Une lutte à l'usure

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Une treizième journée de mobilisation marquée par des violences policières toujours constantes et un nombre de manifestants qui stagne ou croit faiblement. Les gilets jaunes sont dans le dur et à bientôt trois mois de lutte, le pouvoir semble avoir raison du mouvement à l'usure.

Les samedis se suivent, mais leur intensité se décline du côté de la massification du mouvement des gilets jaunes. Si on prend en compte le comptage fait par les gilets jaunes eux-mêmes, 118.222 manifestants furent comptabilisés, samedi 9 février, pour l'acte 13 des gilets jaunes partout en France. Ce qui est une (légère) hausse par rapport au samedi précédent, où ça comptait 115.954 personnes. Ce qui laisse à penser que l'effet d'un rapprochement entre gilets jaunes et bases syndicales n'affiche pas un renforcement significatif de la mobilisation contre le pouvoir actuel.

Lot de violences policières

D'ailleurs, la mobilisation dans les grandes villes semble être stagnante. À Paris, ce serait plus de 12.000 personnes qui auraient battu le pavé, notamment au début du parcours, prévu pour aller des Champs-Élysées au Champ de Mars, en passant par le quai d'Orsay, l'Assemblée nationale, le boulevard Saint-Germain, le boulevard Raspail, la rue de Vaugirard, le boulevard du Montparnasse, etc. Mais dès le début du cortège, et surtout devant le palais Bourbon, le cortège fut la cible d'envois de gaz lacrymogène et de grenades par les forces de l'ordre social. D'ailleurs, une des grenades GLI-F4, contenant 25 grammes de TNT, a fait arracher la main d'un gilet jaune (cf lien n°1). Ce qui suscita la réaction du député de la majorité, Florian Bachelier, parlant seulement de deux doigts. Bref, l'esprit d'un connard digne des versaillais insultant les communards en 1871. C'est dire s'il y a des coups de pied au c** qui se perdent!

En tout cas, suite à ce défouloir de la police milice, un de plus depuis près de trois mois, le cortège parisien se mit à faire une manif "sauvage", n'ayant désormais plus cure du parcours autorisé, sauf pour rejoindre certains endroits comme le Sénat, où les CRS et la BAC créèrent de la tension en chargeant, matraquant, envoyant des gaz lacrymogènes et en interpellant selon leur humeur. Un jeu du chat et de la souris, avec un cortège disséminé en plusieurs groupes, qui se termina aux abords du Champ de Mars, avec des charges de CRS et de BAC en plein dans la foule. Cela étant, certains black blocs et gilets jaunes en tête de cortège furent pris à partie par certains riverains bourgeois, visiblement dégoûtés de voir des prolos, des provinciaux, manifester sous leurs fenêtres, proféraient des insultes ou jetaient des œufs depuis leur appartement. En réaction, ça envoyait quelques projectiles visant finalement des riverains qui n'avaient rien à voir et qui eurent une fenêtre brisée par imprécision stupide. Bref, contrairement aux deux samedis précédents, la violence policière a été constante sur l'ensemble du parcours, et non plus cantonnée à la fin, quand tous les manifestants arrivent et se font disperser avant la fin de l'heure d'autorisation de manif. Et encore, ce fut un samedi "calme" selon un policier avec qui j'ai (brièvement) discuté au niveau du Champ de Mars. En-dehors de Paris, il y a aussi des violences policières, comme à Toulouse, où ce sont des photographes de presse qui ont été blessés par une grenade de désencerclement (cf lien n°2). Signe que la violence à l'égard des personnes travaillant dans la presse n'est pas essentiellement issue des gilets jaunes, contrairement à ce que nombre de mass media mettent en avant quand il s'agit de journalistes blessés, agressés.

Tenir la distance

Ayant suivi le cortège parisien, un questionnement m'envahit l'esprit. Est-ce que les gilets jaunes pourront continuer à tenir la distance, tant ça se joue à l'usure? Le doute est permis car les esprits sont éprouvés par la répression policière qu'ils subissent, générant deux effets contradictoires: l'un, celui du recul et de ne plus venir manifester, par peur de se prendre une grenade ou un tir de flashball dans la tête, et rejoindre ainsi la triste liste des blessés par les forces de l'ordre social. L'autre, celui de la radicalisation, avec une rage jusqu'alors contenue, mais qui explose en assistant à une politique arbitraire et un pouvoir qui ne fait qu'agiter le bâton, tant la carotte du grand débat national a du mal à prendre.

Il y a la possibilité de trouver des alliés de circonstance pour un mouvement décrit comme celui de la "France périphérique", blanche, d'une classe moyenne craignant sa paupérisation, où les industries ont fermé régulièrement, etc. Il y a les syndicats, comme évoqué ci-haut, si la méfiance réciproque entre gilets jaunes et syndicats se réduit, voir s'efface. Il y a aussi les banlieues, où le prolétariat non-blanc y est massif. Mais en cas de violences, ce seraient les banlieusards qui prendraient, plus ou moins conscients d'être une cible de choix pour les flics et le pouvoir. Ce qui sonnerait le glas des gilets jaunes, d'ailleurs, en dépit de voix comme celles du Comité Adama qui soutient les gilets jaunes, au nom de la similitude des problématiques.

Bon, en attendant, la semaine de dénigrement par les mass media aura encore droit de cité.

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