L'alcool, jusqu'à l'excès pour près d'un quart des Français(es)!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flick/Sébastien (m43photos)

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Une étude de Santé publique France, publiée ce mardi, indique que près d'un quart des Français(es) de 18 à 75 ans déclareraient boire au-delà de "2 verres [d'alcool] par jour, et pas tous les jours" en 2017, seuil utilisé par Santé publique France. Une consommation plutôt masculine, avec une forte intensité pour les jeunes et imprégnée au niveau économique et social.

"Pour votre santé, l’alcool c’est maximum 2 verres par jour, et pas tous les jours". C'est le slogan de Santé publique France, indiqué ce mardi 26 mars, jour de lancement d'une campagne publique d'information sur les risques que comporte la consommation d'alcool, qui causerait 41.000 décès par an selon l'organisme public. Cette campagne s'appuie sur une enquête publiée ce 26 mars par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, montrant qu'en 2017, 23,6% des Français(es) âgé(e)s de 18 à 75 ans, "soit environ 10,6 millions de personnes" consomment au-delà du seuil indiqué par Santé publique France.

Cocktail intergénérationnel et interclassiste?

Dans le détail de l'enquête, trois principaux faits sont mis en avant: cette consommation d'alcool est prioritairement masculine, les jeunes consomment de manière intensive et les revenus les moins élevés forment une part non négligeable des consommateurs excessifs d'alcool. Premier point, le genre: 33,4% des hommes indiquent avoir dépassé une des trois dimensions du repère suivant: "ne pas consommer plus de 10 verres standard par semaine et pas plus de 2 verres standard par jour ; avoir des jours dans la semaine sans consommation", contre 14,3% chez les femmes. Deuxième point, l'âge: selon l'étude, 27,9% des 18-24 ans consommaient au-delà de 2 verres d'alcool sur une journée durant une semaine, avec une consommation maximale de 6,4 verres, contre 13,2% des 65-75 ans dépassant le seuil, avec une consommation maximale de 4 verres. Mais ces derniers sont, par contre la classe d'âge consommant le plus régulièrement de l'alcool puisque 17% des 65-75 ans indiquent consommer de l'alcool au-delà de 2 verres plus de cinq jours sur sept, contre 2,2% pour les 18-24 ans. Troisième point, le revenu: près d'un tiers des personnes consommant de l'alcool en excès ont un niveau de revenu inférieur ou égal à 1.200 euros net selon Santé publique France. Mais est-ce à dire que les plus riches sont majoritaires parmi les consommateurs excessifs d'alcool? Selon Santé publique France, "Les analyses multivariées soulignent l’association entre situation sociodémographique favorisée et dépassement du repère de consommation d’alcool mais, malgré cette surreprésentation, les personnes favorisées restent minoritaires au sein de celles dépassant le repère".

En clair, la consommation excessive d'alcool serait prioritairement l'affaire des plus pauvres, des plus exposés à la précarité. Ce qui est, quelque part, un écho au rapport de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies sur le cannabis en juin 2017 soulignant que les plus précaires, économiquement et socialement parlant, sont plus sujets à de la consommation de cannabis, ou encore à l'étude de l'Institut national de la statistique et des études économiques de février 2018 sur l'écart de l'espérance de vie entre les plus pauvres et les plus riches, montrant ainsi que la mort reconnaît la lutte des classes, pour qui en doutait encore.

Un phénomène à affiner, compléter

Cette étude de Santé publique France a le mérite de montrer l'ampleur du phénomène, avec certains éléments démographiques, économiques et sociaux. Mais il reste encore à compléter, à affiner l'ensemble pour mener à bien des recommandations politiques. Les auteurs de l'enquête soulignent qu'il y a un risque de sous-estimation de l'alcoolisation ponctuelle très importante, connue sous le nom de binge drinking en anglais, concernant notamment les jeunes. De même que ça ne prend pas en compte la consommation des moins de 18 ans, pouvant être problématique au sujet des politiques publiques à mener dans ce domaine. Ça aurait pu être affiné en matière de répartition territoriale, pour savoir si la consommation d'alcool diffère selon les régions, tout en mettant en relation avec le degré d'importance de l'industrie de l'alcool (vin, rhum, bière, whisky, cidre, alcool de poire, alcool de mirabelles, etc.) dans la région en question, ou encore quel type d'alcool est consommé en excès par quel type de personne, en fonction du genre, de l'âge ou du revenu par exemple. Charge à des économistes ou des sociologues de compléter tout ça.

Pourquoi être si tatillon, me direz-vous, vu les remarques critiques lancées ci-dessus? C'est pour que les politiques publiques en matière de santé face à l'alcool et ses risques puissent être en mesure de répondre efficacement. Et ce, d'autant plus que la France est un pays de tradition d'alcool, à travers le vin qui est une industrie importante pour l'économie française et les lobbys viticoles sont influents auprès de la sphère politique. Maintenant, une question bête, méchante et radicale peut se poser: faut-il aller vers la prohibition de l'alcool? Autant le dire de suite, ce ne serait pas une bonne idée. Pourquoi? Parce que dans l'histoire, il y a l'exemple de la Prohibition aux États-Unis, durant l'entre-deux-guerres, qui a permis à la mafia de gagner en puissance financière, en influence politique - corruption des élus -, avec le célèbre exemple d'Al Capone à Chicago. Puis, en France, on fait dans la prohibition du cannabis, avec un niveau de répression inégalé par rapport à d'autres pays européens et malgré cela, la consommation de cannabis a régulièrement augmenté. Enfin, ce serait un manque à gagner sérieux pour les finances publiques, à travers la taxe sur la valeur ajoutée, les impôts sur les sociétés vendant de l'alcool, mais aussi les cotisations sociales.

Ça nécessitera un sacré numéro d'équilibriste de la part du gouvernement.

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