Le traité de Versailles ou le début du ressentiment nationaliste

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Croix-Rouge française

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Il y a 100 ans fut signé le traité de Versailles, actant la fin de la 1ère guerre mondiale et la défaite de l'Allemagne face aux Alliés. Ce traité, ayant pour objectif d'organiser une ère de paix, va fournir un germe de guerre future tant le contenu est vu comme soit insatisfaisant, soit humiliant, que ce soit du côté des vainqueurs ou des vaincus.

"Plus jamais ça!" criaient les anciens poilus après l'armistice du 11 novembre 1918. Ce credo était l'étoile polaire devant guider les diplomates du monde entier pour établir le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, il y a donc 100 ans, et cinq ans après l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand et de sa femme à Sarajevo, considéré comme l'élément déclencheur de la première guerre mondiale. Ce traité actait la défaite de l'Allemagne, avec une amputation territoriale importante - sans compter la fin de son empire colonial -, au profit de la France - récupération de l'Alsace et de la Moselle -, de la Belgique, et de la Pologne, ressuscitée pour l'occasion. Par ailleurs, ce traité posait les bases d'une nouvelle institution internationale, la Société des Nations, ancêtre de l'Organisation des Nations unies, chargée de régler les contentieux entre pays membres par voie diplomatique et non plus militaire.

"Diktat de Versailles"

Ce traité, si important soit-il, en est un parmi d'autres qui étaient chargés de régler les problèmes à l'issue de la guerre de 14-18, car d'autres suivront (Saint-Germain; Trianon, Sèvres), axés sur les frontières de la Pologne, le démantèlement de l'empire Austro-hongrois, les créations de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie, ou encore du dépeçage de l'empire Ottoman. Mais reste à savoir si le traité de Versailles a réussi à poser les bases d'une nouvelle ère dans les relations internationales?

Quelque part, le traité de Versailles ouvre une nouvelle ère car les documents diplomatiques sont rédigés en plusieurs langues mais que surtout, l'anglais est devenu la deuxième langue diplomatique, aux côtés du français, langue de la diplomatie depuis le 18e siècle, actant de facto le poids géopolitique pris par les anglophones, notamment les États-Unis, qui s'est accru par la suite, reléguant le français au second rang désormais dans les relations internationales. Mais ce traité, qui avait pour objectif d'éliminer tout risque de guerre à l'avenir, a échoué dans les grandes largeurs. Son contenu, tant pour les frontières que pour les indemnités de guerre à débourser aux Alliés, a été jugé humiliant pour l'Allemagne, vaincue, qui parle volontiers du "diktat de Versailles" tant la désapprobation est profonde, avec une certaine raison puisque le pays était certes en mauvaise posture, mais n'était pas sous occupation ennemie lors de l'armistice.

Même du côté des vainqueurs, c'est aussi la soupe à la grimace. La France, récupérant quand même l'Alsace et la Moselle, plus des colonies allemandes, doute de l'efficacité de la démilitarisation de la rive gauche du Rhin sous administration allemande et la droite française aurait aimé une annexion de cette rive gauche du Rhin, en droite ligne de la politique des "frontières naturelles" de la Révolution française. L'Italie, qui s'est jointe aux Alliés en 1916, contre ses anciens alliés à elle qu'étaient l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, s'est sentie flouer tant les promesses territoriales faites par les Alliés - annexion de l'Istrie et de la Dalmatie - n'ont pas été tenues à travers le traité de Versailles. Enfin, il manquait un pays absent dans ce traité, la Russie. Cette dernière, dans un tourbillon révolutionnaire modéré puis bolchevik depuis 1917, était en proie à une guerre civile et la prise du pouvoir des partisans de Lénine en octobre 1917, poussant à la paix séparée de Brest-Litovsk en 1918 avec l'Allemagne, la rendait infréquentable pour les autres pays.

Contentieux sino-japonais

Ce que j'ai écris jusque là, c'est quelque chose qu'on documente régulièrement en France. Maintenant, il faut parler d'autres belligérants qui étaient aux côtés des Alliés et qui vont accroitre leur propre rivalité à l'issue du traité de Versailles. Il s'agit de la Chine et du Japon. Ce qui permet de prouver combien cette guerre était mondiale puisque d'une part, 140.000 travailleurs chinois furent employés par les armées anglaises et françaises en 1917 pour travailler dans des champs, dans des usines ou sur le front, dans les tranchées; et d'autre part, que les possessions allemandes en Extrême-Orient demeuraient un enjeu fort pour la Chine et le Japon. En effet, la province du Shandong, dans l'Est de la Chine, était sous administration allemande et en dépit d'une promesse de restitution par les Alliés, sachant que la majorité des travailleurs chinois étaient originaires du Shandong, cette province chinoise revint au Japon lors du traité de Versailles. Une humiliation pour la jeune république de Chine, fondée en 1912 autour de Sun Yat-Sen, qui vit l'éveil d'un nationalisme chinois sur fond de haine à l'égard de l'empire du Japon, avec le mouvement du 4 Mai, nommé ainsi après une manifestation d'étudiants refusant les conditions du traité de Versailles sur le Shandong, le 4 Mai 1919, sur la place Tian'anmen. Mais aussi une réaction envers une société chinoise traditionnelle - confucianisme - tenue pour responsable du déclin de la Chine. Ironie du sort, c'est que le Shandong était la province natale du philosophe chinois Confucius - latinisation de Kongfuzi -, désormais vilipendé par la jeunesse chinoise de 1919, inspirée par les idées occidentales, notamment issues de la Révolution française à travers la revue La jeunesse, et certains de ses rédacteurs (Chen Duxiu, Li Dazhao) fonderont en 1921 le Parti communiste chinois.

Toujours est-il que ce don du Shandong par les Alliés au bénéfice du Japon put aiguiser l'appétit de l'empire du Soleil levant pour annexer des provinces de l'ex-empire du Milieu et qu'en Asie, comme en Europe, une vague de ressentiment nationaliste prit racine avec la signature du traité de Versailles.

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