Une vague répressive sur les Gilets jaunes et une presse "qui dérange"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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La manifestation parisienne, regroupant essentiellement l'acte 23 des gilets jaunes, a été marquée par des affrontements constants entre forces de l'ordre (social) et manifestants, fort nombreux et dont l'hostilité envers les flics a encore monté d'un cran, en raison (partiellement) de la répression accrue également par ces derniers, interpellant à tout va, y compris des journalistes.

Une atmosphère chaotique s'est produite pour cet acte 23 des gilets jaunes, samedi 20 avril. Ce 23e round, attendu initialement comme une réponse au discours d'Emmanuel Macron pour les conclusions du grand débat national, mais annulé suite à l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, lundi 15 avril, a tenu sa promesse d'être une tempête. D'ailleurs, selon le compteur des gilets jaunes, ils étaient 98.182 à battre le pavé, dont 57.000 rien qu'à Paris, contre 91.276 la semaine dernière. Bien loin des 27.000 annoncés par le ministère de l'Intérieur, dont 9.000 à Paris.

Hostilité accrue envers des forces de l'ordre...

Ce qui marque les esprits, notamment dans les mass media ayant suivi cette journée de mobilisation, c'est le déferlement de violence des gilets jaunes à l'égard des forces de l'ordre (social). Ces dernières heures, nombre d'éditorialistes, et l'ensemble de la classe politique, s'indignent volontiers de l'hostilité affichée de manifestants à l'égard des policiers et des gendarmes, à travers le fait que nombreux ont été des gilets jaunes à scander auprès des flics "suicidez-vous!" Et ce, sachant que le nombre de suicides dans la police est de 28, à l'heure où j'écris ces lignes, soit sept de moins que sur l'ensemble des suicides en 2018, qui était déjà une année très élevée selon des sources policières citées dans le journal Le Monde (cf lien n°1).

En tout cas, c'est une excellente occasion pour dénigrer le mouvement des gilets jaunes, à travers le lancement d'une enquête judiciaire pour savoir qui a lancé ces appels au suicide des policiers sur la place de la République (cf lien n°2). Une occasion aussi pour fragiliser ce mouvement, tant il mène une lutte d'usure face au pouvoir et dont certaines figures n'ont pas d'autre solution que de se désolidariser de tels propos indignes, injustifiables et insultants envers la mémoire des flics qui se sont déjà suicidé en 2019 et à leurs familles (cf lien n°3). En parallèle, les pompiers, ayant dû intervenir à plusieurs reprises place de la République, étaient unanimement applaudis par les manifestants, signe du respect voué à cette institution-là.

... qui répriment tous azimuts

Maintenant, une fois que j'ai écrit que ces appels au suicide sont injustifiables, est-ce que ça empêcherait de chercher une explication à cette expression que j'ai entendue sur la place de la République à plusieurs reprises? Non, même si des sinistres politicien(ne)s affirment dans leur esprit (étroit) "qu'expliquer, ce serait justifier". Une des explications tient à la répression tous azimuts des forces de l'ordre (social). Quelques centaines de personnes ont été interpellées ce 20 avril, à Paris. Je reviendrai sur certains cas plus loin. Ensuite, un cortège parti de Bercy qui a été constamment gazé, notamment à partir du boulevard Richard-Lenoir, où le cortège a été coupé en plusieurs bouts et les flics se sont permis de faire des nasses géantes pour gazer à foison les manifestants et ainsi les empêcher d'arriver massivement à République. Et comme parmi ces manifestants, il y avait des Black blocs, une logique d'excitation mutuelle s'est développée, ne pouvant que faire empirer la situation. D'ailleurs, sur la place de la République, les charges de CRS, de CSI, de membres de la BAC ou de la BRAV se sont multipliées, accompagnées d'envois de gaz ou de grenades lacrymogènes; sans compter les coups de matraque envoyés au pif et les tirs de LBD envers n'importe qui. De quoi inciter des gilets jaunes à avoir de plus en plus de sympathie pour les Black blocs, comme c'était déjà indiqué lors de l'acte 18 du 16 mars dernier.

Je parlais d'interpellations ci-haut. Ces interpellations ont également visé des journalistes. Deux journalistes indépendants, Alexis Kraland et Gaspard Glanz ont été mis en garde à vue. Le premier après un contrôle à la gare du Nord, dans la matinée, et le second après interpellation à République dans l'après-midi (cf liens n°4, n°5). Pour ce dernier, ce serait pour outrage en ayant lancé un bras d'honneur, après avoir été repoussé par un flic alors qu'il demandait à voir le commissaire pour lui signaler qu'il avait été visé par une grenade (cf lien n°6). Toujours est-il qu'en-dehors de ces interpellations, plusieurs autres journalistes étaient dans le viseur, au sens propre du terme, des forces de l'ordre (social), car des tirs de LBD ont été envoyés à destination des journalistes, faisant des blessés parmi eux. J'en profite pour rajouter que des photographes de presse ont été violentés par des CRS, par des coups de matraque faisant voler leur casque parce qu'ils photographiaient des interpellations de manifestants par exemple.

Mais faut croire que les mass media, notamment les journalistes de chaines d'info en continu, se soucient peu de l'intégrité physique de leurs confrères et consœurs reporters de terrain et préfèrent répertorier les violences envers les journalistes que quand ça viendrait des manifestants, et non de la police milice.

On voit combien l'esprit Charlie, si tant est qu'il aurait réellement existé, a vécu et qu'une presse qui n'agit pas en chien de garde du pouvoir doit faire gaffe pour rester vivante. Tout ceci illustre, une nouvelle fois, combien la répression est grande de la part d'un Macron qui reste dans son idéologie libérale-conservatrice à tendance totalitaire, et qu'une phrase de Nelson Mandela reste d'actualité face à ces violences policières: "C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'aura pas d'autre choix que de répondre par la violence".

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