À l'heure des commémorations de la victoire contre le nazisme, sa logique coloniale, exterminatrice, s'applique en Israël avec un soutien occidental large, signe de l'étiolement des leçons tirées à l'issue de la Seconde guerre mondiale et d'un effet de long terme de la chute de l'URSS, restreignant le capitalisme dans sa logique vorace et destructrice.
Il y a 80 ans, l'Allemagne nazie capitulait sous les bombardements des Alliés, de tous côtés, avec les États-Unis, le Royaume-Uni et la France résistante venant par l'Ouest, et l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) par l'Est. Cette dernière ayant pris Berlin. L'annonce de la capitulation marqua la fin de la guerre en Europe, et le moment de panser les plaies ouvertes via les destructions de logements, de voies ferrées, d'usines, mais aussi les retours des prisonniers des camps de concentration et les survivants de la Shoah, témoins de l'horreur nazie, qui est une industrialisation locale des crimes coloniaux commis par les puissances occidentales - Royaume-Uni, France, Belgique, etc. -, renforçant la détestation posthume d'Adolf Hitler en Occident, comme le souligne Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme.
Deux 8 mai 1945
Ce lien entre nazisme et colonialisme est d'autant plus fort qu'il est nié par les élites occidentales capitalistes, refusant d'admettre qu'Hitler est "au bout du capitalisme, désireux de se survivre". Cette dichotomie pratiquée par la classe dominante - bourgeoisie - s'applique matériellement dès le 8 mai 1945 au niveau de la France. En métropole, la capitulation offre des scènes de liesse. Dans les colonies, les scènes de liesse sont suivies de manifestations rappelant que quand l'Hexagone collaborait avec l'Allemagne nazie, les colonies suivaient la résistance, avec des hommes non-blancs donnant leur sang pour la "mère patrie". Désormais, des revendications autonomistes, égalitaires, voire nationalistes, virent le jour ce même 8 mai 1945, notamment en Algérie, dans les communes de Sétif, Guelda et Kherrata, où le drapeau algérien fut brandi pour la première fois et que l'armée française, en réponse, massacra les manifestants, avec l'aide de milices coloniales, sur plusieurs semaines, faisant entre 10.000 et 20.000 morts selon diverses études d'historiens, voire 45.000 morts selon la version algérienne.
Cet entrechoc fait qu'il est impossible, 80 ans après, de séparer la victoire sur le nazisme en Europe d'un crime colonial en Afrique du Nord qui a inspiré les nazis. Ce qui renvoie d'ailleurs à une polémique concernant le journaliste Jean-Michel Apathie qui, en dépit de son approche mainstream (libérale/capitaliste) sur les questions économiques et sociales, a souligné avec justesse que les crimes des nazis, notamment celui à Oradour-sur-Glane en 1944, s'inscrivent dans la lignée des crimes coloniaux commis par les militaires français en Algérie durant le 19ème siècle. De quoi faire hurler la droite et l'extrême-droite, qui expriment leur déni de la réalité historique.
Victimes devenues bourreaux?
À l'instar de l'armistice du 11 novembre 1918, bien des esprits se sont dits en 1945: "plus jamais ça!" Surtout les survivants de la Shoah dont les témoignages ne furent pas, dans un premier temps, grandement considérés, avant d'être valorisés avec le temps. Et il reste encore à apprendre de la Shoah, notamment sur son application en Allemagne nazie et les complicités partout ailleurs, y compris en France. Les historiens n'auront pas à chômer de ce côté-là.
Mais de nos jours, il y a de quoi être sidéré de voir des descendants de victimes des nazis agir comme leurs bourreaux à l'égard d'autres personnes. Vous l'aurez compris (peut-être), je parle du pouvoir israélien s'en prenant aux Palestiniens de la bande de Gaza, déclarant ces derniers jours avoir établi un plan de "conquête" de la bande de Gaza prévoyant un déplacement massif de la population, soit environ 2 millions d'habitants (cf lien n°1). C'est une logique coloniale, voire même une version israélienne de la politique "d'espace vital" des nazis, qui s'applique, avec une sourde complicité de plusieurs pays occidentaux, dont la France, à travers la livraison d'armes pour l'armée israélienne (cf liens n°2, n°3).
Quelle alternative?
À travers cette actualité macabre, s'ajoute le fait que les partisans du socialisme, du communisme, sont marginalisés, alors qu'il y a 80 ans, ils jouissaient d'une popularité importante, notamment pour le Parti communiste, en raison du prestige et du rôle clé de l'URSS dans la victoire des Alliés contre l'Axe en 1945. Sans oublier son propre rôle une fois dans la résistance. Mais un étiolement progressif s'est opéré, en raison des rivalités entre socialistes et communistes, des révélations sur la pratique du pouvoir totalitaire en URSS et sa chute en 1991. Ce qui prive foncièrement d'une alternative crédible face à un modèle capitaliste désormais dominant et ravageur sur l'ensemble de la planète. Y compris en Chine dite communiste mais qui adopte, en fait, un capitalisme d'État n'ayant rien à envier aux modèles de capitalisme fordien - semi-privé et semi-public - dominant la période des 30 glorieuses. Et ce, avant la bascule néolibérale qui tend à disparaître pour une forme libertarienne du capitalisme de nos jours, avec les États-Unis version Donald Trump en figure de proue.
Pourtant, des réflexions se font, avec le concept d'écosocialisme, qui regroupe les éléments centraux de la pensée socialiste, communiste, à savoir la lutte des classes, l'exploitation du prolétariat par la bourgeoisie, tant localement qu'internationalement, avec ceux de l'écologie politique, l'exploitation humaine de la nature. Et en articulant avec l'antiracisme politique, soulignant le racisme institutionnel, son imbrication dans les fondements du capitalisme, cela a de quoi formuler une offre politique, économique, sociale, plus cohérente, plus complète, auprès d'un prolétariat divers et aliéné, peinant à reforger sa conscience de classe et à incorporer la dimension pigmentaire de la division du travail. Mais les forces politiques censées porter ces réflexions ont tendance à se chamailler, se scissionner, s'engueuler, faisant les choux gras d'une grande presse contrôlée en quasi totalité par le capital. Ce qui conduit à une déconnexion avec les exploités. Et l'extrême-droite, poussée par la même grande presse, n'a qu'à se frotter les mains pour continuer sa marche vers un retour au pouvoir, tant elle est la sauvegarde suprême du capital en temps de crise. Et certains membres du parti socialiste, qui se dit (encore) de gauche, feraient bien d'y réfléchir à deux fois avant de laisser faire un pouvoir macroniste qui s'est droitisé ces dernières années sans que cela ne choque outre-mesure.
L'histoire, à défaut de se répéter, laisse des traces!
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