Un mélodrame franco-italien

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/World News Nest

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Le rappel de l'ambassadeur de France en Italie illustre une tension très forte des deux côtés des Alpes. Une atmosphère inédite dans le cadre européen actuel, d'autant plus qu'il s'agit de deux pays fondateurs de l'Union européenne. Un jeu auquel les gouvernements respectifs se livrent de manière navrante pour aliéner les esprits.

Entre voisins, il arrive qu'il y ait des sautes d'humeur. C'est le cas en ce moment, entre la France et l'Italie. Deux des pays fondateurs de l'espace communautaire européen ne s'entendent plus tellement ces derniers mois, du moins leurs gouvernements respectifs. En effet, l'ambassadeur de France en Italie a été rappelé, jeudi 7 février, suite à ce que Paris appelle une "ingérence" de la part de Rome dans la politique intérieure hexagonale après la publication d'un message du ministre du Travail italien, Luigi di Maio, leader du Mouvement 5 étoiles (M5S), indiquant avoir rencontré des gilets jaunes en région parisienne.

Tension migratoire, impérialiste

Pour le président Emmanuel Macron, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Il faut dire qu'il était bien rempli ces derniers mois (cf lien). D'un côté, Macron, qui ne porte pas dans son cœur le gouvernement de coalition entre le M5S de di Maio et la Ligue (du Nord) de Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur volontiers xénophobe, mais aussi négrophobe à ses heures perdues, se positionne en champion du progressisme - traduction: bourgeois cool sur certains points culturels mais à la main de fer pour servir sa classe sociale - face au populisme incarné par Salvini, assimilable au nationalisme dans l'esprit de Macron. En face, ça renvoie dans les cordes Macron avec son autoritarisme face aux gilets jaunes, mais aussi, ce qui est bien surprenant de la part d'un gouvernement contenant de l'extrême-droite dans ses rangs, une critique de l'impérialisme français à travers le Franc CFA, qui influerait sur l'immigration d'Afrique subsaharienne vers l'Europe, sachant que l'Italie est en première ligne face au flux migratoire, dont certains craignent, par fantasme, qu'il soit une politique de "grand remplacement".

Cette critique sur le Franc CFA de la part de l'Italie envers la France ne tombe pas du ciel. Elle s'appuie sur le militantisme de Kémi Seba, qui a fait de la lutte contre cette devise (néo)coloniale son cheval de bataille ces dernières années, et a l'attention du pouvoir italien qui écoute son discours. Si le polémiste franco-béninois controversé - euphémisme - porte un combat très juste, en faire le chantre de la lutte contre le Franc CFA est un danger intellectuel et politique. Après tout, des personnes telles Aminata Traoré, Felwine Sarr ou Kako Nubukpo ont étayé leurs critiques sur le Franc CFA et ont porté des réflexions sur l'après-Franc CFA, comptant dans le débat qui se fait dans l'Afrique francophone. Puis les critiques de la part de Rome ne sont pas sans arrière-pensée géopolitique, à savoir s'implanter davantage sur le continent et faire comme d'autres pays développés, i.e faire une politique impérialiste sur le dos des africains. Ce qui est une règle pour l'Occident depuis des décennies et que la gauche a oublié dans son corpus intellectuel!

Mauvaise comédie

Cette passe d'armes feutrée entre le pouvoir français et le pouvoir italien a tout d'une mauvaise comédie, faite pour amuser la galerie et aliéner les esprits. Que ce soit Macron ou Salvini, ce sont deux faces d'une même pièce, à l'image de notre époque. Celle du confusionnisme, où chacune des deux parties se présente comme en défense du peuple, étant capable d'apporter du progrès et surtout, en-dehors du clivage gauche-droite qui n'aurait plus de raison d'être. Mais, sur le fond des choses, des deux côtés des Alpes, ça suit un cadre capitaliste, néo-libéral toujours en vogue, malgré la crise de 2008. Et n'en déplaise à certain(e)s qui tiennent à réduire à tout prix le déficit public, mener des politiques d'austérité, comme c'est le cas en Italie et en France, grippe davantage la croissance, tant recherchée et tant sacralisée, et finalement plombe les comptes publics.

Puis, chacun des deux tient à flexibiliser le marché du travail, menant ainsi une politique de classe en faveur des bourgeois, des capitalistes. Bref, une politique de droite. Il serait bon que les peuples, ou plutôt la classe sociale exploitée, dominée, ne se laisse pas berner par ce faux dilemme proposé par Macron et Salvini.

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