Les Gilets jaunes "toujours debout"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Selon les gilets jaunes, plus de 120.000 personnes ont manifesté, samedi 23 mars. Signe que le mouvement ne compte pas s'essouffler, en dépit de la stratégie répressive du pouvoir, qui a fait appel à l'armée en plus d'une police milice qui ne cesse de blesser des manifestants.

Depuis quatre mois, les samedis se suivent et se ressemblent. À savoir des défilés de gilets jaunes dans plusieurs villes de France. L'acte 19 du samedi 23 mars ne déroge pas à cette donne, avec 126.246 manifestants comptabilisés par les organisateurs. C'est moins que l'acte 18 qui combinait la manif des gilets jaunes avec la marche du siècle sur le climat et la marche des solidarités, contre les violences policières et le racisme d'État (269.070), mais bien plus que l'acte 17, qui était le plus faible enregistré depuis le début du mouvement, le 17 novembre 2018.

Une lutte d'usure

Il est clair que la lutte d'usure entre le pouvoir et les gilets jaunes va perdurer, et que les corps sont mis à rude épreuve. Y compris du côté de la police. À Paris, à la fin d'une manifestation calme dans l'ensemble, où plusieurs milliers de personnes avaient marché de la place Denfert-Rochereau au Sacré-cœur puis revenant vers la place de la République, un policier eût un malaise cardiaque, alors qu'il s'apprêtait à faire une charge selon plusieurs témoignages. En dépit des soins apportés par les street medics, volontaires fournissant les premiers soins médicaux en manif, puis par les pompiers, ce policier reste dans le coma, à l'heure où ces lignes sont rédigées (cf lien n°1). En tout cas, cela témoignage des conditions de travail éreintantes des forces de l'ordre social, qui accumulent les heures supplémentaires et certains, notamment en décembre 2018, s'étaient mis en arrêt maladie, tant le risque de burn-out, qui n'est toujours pas reconnu comme une maladie professionnelle d'ailleurs, est élevé dans cette profession mobilisée à tous crins par le pouvoir pour faire dans la répression.

Violence non retenue

En parlant de violence policière, un nouveau chapitre vient se rajouter à ce qui est le mouvement social le plus violemment réprimé depuis Mai 68. Durant l'acte 19, à Nice, Geneviève Legay, une porte-parole de l'association altermondialiste ATTAC, présente dans le cortège de gilets jaunes rassemblé sur la place Garibaldi, a été gravement blessée par des policiers ayant chargé sur les manifestants. S'il n'est pas question de coma pour la militante altermondialiste de 74 ans, la famille entend porter plainte, sachant que le parquet a ouvert une enquête sur les circonstances de cette blessure (cf liens n°2, n°3, n°4).

Toujours est-il que cet exemple de répression policière envers des militants pacifistes en premier lieu ne peut que renforcer des liens qui se sont développés entre les gilets jaunes et les Black blocs, ces derniers étant souvent dénommés "casseurs" car n'hésitant pas, effectivement, à user de la violence, étant dans une logique d'excitation mutuelle avec les forces de l'ordre social et visant des symboles du capitalisme, vu leurs références anarchistes (panneaux de publicités, banques ou assurances, magasins de multinationales, etc.). Ce qui relance aussi une phrase de Nelson Mandela, qui a suivi une ligne pacifiste contre le régime répressif d'apartheid avant de basculer dans une stratégie plus violente face à l'échec de la stratégie non-violente: "C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'aura pas d'autre choix que de répondre par la violence".

D'ailleurs, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont adopté la surenchère. Après les annonces d'interdiction de manifestation dans certaines zones des grandes villes par le Premier ministre, notamment les Champs-Élysées à Paris, lundi 18 mars, le président a mobilisé les soldats de l'opération Sentinelle pour cet acte 19. Signe que ce pouvoir, recroquevillé sur lui-même, sur son aliénation idéologique (libéralisme) et son refus de toute concession, en est venu à faire utiliser l'armée comme instrument de défense sociale contre le peuple et pour le Capital.

Bref, la France qui se joue donneuse de leçons de démocratie a oublié de les apprendre de toute façon.

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