Saison 2 pour les Gilets jaunes?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Un an après s'être lancé, le mouvement des Gilets jaunes donne l'impression, pour certains, d'avoir marqué le pas et de ne plus être en mesure de faire résonner les tensions encore vivaces partout en France, alors qu'il laisse une empreinte sur l'action politique, le traitement médiatique et la mise en cause élargie des violences policières, jusqu'alors circonscrites aux banlieusard(e)s non-blanc(he)s et des militant(e)s politiques ou syndiqué(e)s.

Putain 1 an! Le 17 novembre 2018 se lançait le mouvement des Gilets jaunes. À ce moment-là, j'écrivais sur ce blog mon expectative à ce sujet, tant ce mouvement se présentait tel un fourre-tout et que les récupérations politiques, notamment à droite et à l'extrême-droite, alimentaient des doutes. Mais dès le départ, je suis allé voir, sur la place de la Concorde, et j'ai constaté ce fourre-tout que je qualifierais de citoyenniste, mais axé sur l'économie, avec la mesure de hausse de la taxation des hydrocarbures qui a servi d'étincelle, le social et la remise en cause profonde de la politique de classe du pouvoir actuel, le président Emmanuel Macron en tête. Et ce, par des personnes qui venaient de Normandie, du Grand Est, des Hauts-de-France, du Centre-Val de Loire, d'Auvergne-Rhône-Alpes, de Bretagne, de Corse, etc. Par ailleurs, rappelons-nous que les Gilets jaunes ont manifesté durant l'hiver. Ce qui n'est pas anodin à une période où ça pense plutôt à organiser les fêtes de fin d'année.

Carotte et bâton

Néanmoins, force est de constater qu'au fur et à mesure, notamment après avril-mai 2019, la capacité de mobilisation des gilets jaunes s'est étiolée avec les beaux jours. Une des explications tient au comportement du pouvoir. Face à ce mouvement, qui ne tient pas à être récupéré politiquement et qui met une distance avec les syndicats, Macron et son Premier ministre, Édouard Philippe, ne savaient pas trop où donner de la tête. D'ailleurs, Macron crût perdre la sienne en décembre 2018, quand les gilets jaunes étaient massivement présents sur les Champs-Élysées, à proximité du palais de l'Élysée, envisageant de quitter le palais par hélicoptère, comme le rapportait le Canard enchaîné. D'où une politique répressive, avec une démonstration des violences policières, qui provoqua en retour un début de conscience chez de nombreux gilets jaunes à ce sujet et de compréhension par rapport à des banlieusard(e)s non-blanc(he)s connaissant davantage les violences policières, symbole du racisme institutionnel made in France, ainsi que leurs réticences initiales à faire jonction avec les gilets jaunes.

Mais en utilisant le bâton de la police-milice, aux ordres du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, Macron se rendit quelque part compte que ça devenait contre-productif. Il resta la carotte à utiliser, en revenant sur la hausse de la taxation de l'essence plus des annonces de hausse du SMIC, de suppression de la CSG pour des bas revenus. Mais comme cela n'était pas convainquant, le véritable coup réussi par le président de la République bourgeoise, conservatrice, est l'instauration d'un grand débat du 15 janvier au 15 mars, où il put monopoliser la parole sans que ça ne choque grand-monde, alors que des élections européennes arrivaient le 26 mai suivant. Et ça a marché puisqu'en parallèle, l'affluence des Gilets jaunes s'est généralement amoindrie, même s'il y eut des moments de plus forte mobilisation, en combinant avec des marches pour le climat en mars ou en septembre dernier, symbolisées par le slogan "fin du monde, fin du mois, même combat".

Mass media "chiens de garde"

Et comme dans tout mouvement social, le traitement médiatique donne le la. Au tout départ, les mass media, notamment les chaînes d'information en continu privées (BFMTV, CNews, LCI), ne regardaient pas d'un mauvais œil les gilets jaunes parce que la raison fiscale était mise en avant et que la droite et l'extrême-droite pouvaient y trouver leur compte. Mais à partir du moment où les revendications s'orientent vers de la justice sociale, de la justice fiscale, et que l'exposition des gilets jaunes aux violences policières est observée, virage à 180° chez les mass media, où désormais ça tire à boulets rouges, suivant le pouvoir et dénonçant une récupération gauchiste des gilets jaunes. Ça montre, une fois encore, que les mass media et les journalistes de salon jouent le rôle de "chiens de garde" d'une structure économique et sociale (capitalisme) intrinsèquement inégalitaire et que la moindre critique apportée est aussitôt déconsidérée. Et bien entendu, ça invite peu de gilets jaunes car les gilets jaunes eux-mêmes ne tiennent pas tellement à vouloir faire émerger des figures. Néanmoins, quand certaines se retrouvent mises en avant (Priscilla Ludosky, Maxime Nicolle, Éric Drouet, Jérôme Rodrigues, etc.), c'est une occasion pour des journalistes de salon de dénigrer ces personnes et l'ensemble des gilets jaunes par ricochet. Y compris pour nier des évidences de violences policières comme à l'égard de Rodrigues, ayant perdu un œil après un envoi d'une grenade de désencerclement au moment où des CRS et des membres de la BAC chargeaient sur les manifestants, place de la Bastille, le 26 janvier 2019, ou comme envers Lilian, un ado de 15 ans victime d'un tir de LBD à Strasbourg en janvier 2019. D'autant plus qu'elles demeurent impunies alors que les gilets jaunes sont le mouvement social le plus réprimé depuis Mai 68.

En tout cas, ces journalistes de salon (Éric Brunet, Bruno Jeudy, Jean-Michel Apathie, Christophe Barbier, Yves Thréard, Yves Calvi, Pascal Praud, etc.) ont un certain sens de l'hypocrisie envers leurs confrères et consœurs. Quand il s'agit de dénoncer des violences de gilets jaunes à l'égard des journalistes de terrain travaillant dans les mass media, violences résultant du dénigrement envers les gilets jaunes évoqué ci-haut d'ailleurs, ça s'indigne et ça se montre solidaire de confrères et consœurs sous payé(e)s par ces médias. Par contre, quand il s'agit de violences policières à l'égard de journalistes de terrain travaillant pour des médias alternatifs, ou en tant que pigiste - ou freelance, selon l'anglicisme pour les nuls -, c'est le dénigrement qui est opéré, pointant du doigt un journalisme "militant" - comme si ces journalistes de salon ne faisaient pas du militantisme - pour remettre en cause la crédibilité du journaliste en question, comme par exemple Gaspard Glanz après son interpellation le 20 avril dernier. Par ailleurs, ces journalistes grassement payés nient ces violences policières, quand bien même un David Dufresne le documente, le source via les réseaux sociaux.

Et c'est là qu'on peut parler de rupture! Les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, etc.) ont donné une force aux gilets jaunes, permettant de diffuser leurs idées, comme le Référendum d'initiative citoyenne par exemple, et de s'en servir comme source d'information à travers les live-tweets de journalistes suivant les journées de manif sur le terrain et documentant par photo ou par vidéo diverses scènes. Cela étant, ces réseaux sociaux tendent à agir comme des médias classiques, vu leur relation croissante avec l'État, et par conséquent afficher des limites, pour ne pas dire faire appliquer une censure. Mais encore, cette dite censure se fait par un changement d'algorithme, histoire de rendre moins accessibles certains types de contenus, comparativement à d'autres.

Toujours est-il que si ça paraît peu productif sur l'évolution politique, le mouvement des gilets jaunes a réussi une chose. C'est d'avoir posé sa propre existence!

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