Marée jaune abaissée

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Si le nombre de manifestants, samedi 2 mars, s'est affaibli selon les données du ministère de l'Intérieur et des Gilets jaunes eux-mêmes par rapport au 23 février, l'idée qu'il y ait une stratégie d'attente des gilets jaunes semble tenir la corde et que le 16 mars soit le moment de vérité sur la poursuite ou la fin du mouvement.

La lutte d'usure entre les gilets jaunes et le pouvoir continue son histoire. Avec un certain sens du yo-yo pour les gilets jaunes, étant donné, selon leurs données, qu'il y aurait eu 96.427 manifestants sur toute la France, samedi 2 mars. Bien moins que le 23 février dernier (123.087), qui marquait pourtant une remontée par rapport au 16 février (104.070). C'est dire si ça reste en-deça des 300.000 recensés lors de la première journée de mobilisation, le 17 novembre dernier, même si ça reste régulièrement au-dessus des 100.000 manifestants depuis le début de l'année.

Présence policière = tension

Au-delà du nombre, toujours sujet à questionnement, il y a la question du déroulé de la manif. Dans le cas du cortège parisien, il est notable de remarquer que le cortège a défilé dans le calme, à l'exception d'un ou deux moments de tension avec les forces de l'ordre social. Or, pour l'avoir vu sur le terrain, il est bon de remarquer que quand les policiers et les gendarmes se mettent à distance du cortège, l'atmosphère est bien calme. Ce qui signifie que si des forces de l'ordre, surtout la police, se mettent à marcher en étant collés aux manifestants, cela génère de la tension et que la probabilité de débordements, d'affrontements, va en augmentant.

Cela étant dit, si le cortège a défilé dans un calme qui est devenu inhabituel pour une manifestation ces dernières années, il n'en demeure pas moins que des violences policières s'expriment. À Paris, des manifestants restés sur les Champs-Élysées eurent droit au canon à eau, aux gaz lacrymogènes et aux tirs de LBD de la part des flics. Ou encore à Toulouse, un gilet jaune handicapé se fait gazer sans raison par un flic. De quoi alimenter la longue liste des violences policières qui finissent par être ENFIN un débat public et médiatique dans une France qui en 2015 clamait de manière aveuglante "je suis flic".

Attentisme jusqu'au 16 mars?

Vu le nombre de manifestants évoqués ci-dessus, il est tentant pour les mass media de dire que le "mouvement s'essouffle". Une formule usuelle quand un mouvement social lutte dans la durée face au pouvoir. Il serait néanmoins présomptueux de dire que le mouvement social pourrait alors s'arrêter et que les français souhaiteraient que ce ça devienne le cas. En vérité, on peut se demander s'il n'y a pas une stratégie d'attentisme volontaire de la part de nombreux gilets jaunes, qui se mobilisent moins dans la rue ces derniers samedis, pour jeter leurs dernières forces le 16 mars prochain.

Pourquoi le 16 mars? Tout simplement parce que ce sera le lendemain de la conclusion du "grand débat national" lancé par le président Emmanuel Macron, le 15 janvier dernier. Et à ce moment-là, on verra ce que le pouvoir a voulu en tirer de ce cycle de rencontres avec des citoyen(ne)s, des élu(e)s, des militant(e)s. S'il en ressort des propositions convaincantes en matière de politique économique (fiscalité, dispositifs pour la réduction du chômage, compétitivité, aménagement des territoires, etc.), de démocratie (référendum d'initiative citoyenne, réforme constitutionnelle, etc.), de justice (condamnation des violences policières), de politique extérieure (relations avec les États-Unis, la Chine, la Russie, les pays d'Afrique francophone, etc.), etc. alors le mouvement pourrait bien être considéré comme écouté ou vaincu, et tenterait alors un baroud d'honneur le 16 mars. Dans le cas contraire, c'est redonner un nouveau souffle aux gilets jaunes et les pousser à aller plus loin dans leurs revendications, qui restent encore dans la logique d'un fourre-tout citoyenniste analogue à ce que pouvait être Nuit Debout au printemps 2016, toute proportion gardée.

Le pouvoir a tout intérêt à s'éviter une tempête.

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