Union européenne, ton café fout le camp

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/TeaMeister

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Les quatre principales puissances de l'Union européenne (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie) connaissent des problèmes divers et variés qui peuvent se répercuter sur l'ensemble de l'espace communautaire, toujours en proie à une certaine fragilité.

L'été qui tend à s'achever montre combien l'Union européenne (UE) n'en ressort pas tellement grandie car ses principales têtes de gondoles que sont l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l'Italie sont dans une zone d'incertitude sur le plan soit économique, soit politique, ou les deux mélangés. Ce qui n'est pas sans conséquences pour le reste de l'espace communautaire.

Une Allemagne dans le doute

Commençons par l'Allemagne. Si Berlin est depuis plusieurs années la puissance hégémonique - ou vu comme telle - au sein de l'UE, avec la chancelière Angela Merkel, au pouvoir depuis 2005, une atmosphère de fin de règne flotte dans les airs outre-Rhin. Les élections du dimanche 1er septembre dans les Länder de Saxe et de Brandebourg, tous deux issus de l'ex-Allemagne de l'Est (République démocratique allemande, RDA), ont montré un recul des deux grands partis allemands, l'Union démocrate-chrétienne (CDU) et le Parti social-démocrate allemand (SPD), au profit du parti d'extrême-droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui accroit ses scores dans ces deux Länder par rapport aux précédentes élections régionales.

Ces élections soulignent combien la question migratoire, dont l'AfD en fait un de ses thèmes de prédilection pour fustiger la politique d'ouverture de la part de Merkel, a eu une certaine importance électorale, mais aussi la mauvaise digestion de la réunification allemande. Et à l'approche des 30 ans de la chute du mur de Berlin, ça interroge sur les inégalités encore affirmées entre les Länder de l'Ouest et ceux de l'Est, ces derniers ayant un taux de chômage plus élevé que la moyenne nationale, une industrialisation plus faible que la moyenne nationale, puis des niveaux de salaires plus faibles. De quoi penser que l'AfD, à l'instar du Rassemblement national (ex-Front national) en France, est parti pour s'enraciner dans la vie politique outre-Rhin (cf lien n°1). En outre, la menace d'une récession, liée en partie au ralentissement du secteur automobile, fer de lance de l'industrie allemande et des excédents commerciaux de Berlin, n'incitent pas à l'optimisme et que la succession à Merkel, qui a annoncé ne pas tenter un cinquième mandat de chancelière en 2021, si des élections anticipées ne se font pas, est loin d'être évidente.

Une illusion française

Face à cette morosité ambiante en Allemagne, est-ce que la France peut prendre le relais dans le leadership de l'UE? C'est ce qu'aimerait bien faire croire Emmanuel Macron, tant il a joué son numéro léonin lors du sommet du G7 à Biarritz, fin août, invitant entre autres le ministre des Affaires étrangères iranien, afin de mettre dans l'embarras le président états-unien Donald Trump. Si pour les images, la forme, ça semble marquer des points, le fond ne change pas. Par exemple, l'idée d'une taxe Gafa, que Paris défend vertement pour l'ensemble de l'UE, Berlin ne veut pas en entendre parler. De même que la passe d'armes entre Macron et Jair Bolsonaro sur la forêt amazonienne en feu, mise en balance sur la ratification du traité UE-Mercosur auquel tient... l'Allemagne, permettent de masquer la politique la France dans le département de la Guyane, où une partie de l'Amazonie s'y étend et est menacée par les projets de mines d'or ou de forages pétroliers (cf liens n°2, n°3).

De même que la crédibilité de Macron a du plomb dans l'aile avec la répression du mouvement des gilets jaunes depuis le mois de novembre 2018, que le pouvoir nie totalement tant il en a besoin pour rester en place jusqu'à au moins l'élection présidentielle de 2022. Enfin, envoyer des personnalités comme Christine Lagarde du côté de la Banque centrale européenne ou Sylvie Goulard du côté de la commission européenne n'est pas non plus très flatteur pour l'UE, étant donné que ces politiciennes ont été mêlées, voire condamnées, dans des affaires politico-financières.

Brexit or not Brexit?

Au niveau du Royaume-Uni, le Brexit paralyse la vie politique. Si l'actuel Premier ministre Boris Johnson, remplaçant Theresa May qui a démissionné en juin dernier, fait tout pour rendre crédible l'idée d'un Brexit sans accord avec l'UE et d'être lui-même crédible dans l'application d'un "no-deal" (cf lien n°4), avec l'exemple de la suspension du Parlement pour une durée de cinq semaines à partir de la mi-septembre, sa position s'est fragilisée mardi 3 septembre avec la défection du député conservateur Philip Lee qui part rejoindre les rangs de l'opposition en pleine discours du Premier ministre dans la Chambre des Communes (cf lien n°5). Dans la foulée, un vote des parlementaires a infligé une défaite pour Johnson, qui semble décidé à proposer des élections anticipées mi-octobre, après la période de suspension du Parlement britannique, qui pourraient faire office d'un référendum sur un Brexit avec ou sans accord (cf lien n°6), sachant que la date de sortie du Royaume-Uni de l'UE est prévue pour le 31 octobre prochain. Mais ça pourrait encore être remis aux calendes grecques tant ce sujet est un terrain miné pour Londres et pour Bruxelles. Toujours est-il que ces éventuelles élections anticipées seraient une occasion pour Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste, de se rapprocher, voire d'accéder au pouvoir, même si Corbyn, issu de l'aile gauche du Labour, varie souvent ses positions sur le Brexit.

Fin de comédie en Italie?

L'été était parti pour une nouvelle crise politique en Italie, avec la dislocation de la coalition Mouvement 5 étoiles-Ligue (du Nord), où le ministre de l'Intérieur (Ligue) Matteo Salvini montrait les crocs et son parti tira profit de sa présence au pouvoir avec des victoires aux élections régionales et européennes au printemps dernier, aux détriments du M5S, poussant le Président du Conseil, Giuseppe Conte à la démission mi-août. Si l'hypothèse de nouvelles élections anticipées tenait la corde, un revirement de situation s'est opéré ces derniers jours avec un accord de gouvernement entre le M5S et le Parti démocrate de l'ancien Président du Conseil Matteo Renzi. La composition de ce futur gouvernement devrait tomber dans les prochaines heures ou prochains jours, si le Parlement italien (Assemblée nationale+Sénat) donne son feu vert. Et dans ce cas, reste à savoir si le M5S aurait réussi à infléchir le PD sur les questions budgétaires, donc sur une ligne moins austéritaire, ou l'inverse. Mais seul le temps le dira et ça permettrait à l'Italie de paraître relativement moins fragile que ses partenaires allemands, français ou britanniques.

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