aux bénéfice des riches"!

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