Clap de fin des gilets jaunes?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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La faible mobilisation de l'acte 31 et la proximité des grandes vacances tendent à penser que le mouvement des gilets jaunes est en train de perdre sa partie contre un pouvoir qui l'aura réprimé durement.

Et si l'acte 31 était le dernier? C'est la question qui peut se poser au sujet de la mobilisation des gilets jaunes, samedi 15 juin. Selon le compteur des gilets jaunes, 20.401 personnes auraient battu le pavé sur l'ensemble de la France, contre 19.486 la semaine précédente. Quoiqu'il en soit, le printemps 2019 qui semblait parti pour être explosif, notamment après l'acte 18 du 16 mars, marqué par l'incendie du restaurant Le Fouquet's sur les Champs-Élysées, semble finir par ressembler à un pétard mouillé, alors que les difficultés dans différents secteurs, comme l'hôpital public par exemple, entrent en écho avec les problématiques soulevées par les gilets jaunes ces sept derniers mois.

Tension et répression

Même si la mobilisation était faible, il n'en demeurait pas moins que la tension restait palpable, notamment dans le principal cortège parisien, allant de la place de la Bastille à la place du maréchal Juin, passant par la place de la Nation, la rue des Pyrénées, la place des Fêtes, la rue de Crimée, la rue La Fayette, la place de Clichy, etc. En l'occurrence, des journalistes de LCI et TF1 pris à partie, insultés par certain(e)s gilets jaunes, poussés vers la sortie du cortège parce qu'ils travaillent pour un média mainstream. Signe de la complexité des relations entre gilets jaunes et mass media. Après, il n'ont pas été violentés comme l'ont été des journalistes tels Gaspard Glanz ou Taha Bouhafs par la police.

Cette tension palpable l'était aussi quand des policiers de la Brigade de répression de l'action violente (BRAV), résurrection des voltigeurs, dissous après la mort de Malik Oussekine en 1986, se pointaient sur certains coins de rue et que la logique d'excitation mutuelle entre gilets jaunes - ou plutôt black blocs - et flics l'emporte. Finalement, ça n'a pas été le cas sur le parcours, même si, au niveau du bureau de circonscription de Delphine O, suppléante de Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d'État au Numérique, des jets de bouteille ou autres moyens de dégradation de la façade extérieure ont été lancés. Il n'en reste pas moins qu'à la fin de la manif, policiers et gendarmes procèdent à plusieurs interpellations puis envois de gaz lacrymogène, après sommation - ce qui est à noter -.

Un été fatal

Vu le déclin progressivement observé, il est probable que l'été qui arrive, avec les grandes vacances, soit fatal pour le mouvement des gilets jaunes. Après tout, ce qu'ils mettent en avant depuis plusieurs mois ne s'est pas concrétisé politiquement car en face, le pouvoir a usé de la force. Le nombre de blessés parmi les gilets jaunes fait que ce mouvement social est le plus réprimé depuis Mai 68, mais Emmanuel Macron et ses ministres nient le terme de violences policières, pourtant observable à travers les images diffusées sur les réseaux sociaux et les retours faits par plusieurs journalistes indépendants, comme David Dufresne, dont le travail de recensement des violences policières est exemplaire. Mais justement, ces images incitent à nombre de citoyen(ne)s, qui seraient mécontent(e)s de la politique du pouvoir en place, à ne pas oser manifester, par peur de se prendre un tir de LBD, un coup de matraque, ou une grenade lacrymogène dans la tronche, ou de se faire arrêter et quasi-automatiquement condamner par une justice qui est "au service de la police", pour reprendre des mots du philosophe du XXe siècle Michel Foucault.

Que reste-t-il alors? Tout arrêter ou faire une pause pour relancer à la rentrée? Rien ne dit que la mobilisation repartirait en septembre puis le pouvoir ne compte pas s'endormir. L'appareil répressif, avec la loi "anti-casseurs" est prêt à être dégainé pour museler au maximum toute opposition réelle ou supposée. Mais en agissant de la sorte, le pouvoir pousse vers l'extrême-droite et les résultats des élections européens tendent à l'indiquer, même si Édouard Philippe et son gouvernement fanfaronnent car le Rassemblement national n'a pas gagné de beaucoup ces élections face à la République en marche. Bref, ce duel des deux mamelles d'une France droitisée incite davantage au pessimisme de l'intelligence qu'à l'optimisme de la volonté.

Cela étant, la campagne pour obtenir des signatures afin d'obtenir un référendum sur la privatisation d'Aéroports de Paris donne une lueur d'espoir démocratique. Mais je prendrai le temps d'en faire un article sur ce sujet.

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