Une violence policière croissante

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Sergio Foo_biker

Photo: Flickr/Sergio Foo_biker

Les images de violence montrées par les mass media ces dernières semaines par rapport au mouvement des gilets jaunes vont quasiment dans un seul sens. Celles démontrant une violence des manifestants; minorant ainsi les violences policières, qui n'ont pourtant jamais été aussi importantes envers un mouvement social ces dernières années, voire décennies. Signe d'une escalade de la part de forces de l'ordre dangereuses pour la république, en fait.

L'image du boxeur Christophe Dettinger mettant des coups de poings à un gendarme casqué, paré de son bouclier, a fait le tour des chaines d'info en continu depuis la manifestation nationale des gilets jaunes du 5 janvier. Au point d'obstruer le fait que la mobilisation a retrouvé du souffle, contrairement à ce que le pouvoir aurait pu penser, jouant sur l'effet des fêtes de fin d'année. Lundi 7 janvier, le boxeur s'est rendu à la police en ayant expliqué son geste via une vidéo sur les réseaux sociaux, le mettant aussitôt en garde à vue. Depuis, une cagnotte avait été montée en soutien, jusqu'à atteindre 117.000 euros, mais elle a été clôturée ce mardi 8 janvier (cf lien n°1). Ce dont se félicite la ministre Marlène Schiappa sur Twitter.

En tout cas, l'un des deux gendarmes blessés doit subir 15 jours d'incapacité totale de travail pour s'être fait boxer. Ce qui est peanuts comparé à Théo Luhaka qui s'était fait matraquer jusque dans les parties génitales sur 10 centimètres et devant compter 60 jours d'ITT et une poche de soins (à vie) lors d'une interpellation à Aulnay-sous-Bois en février 2017.

"Police milice prête à tirer"

En faisant cette comparaison, certain(e)s d'entre vous, cher(e)s lecteurs/lectrices, diront que c'est une erreur d'écrire ce genre de choses. Or, ce n'est pas le cas. Pourquoi? En fait, le mouvement social en cours a, peut-être, la vertu de montrer aux citoyen(ne)s, et notamment des gilets jaunes provinciaux qui viennent manifester à Paris, que ce qu'ils subissent depuis plusieurs samedis de la part des forces de l'ordre social, c'est ce que connaissent depuis des années, voire des décennies, les jeunes et les prolétaires non-blanc(he)s des banlieues, à savoir les violences policières, doublées d'une logique de racisme institutionnel made in France, que les universalistes, ces Tartuffes, ne veulent absolument pas voir. De même que de plus en plus de gilets jaunes reprennent des slogans tels "police partout, justice nulle part", "police nationale, milice du capital", d'habitude utilisés dans des manifestations syndicales ou de gauche, ou antiracistes. En outre, la vidéo de l'interpellation de collégien(ne)s/lycéen(ne)s de Mantes-la-Jolie, début décembre, a suscité de l'émoi chez certain(e)s, d'autant plus que la personne qui filme et qui commente est un policier.

Et parmi les unités mobilisées par le ministère de l'Intérieur pour réprimer à grande échelle le mouvement des gilets jaunes, il y en a deux qui sont tout particulièrement dangereuses. Il s'agit des Compagnies républicaines de sécurité - les fameux CRS -, et les Brigades anti-criminalité (BAC). Les CRS sont les unités classiques quand il s'agit de manifestations sociale. Ce sont des personnes qui ne font pas dans le détail; ça charge dans le tas et attention aux coups de matraque en provenance de leur part. Et ces dernières années, les CRS ne lésinent plus tellement à taper du manifestant comme si c'était son plat du jour. Mais il y a pire que les CRS, c'est la BAC. D'habitude, elle est mobilisée pour de la traque dans les quartiers, sur les questions criminelles. Mais elle est souvent appelée en renfort des CRS dans les manifs. Et là, comme les baqueux sont en civil, ou très rarement en uniforme, ils peuvent se glisser parmi les manifestants et en chopper au hasard, considérant que ce serait un malfaiteur, un voyou, avec des coups de matraque télescopique si nécessaire, ou n'hésitent pas à abuser des gaz lacrymogène, des grenades de désencerclement et des tirs de flashball ou autre lanceurs de balle de défense. D'ailleurs, comme l'indique le journaliste David Dufresne, citant des officiers de CRS: "les gens de la BAC sont en guerre". De quoi se dire que cette "police milice", comme le chantait le groupe de métal Trust dans les années 1970, est "prête à tirer"

Une répression exceptionnelle

Ce côté flippant peut se mesurer à travers la répression appliquée par le pouvoir envers les gilets jaunes. Elle est tout simplement exceptionnelle! Des milliers de personnes ont été interpellées depuis le début du mouvement; quasi autant de mises en garde à vue et au final, plusieurs centaines de condamnations à des peines de prison avec sursis, voire même de la prison ferme, par les tribunaux. Et si on rajoute les centaines de blessés par des violences policières sur toute la France, ainsi que Zineb Redouanne, morte le 2 décembre à Marseille, suite à une blessure par un envoi de grenade lacrymogène dans son appartement la veille, on peut se dire que jamais un mouvement social n'a été autant réprimé ces dernières années, voire décennies. D'ailleurs, jamais autant les forces de l'ordre social n'ont autant utilisé de gaz lacrymogène ou de tirs de flashball, notamment en visant les visages de manière tendue, ce qui est pourtant interdit, comme moyens de réprimer l'opposition. Et l'idée de se prendre une balle perdue (de flashball) et d'être mutilé n'est pas une vue de l'esprit. J'écris cela car depuis que j'observe des manifestations, notamment depuis le printemps 2016, c'est bien la première fois que je me demande si je vais voir de près le déroulement d'une manif et garder mon intégrité physique. Après tout, quelques dizaines de journalistes ont été blessés par les forces de l'ordre social depuis novembre.

Et le plus inquiétant dans tout ça, c'est qu'il y a une impunité manifeste. Après tout, un officier de police à Toulon a boxé un manifestant, sans que l'image soit fortement répandue dans les mass media et que le parquet se dise qu'il faille enquêter (cf lien n°2). C'est le préfet du Var qui a demandé une enquête de la police des polices mais on peut se douter qu'elle ne fera pas grand-chose, d'autant plus que l'officier de police en question a été décoré de la légion d'honneur le 1er janvier dernier. Puis l'arsenal répressif compte être renforcé par le gouvernement, vu les propos du Premier ministre Édouard Philippe, lundi 7 janvier, sur TF1 (cf lien n°3).

Cependant, comme je disais tantôt que les gilets jaunes auront la vertu de comprendre les banlieusard(e)s vu qu'ils subissent la même violence policière à leur égard, il peut y avoir une vertu d'exiger un contrôle renforcé de la police, vu que son image est quand même bien écornée auprès de citoyen(ne)s qui avaient de la sympathie pour les flics jusqu'à présent. J'en veux pour preuve mon propre père, qui avait une profonde sympathie pour les forces de l'ordre, se montre de plus en plus critique envers ces dernières vu leurs actions hyper violentes. Je n'aurais jamais pensé voir et entendre ça de sa part dans ma vie. Vous me direz, ce n'est qu'un exemple et ce serait subjectif. Soit. Néanmoins, ce genre de réactions peut se décliner dans d'autres familles qui, auparavant, saluaient la répression de la part de la police et de la gendarmerie.

Est-ce qu'on assiste à un changement dans les têtes? Les prochaines semaines nous le diront.

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