Chouard ou le retour du proudhonisme "attardé"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Les propos pour le moins ambigus d'Étienne Chouard sur les chambres à gaz, ou sur Alain Soral, durant l'interview qu'il a accordée au Média, lundi 10 juin, divisent à gauche tant il est influent, notamment auprès des gilets jaunes, avec le Référendum d'initiative citoyenne qu'il porte depuis plusieurs années. Mais ça illustre combien le citoyennisme est une impasse politique face au pouvoir au service d'une classe sociale.

S'il y a bien une personne qui provoque des débats sur la sphère militante de gauche ces derniers jours, c'est Étienne Chouard. Ce juriste de formation, enseignant en économie et en droit, blogueur influent depuis le référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen, a encore fait parler de lui avec son interview au pure player Le Média, lundi 10 juin. Dans cet entretien de plus d'une heure, il a été notamment question de ses relations avec des personnalités d'extrême-droite, en particulier Alain Soral, et de questions relatives à la Shoah. S'il se défend d'être confusionniste, négationniste, il n'en demeure pas moins que Chouard maintient l'idée que Soral serait un "résistant" face à l'ordre social capitaliste. On lui rappellera, comme l'eût fait le youtubeur Usul il y a quelques années, que Soral utilise des arguments de gauche contre le capitalisme pour viser les juifs, les sionistes, "son obsession". Et d'autre part, questionné pour savoir si le racisme, l'antisémitisme, le négationnisme sont des "opinions" - donc, sous un angle individuel, moral et non sous un angle institutionnel, politique -, Chouard répond par l'affirmative, puis, au sujet des chambres à gaz, le blogueur répond qu'il n'y connait rien (cf vidéo). C'est cette réponse-là qui suscite la réprobation générale ces derniers jours (cf liens n°1, n°2).

Citoyennisme pour les nuls

À partir de là, on peut penser que Chouard est bien déconnant dans son état d'esprit. Mais regardons son approche citoyenniste. En effet, depuis plusieurs années, Chouard mène des ateliers constituants pour que des citoyen(ne)s pensent à organiser une constitution par eux-mêmes, permettant d'appliquer une certaine démocratie directe, à l'instar de la démocratie athénienne qui inspire Chouard, et ainsi critiquer cette a-démocratie qu'est la France de la Ve République avec des élections qui ne font que confirmer l'impuissance des citoyen(ne)s face aux politicien(ne)s et leurs potentiels abus de pouvoir, selon lui. Ce qui fait qu'il porte l'idée du référendum d'initiative citoyenne et que le mouvement des gilets jaunes l'a repris et mis en avant ces derniers mois.

Néanmoins, son obsession est de vouloir brasser large, quitte à s'aliéner des soutiens, notamment sur sa gauche (à partir de 54:51 dans la vidéo ci-dessus). Face à cela, Chouard estime que c'est "très dommage" d'en arriver là de la part de ces personnes-là et fournit la déclaration suivante: "Il me semble que c'est quand on sera très nombreux qu'on va arriver à faire que ça advienne. Ce n'est pas par un rapport de force. Il ne faut pas qu'on ait à se battre contre la police, contre l'armée. Il ne faut pas qu'on ait à se battre contre les puissances de l'argent, contre le pouvoir. Il faut que le corps social prenne conscience qu'il devienne constituant pour que tout change". Pour quelqu'un qui se réclame de l'anarchisme, probablement à la sauce Pierre-Joseph Proudhon, c'est une négation de l'histoire car les évolutions des sociétés furent basées sur des rapports de force, comme l'avaient signalé Karl Marx et Friedrich Engels dans les premières pages du Manifeste du Parti communiste: "L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes". En outre, refuser la lutte contre les puissances d'argent, contre le pouvoir, et leurs instruments de défense sociale que sont la police et l'armée, c'est tendre le bâton pour se faire battre car le pouvoir politique, en lien avec le Capital, n'hésitera pas à utiliser la police ou l'armée pour maintenir l'ordre social, fût-il inégalitaire, a-démocratique. Il n'y a qu'à voir justement le mouvement des gilets jaunes, dont j'ai rappelé que Chouard y a trouvé un écho à ses idées, qui est le mouvement social le plus réprimé depuis Mai 68.

En tout cas, Chouard, qui se réfère souvent à l'historien Henri Guillemin, serait critiqué par ce dernier tant Guillemin, dans ses émissions sur la Commune de Paris, se méfiait de la pensée d'un Proudhon et saluait les critiques faites par le communard Eugène Varlin sur les "proudhoniens attardés" par exemple. De même que l'historien et militant communiste libertaire Daniel Guérin, que Chouard cite à plusieurs reprises dans son entretien au Média, doit se retourner dans sa tombe.

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