Comment les gilets jaunes peuvent se relancer?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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La manifestation du 5 février a mobilisé du monde, mais pas autant que ça pourrait laisser imaginer vu que gilets jaunes et syndiqués semblent se rapprocher. Et à bientôt trois mois de lutte, le soutien des gilets jaunes reste massif, sans que ça se concrétise par des millions dans les rues.

À l'approche de la treizième journée de mobilisation de la part du mouvement des gilets jaunes, qui sont dans le troisième mois de leur lutte, il y a divers éléments contradictoires qui entrent en jeu. Après une remontée en puissance au début du mois de janvier, le mouvement des gilets jaunes semble moins mobilisateur le samedi. Et je m'appuie sur le comptage que font les gilets jaunes eux-mêmes. La mobilisation du 2 février dernier (115.954 personnes) était inférieure à celle du 26 janvier (123.151 personnes), elle-même en baisse par rapport à celle du 19 janvier (147.365). Cependant, le soutien aux gilets jaunes ne se dément pas. En effet, selon un sondage cité par le Huffington Post (cf lien), 64% des personnes interrogées soutiennent toujours les gilets jaunes, début février, contre 62% début janvier. En outre, 52% de ces personnes estiment que le mouvement doit continuer durant le grand débat national lancé par Emmanuel Macron le 15 janvier, contre 48% en janvier dernier. Signe que le pouvoir n'a pas su convaincre avec cette idée de grand débat national.

Relancer la lutte

Autre élément sujet à contradiction: la relation avec les syndicats. Depuis le début, une méfiance mutuelle s'est organisée entre gilets jaunes et syndicalistes. D'un côté, les gilets jaunes accusent volontiers, et plutôt à raison, les directions confédérales de chercher à négocier au rabais plutôt qu'à lutter au maximum, fournissant ainsi des désillusions pour les salariés. De l'autre, nombre de syndicats, et surtout les directions confédérales, reprochent à certains gilets jaunes leur proximité, réelle ou supposée, avec la droite et (surtout) l'extrême-droite, ainsi que des actes racistes perpétrés par une partie de ce mouvement. Cela étant, un scénario de rassemblement des forces tend à s'opérer, concrétisé par la grève mardi 5 février, appelée à être reconductible et générale pour faire plier le pouvoir actuel, qui use de la violence policière, symptôme de sa faible assise populaire, pour garder son cap bourgeois.

Si du monde est effectivement sorti, notamment à Paris - 30.000 manifestant(e)s, soit 10% du total ce jour-là, selon les organisateurs -, il n'en reste pas moins que c'est loin d'être un succès, comme j'ai pu le voir sur un tweet du site Le Média, par exemple. Pourquoi dis-je cela? Parce que quand c'était le mouvement contre la loi travail en 2016, ayant vu la naissance de Nuit Debout, davantage de manifestant(e)s était recensé(e)s, tant par la préfecture de police ou le ministère de l'Intérieur, que du côté des syndicats. Mais les gilets jaunes ont réussi à faire reculer le pouvoir sur la question de la hausse de taxation des carburants, l'annulation de la hausse de la Contribution sociale généralisée pour des revenus inférieurs à 2.000 euros/mois, et lui forcer la main sur la question du salaire avec l'enfumage présidentiel sur les primes au niveau du SMIC. Or, depuis l'abandon du CPE en 2006, les mouvements sociaux avaient connu des défaites, alors qu'ils mobilisaient davantage que les gilets jaunes et subissaient moins de violences policières qu'aujourd'hui.

Peut-on en conclure qu'avec moins de monde, mais en ayant une détermination farouche, un mouvement social peut faire craquer le pouvoir? Difficile à dire. Bien entendu, comparaison n'est pas raison, mais ça donne un certain écho à ce que les révolutionnaires russes, notamment Lénine, appliquaient comme tactique, à savoir faire la révolution avec un petit nombre de gens, professionnalisés et déterminés dans leur tâche, mettant de côté la spontanéité et la capacité des masses à se soulever. Pour ma part, si l'acte XIII marque une relance de la mobilisation dans les rues, avec gilets jaunes et syndicats alliés pour l'occasion, la suite pourrait être intéressante à observer.

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