Verrouillage à l'œuvre au Congo-Zaïre

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/MONUSCO Photos

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L'attente des résultats des élections présidentielles, législatives et provinciales du 30 décembre, en République démocratique du Congo, suscitent des interrogations, voire des craintes tous azimuts, tant la gestion des scrutins par la Commission électorale nationale indépendante manque de rigueur et que le pouvoir coupe internet depuis le 31 décembre. En outre, un éventuel report de la publication des résultats pourrait envenimer les choses, et pousser l'église catholique à exiger la vérité sur les résultats.

Autant le dire de suite, l'atmosphère est on ne peut plus tendue en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre). Les élections présidentielles, législatives et provinciales du 30 décembre semblent avoir mobilisé beaucoup de monde, selon la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui se félicite de voir des citoyen(ne)s congolais(es) voter (cf lien n°1). Quand bien même elle nie les incidents relevés par des reporters, des partis politiques et l'église catholique dans plusieurs villes du pays, et que, camouflet pour la CENI, des citoyen(ne)s de Butembo, Beni et Yumbi, circonscriptions qui n'étaient pas appelées à voter dimanche dernier, ont tenu symboliquement à faire cette démarche, à glisser des bulletins pour qu'ils soient pris en compte.

Report des résultats?

Si les élections ont trouvé un électorat mobilisé, il reste encore à savoir quels seront les résultats. Et tout particulièrement pour la présidentielle, vu que les trois principaux candidats, Emmanuel Ramazani Shadary, Félix Tshisekedi et Martin Fayulu, revendiquent chacun la victoire. Officiellement, les résultats devraient être publiés le 6 janvier prochain; mais la CENI, par la voix de son président, Corneille Nangaa, a évoqué, jeudi 3 janvier, un possible report de la publication des résultats (cf lien n°2). La raison invoquée est la difficulté de centraliser les procès-verbaux vers Kinshasa, la capitale, dans un pays faisant près de cinq fois la superficie de la France, et où le réseau de transports (routier, ferroviaire, aérien) est défaillant dans son ensemble et que seulement 20% des résultats nationaux seraient connus par la CENI.

De quoi pousser l'église catholique qui, comme souvent dans ce pays, doit jouer un rôle politique, mettant la pression sur la CENI. En effet, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui a mobilisé plus de 40.000 observateurs pour ces élections, affirme que les "données issues des bureaux de vote mises à la disposition de la Cenco indiquent clairement qu’un candidat a été choisi comme président de la République démocratique du Congo". Et par conséquent, elle exhorte la CENI à publier les résultats observés dans chacun des 75.000 bureaux de vote du pays (cf liens n°3, n°4). De même que la communauté internationale entend aussi mettre la pression, avec une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU à ce sujet, ce vendredi 4 janvier, à l'initiative de la France, sachant que le département d'État états-unien exige un "respect" du choix des électeurs/électrices de la part du pouvoir congo-zaïrois, menaçant d'interdiction d'entrer dans le pays de l'oncle Sam en cas de détournement du processus électoral (cf lien n°5).

Noyauter l'information

La menace de Washington n'est pas lancée par hasard. En effet, depuis le 31 décembre, lendemain des élections, Internet est coupé dans l'ensemble de la RDC (cf lien n°6). Ce qui est vu comme une manœuvre politique de la part du pouvoir en place, à savoir le président Joseph Kabila, en poste depuis 2001 et ayant violé la Constitution depuis le 20 décembre 2016, pour favoriser son poulain Ramazani Shadary. C'est d'ailleurs un moyen pour la CENI de s'excuser du manque de données pour pouvoir publier dans le temps imparti les résultats électoraux. Ce n'est pas la première fois que le pouvoir coupe Internet quand il est dans une situation dangereuse, à ses yeux. Amnesty international, en 2017, avait déjà pointé du doigt la censure de l'information sur les réseaux sociaux de la part des autorités congolaises, de même que des témoignages publiés sur le Bondy Blog en février 2018 confirmaient ce genre de pratiques, avec des signaux de radios interrompus, mais également les sms.

En parlant de radio, il s'avère que RFI a vu l'accréditation de sa correspondante au Congo-Zaïre refusée et que cette dernière était sommée de quitter le pays, par le pouvoir en place (cf lien n°7). Sans compter le fait que le signal de RFI a été coupé sur l'ensemble du pays, ce qui n'est pas négligeable tant la radio francophone est écoutée sur les ondes congo-zaïroises et que c'est un nouveau signe de recul de la liberté d'expression dans le pays le plus peuplé de la francophonie.

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