La forêt sacrifiée pour les biens de consommation

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Coordenação-Geral de Observação da Terra/INPE

Photo: Flickr/Coordenação-Geral de Observação da Terra/INPE

Les messages sur les réseaux sociaux montrant l'ampleur des incendies dans l'Amazonie, ou encore du côté du Congo, soulignent combien les poumons verts de la planète sont le cadet des soucis des affairistes, aliénés par leur horizon court-termiste qui conduit l'humanité vers son suicide collectif.

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". Cette phrase de Jacques Chirac, alors président de la République, lors du sommet de la terre de Johannesburg (Afrique du Sud) en 2002 trouve une bien triste résonance avec l'actualité de ces derniers jours au Brésil. La forêt amazonienne, majoritairement présente au Brésil, est en proie aux flammes depuis plus de 15 jours et c'est depuis le début de la semaine, notamment mercredi 21 août, qu'on écrit des articles à ce sujet. Signe de notre désintérêt pour ce qui est considéré comme le premier poumon vert de la planète (cf lien n°1).

Amazonie-Congo: même combat

Les images, tant au sol que via les satellites (cf lien n°2), ont frappé les esprits tant ce phénomène est inquiétant pour la lutte contre le réchauffement climatique, une nouvelle fois accrédité après le fait que le mois de juillet 2019 a été le plus chaud jamais enregistré sur Terre. Il faut dire que voir la ville de São Paulo, dans le Sud du Brésil, sous un nuage obscur en pleine journée et que ça trouve une explication sur les feux de forêt qui se sont déclenchés à plusieurs milliers de kilomètres au Nord du pays, ça laisse songeur sur la ligne politique de Jair Bolsonaro, élu président du Brésil l'an dernier et dont le mandat est effectif depuis le 1er janvier.

Cela étant, ce n'est pas particulier au Brésil et à l'Amazonie. Cela s'observe également du côté du Congo-Zaïre (principalement) et du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète. Des incendies y ont été repérés par satellites ces derniers temps, accélérant un processus de déforestation massive déjà constaté par le passé car l'Afrique subsaharienne concentre la majorité des terres brûlées dans le monde (cf liens n°3, n°4). En tout cas, les indigènes d'Amazonie et les chefs coutumiers de tribus congolaises pourront toujours donner le signal d'alarme, l'indifférence envers leurs cris de désespoir confortent la phrase de l'écrivain Ernst Hello: "l'indifférence, c'est la haine doublée du mensonge".

Capitalisme plus destructeur que créateur

Ces incendies rappellent combien notre mode de production est énergivore et que la sacralisation de la croissance ne permet pas de limiter les effets du réchauffement climatique, vu que les forêts sont la principale source de stockage du gaz carbonique, un des principaux gaz à effet de serre. Mais pourquoi en arriver là? Exploitation de la nature au nom de la rentabilité du Capital, que ce soit dans l'agriculture ou l'extraction de ressources naturelles. Au Brésil et dans les pays limitrophes où l'Amazonie s'étend, c'est la recherche de plus grands espaces pour l'élevage - élevage bovin en particulier - ou l'exploitation de mines d'or - cf projet de mine d'or en Guyane -. Au Congo-Zaïre et ailleurs, c'est aussi l'élevage qui pousse à la déforestation, mais également des ressources minières - or, diamants, etc. - ou du pétrole qui sert de justificatif court-termiste à des coupes claires dans la forêt. Bien entendu, tout ceci avec l'accord de l'État, comme la RDC qui autorise une exploration minière dans le parc national de Salonga, au centre du pays (cf liens n°5, n°6). Ce qui confirme combien cet agent économique a repris le rôle de serviteur zélé du Capital, tel qu'il le fut durant le 19e siècle, accompagnant ainsi la révolution industrielle.

Maintenant, est-ce que le capitalisme est plus destructeur que créateur? Si cette question semble saugrenue pour un économiste mainstream, ayant à l'esprit le concept de "destruction créatrice", développé par l'économiste autrichien Joseph Aloïs Schumpeter au siècle dernier, un économiste hétérodoxe y réfléchirait plus profondément et serait plus fataliste tant depuis les débuts de la révolution industrielle, la biodiversité y a beaucoup perdu, notamment ces dernières décennies, où les espèces sauvages ont diminué de 60% selon une étude de l'organisation non gouvernementale WWF publiée en 2018 (cf lien n°7). De même que la capacité terrestre à fournir ce qu'il faut pour l'humanité s'épuise de plus en plus vite, comme à travers l'exemple de l'Union européenne. Et au fond, détruire des structures inscrites dans le long terme pour avoir à la place des biens et services consommables sur du court terme, est-ce qu'on y gagne au change?

Bref, ce monde capitaliste nous mène à une course contre-la-montre suicidaire.

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