Mission impossible: restauration de Notre-Dame de Paris d'ici les Jeux olympiques de 2024

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flick/Olivier Mabelly

Photo: Flick/Olivier Mabelly

Dans son allocution du 16 avril, au lendemain de l'incendie de la cathédrale, Emmanuel Macron appelle à une restauration de l'édifice d'ici "cinq ans", soit avant les Jeux olympiques qui se dérouleront dans la capitale. Un appel à faire encore des dons de la part de capitalistes qui trouvent une occasion de se redorer le blason et d'avoir un retour financier car ils ne supporteront pas, en vérité, le poids du financement.

"À chaque chose, malheur est bon". Cet adage populaire sied parfaitement à la situation présente, où la question de la souscription pour la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris se pose, après l'incendie ravageant la charpente en bois de chêne et la flèche de l'édifice religieux, lundi 15 avril. Une occasion en or pour les capitalistes, les bourgeois, de se donner bonne conscience et de jouer les pseudo-philanthropes. Et ils ne s'en privent pas. À l'heure actuelle, la barre du milliard d'euros de dons est près d'être franchie, avec le gratin du capitalisme des héritiers made in France ou des firmes multinationales originellement françaises à la manœuvre. En premier lieu, la famille de Bernard Arnault, première fortune de France, propriétaire de LVMH, des journaux Le Parisien-Aujourd'hui en France, Les Échos ou de la chaîne Radio Classique, indique faire un don de 200 millions d'euros pour Notre-Dame. Même montant pour la famille Bettencourt, propriétaire de L'Oréal. Puis 100 millions d'euros de la part de la famille Pinault, propriétaire du Printemps, ainsi que du journal Le Point; même montant de la part de l'entreprise Total (cf lien n°1).

Gagner sur tous les tableaux

À ce moment-là, on pourrait se dire: "super, les riches viennent prêter main-forte et on ne devrait pas gueuler à ce sujet". Mais à y regarder de plus près, c'est de l'enfumage de la part des capitalistes pour mieux aliéner les esprits. En effet, ces dons qu'ils font s'inscrivent dans le cadre du mécénat et ce dispositif est déductible de l'impôt sur le revenu à hauteur de 60% de l'impôt sur les sociétés (plafond: 0,5%  du chiffre d'affaires) et de 66% de l'impôt sur le revenu des personnes physiques (plafond: 20% du revenu imposable). Par conséquent, ce n'est pas sans arrière-pensée fiscale que ces bourgeois ou ces firmes se mettent à faire dans la pseudo-philanthropie. C'est dans leur intérêt à payer le moins d'impôt possible et gagner sur tous les tableaux. En conclusion, comme l'indique le député de droite Gilles Carrez, "c'est la collectivité publique qui va prendre l'essentiel en charge!" (cf lien n°2).

Puis il y a aussi des serviteurs zélés. L'ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, désormais directeur général de la fondation Pinault, appelle le Parlement à voter une loi pour que la déduction d'impôts pour la rénovation de Notre-Dame soit de 90%. En tout cas, ça me permet de dire que quand il s'agit de faire des dons (déductibles des impôts), c'est "allons-y"; mais quand il s'agit de régler l'ardoise fiscale, de payer des salaires corrects ou de maintenir de l'activité économique, c'est "courage fuyons"!

Vitesse et précipitation?

Et ces capitalistes pourraient être davantage incités à agir de cette manière, truandant ainsi le reste de la société, i.e, les travailleurs qui ne fuient pas le fisc et qui paient davantage même d'impôt - en pourcentage - de nos jours, avec la dernière déclaration présidentielle. En effet, Emmanuel Macron, serviteur de la classe dominante s'il en est, a tenu à faire une allocution mardi 16 avril, au lendemain de cet incendie, pour rappeler combien cela a fait de la peine aux français, peu importe leur confession ou leur absence de confession religieuse, mais surtout pour faire relever le défi de restaurer Notre-Dame de Paris d'ici cinq ans.

Pourquoi cinq ans? Pour les Jeux olympiques de 2024 pardi! Et comme ces JO auront lieu à Paris, c'est l'occasion pour les sportifs du monde entier, et les mass media internationaux, de montrer Paris dans son ensemble, avec Notre-Dame en tête de gondole. Mais Macron ne confond-il pas vitesse et précipitation? C'est fort probable car l'incendie du 15 avril s'est déclenché dans une partie de la cathédrale qui était en travaux de rénovation depuis un an et qui devait durer encore 10 ans. Puis même avec les dons, cela suppose des embauches massives avec des conditions de travail qui soient optimales, tout comme les conditions de sécurité. Or, d'une part, les conditions de travail dans le secteur du bâtiment et travaux publics sont rarement vues comme bonnes pour les travailleurs; et d'autre part il faudrait également laisser faire l'enquête judiciaire qui doit déterminer les circonstances de cet incendie.

Bref, tout porte à croire que Macron cherche à instrumentaliser cet événement pour redorer également son blason, terni par son incapacité à répondre de manière convaincante au mouvement des gilets jaunes, reportant d'ailleurs son allocution sur les conclusions du grand débat national à une date ultérieure, puis tout ceci illustre la morale du sketch des Inconnus "Les publicitaires": "Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont".

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