Référendum sur la privatisation d'Aéroports de Paris: une occasion à saisir!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Bernie GALLIMAGES

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Depuis le lancement officiel de la campagne de soutien à l'organisation d'un référendum sur la privatisation d'aéroports de Paris, jeudi 13 juin, des dizaines de milliers de signatures en ligne ont été recensées. De quoi susciter de l'espoir mais les problèmes constatés sur le site du ministère de l'Intérieur consacré à ce référendum laissent imaginer combien le pouvoir en place ne veut pas voir atteint le seuil des 4,7 millions de signatures avant le printemps 2020.

Neuf mois pour recueillir 4.717.396 signatures! C'est le défi que se lancent les partisan(e)s d'un référendum sur la privatisation d'Aéroports de Paris, que le gouvernement a fait voter auprès du Parlement dans le cadre de la loi Pacte, mais dont plus de 200 députés et sénateurs ont déposé un recours à un référendum d'initiative partagée devant le Conseil Constitutionnel. Ce qui est une première dans l'histoire de la Ve République! Et malgré les crispations de la part du pouvoir exécutif, le Conseil Constitutionnel a donné son accord le 15 mai dernier pour qu'il y ait une campagne de soutien, afin de savoir si au moins 10% des citoyen(ne)s inscrit(e)s sur les listes électorales signeraient pour la mise en place d'un référendum.

17.000 signatures par jour!

Officiellement lancée le jeudi 13 juin, à minuit, sur un site relié au ministère de l'Intérieur (cf lien n°1), la campagne de soutien à un référendum sur la privatisation d'ADP a jusqu'au 13 mars 2020 pour atteindre son objectif, indiqué ci-haut. Ce qui correspond, en moyenne, à environ 17.000 signatures par jour. Ce qui n'est pas marginal comme effort citoyen. Et ces premiers jours de campagne semblent être porteurs d'espoir car ce mardi 18 juin, plus de 126.000 personnes auraient déjà signé pour la tenue de ce référendum. Et ce, uniquement pour le décompte du premier jour. Impressionnant!

Un optimisme qui peut trouver une explication dans la particularité de la démarche. En effet, les députés et sénateurs ayant initié cette demande sont de divers partis, de diverses tendances politiques, allant du parti Les Républicains à la France insoumise, en passant par le Parti communiste ou le Parti socialiste. Ce qui, pour certain(e)s, rappelle une atmosphère proche de celle du référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen, qui dépassait les clivages partisans habituels.

Par ailleurs, plusieurs analyses, notamment au niveau économique, montrent combien la privatisation d'ADP, mais aussi d'Engie et de la Française des jeux, relève du non-sens, voire de l'aveuglement idéologique de la part d'un pouvoir menant une politique de classe. Le gouvernement estime que ces privatisations rapporteraient 15 milliards d'euros - 10 pour le remboursement d'une dette publique de... 2.300 milliards d'euros; 5 pour un fonds d'investissement générant potentiellement 250 millions d'euros par an pour l'État -. Or, ces 250 millions d'euros de recettes attendues par le pouvoir, via ce fonds d'investissement, correspondent environ au tiers des dividendes perçus par l'État en tant qu'actionnaire majoritaire des trois entreprises qui vont être privatisées. Ensuite, les perspectives du trafic aérien sont considérées comme encourageantes à moyen-long terme, renforçant l'idée qu'Emmanuel Macron, Édouard Philippe, Bruno Le Maire, etc. sont dans l'aveuglement idéologique et bradent ainsi les bijoux de famille, sans compter le foncier appartenant à ADP - 6% du territoire foncier d'Ile-de-France selon certaines sources -. Enfin, ADP fait office de frontière physique pratique et une privatisation ne peut que poser question en matière de sécurité des aéroports, que ce soit par rapport au terrorisme ou aux trafics en tous genres.

Le vice derrière la vertu?

Si la démarche est bien officielle, peut-on considérer qu'elle peut se faire sans aucune méfiance envers un pouvoir qui a montré son opposition à ce référendum d'initiative partagée, par peur de recevoir un retour de bâton démocratique? D'aucun(e)s, lisant ces quelques lignes, penserait que je crierais au complot de la part du pouvoir. Ce n'est pas le cas. Cependant, il faut noter que plusieurs articles ont relevé des bugs sur le site permettant de soutenir l'organisation du référendum sur ADP, laissant penser que c'était exprès pour décourager les citoyen(ne)s désireux(ses) d'effectuer cette démarche (cf liens n°2, n°3). D'autres mettent en avant la problématique de la publicité des informations fournies dans le cadre du soutien à cet éventuel référendum, pouvant générer un frein chez certaines personnes souhaitant garder leur anonymat, par crainte que cette prise de position dessine une conviction politique potentiellement gênante dans le cadre professionnel (cf lien n°4).

Enfin, et non des moindres, est-ce que le référendum aurait lieu, même si le seuil est atteint? C'est possible, selon le chercheur Benjamin Morel, soulignant que la première condition de mise en place du référendum est que le texte de loi sur la gestion publique d'ADP ne soit pas examiné par l'Assemblée nationale et le Sénat. Et conséquence de cela, le président de la République soumettrait le texte à un référendum (cf lien n°5). En tout cas, le pouvoir a tout intérêt à parler le moins possible du référendum, pour décourager les esprits et assurer la deuxième moitié du quinquennat.

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