Une grève qui se met en marche

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Une première journée de grève très suivie, avec des manifestations rassemblant des centaines de milliers de personnes en France, voire plus d'un million, cela ne peut qu'inquiéter un gouvernement qui ne jure que par la répression pour pousser les esprits à la résignation sur la réforme des retraites.

Ce n'est qu'un début, et le moins que l'on puisse, c'est que ça a commencé en fanfare. Que ce soient les données du ministère de l'Intérieur (800.000) ou des syndicats (1.500.000), la journée de manifestation du jeudi 5 décembre, actant la grève lancée ce même jour, a été pour le moins mobilisatrice sur l'ensemble de la France. À Paris, entre 65.000 et 250.000 personnes ont défilé entre la gare de l'Est et la place de la Nation, signe que la détermination des manifestants est importante tant il était compliqué de se rendre sur la capitale si ça n'a pas anticipé les moyens de transport. Toujours est-il que diverses professions, dans le secteur public ou dans le secteur privé (cheminots, enseignants, avocats, personnel hospitalier, pompiers, ouvriers de l'automobile, etc.) se sont mobilisées, actant l'échec de la propagande gouvernementale à vouloir présenter cette grève comme celle "des privilégiés", "des corporatistes" avec leurs régimes spéciaux.

Répression

Il faut quand même indiquer que dans le cortège parisien, la tension était extrême. Et pour cause, 6.000 policiers étaient mobilisés dans la capitale. Notamment face aux Black blocs qui répondirent présent, prenant comme souvent la tête de cortège. Et dans la logique d'excitation mutuelle entre black blocs et forces de l'ordre (social), jets de projectiles (planches de bois, pavés, bouteilles en verre) d'un côté; charges dans le tas, envois de gaz lacrymogènes, de grenades de désencerclement ou tirs de LBD de l'autre donnaient le la durant près de deux heures. Ce qui conduisit à de multiples affrontements aux abords de la place de la République, bloquant l'avancée du cortège sur le boulevard de Magenta, tellement rempli à ras bord tout du long que plusieurs manifestants se mettaient dans des rues adjacentes ou parallèles pour pouvoir suivre le parcours.

Et dans cet intervalle, attention à ne pas être pris entre deux blocs prêts à en découdre. Notamment pour des journalistes et photographes. D'ailleurs, des journalistes ont été blessés par des grenades lacrymogènes ou autres munitions lancées par les flics, signe qu'ils sont dans l'œil du cyclone répressif, n'émouvant pas les officiers de police, d'ailleurs. Sans compter des manifestants matraqués, à même le sol.

Tenir la distance

Maintenant que cette grève est lancée, reste à savoir si elle sera capable de tenir la distance pour réussir, à l'instar des grèves de novembre-décembre 1995, vu qu'on est dans la même période et que les chiffres évoqués ci-haut sont considérés comme supérieurs à ceux observés au début des grèves de 95, basées également sur un projet de réforme des retraites. Et en cette période de fin d'année, qui est la période des fêtes (Noël, jour de l'an), le pouvoir peut s'inquiéter de voir le "mur du 5 décembre" s'inscrire dans le temps. D'ailleurs, certains grévistes, notamment à la Régie autonome des transports parisiens, nom complet du sigle RATP, s'estiment en mesure de reconduire la grève jusqu'au 31 décembre (cf lien n°1). Pour l'instant, tant à la RATP qu'à la SNCF, la grève est reconduite jusqu'au lundi 9 décembre et il ne serait pas étonnant qu'elle perdure. En outre, l'intersyndicale a déclaré qu'une nouvelle journée de mobilisation sera prévue mardi 10 décembre.

Mais au-delà du secteur des transports en commun, d'autres secteurs d'activité sont irrités par rapport à la réforme des retraites envisagée par le pouvoir actuel. Les professions libérales d'abord, craignant que le niveau des pensions de retraites baisse de manière significative avec cette réforme généralisant à l'ensemble des salariés le système par points, supprimant de fait l'autonomie de certains régimes de retraite (cf lien n°2). Ensuite, si les agriculteurs membres de la FNSEA ne comptent pas se joindre à cette grève, d'autres paysans pourraient s'y greffer. Après, reste à savoir si les dockers ou les personnels des raffineries, généralement assez combattifs dans les luttes sociales, se joignent massivement dans le mouvement et dans ce cas, le pouvoir aura à serrer les fesses s'il tient encore à ne pas capituler, comptant sur une police encore aux ordres, mais quand même au sein de cette institution, la crainte de voir leur régime de retraite démantelé peut pousser certains à réduire leur zèle (cf lien n°3), tant ils sont sur le front pour défendre le pouvoir depuis plus d'un an, avec le mouvement des gilets jaunes.

C'est un marathon qui est lancé. À voir qui des grévistes ou du pouvoir sera le plus endurant!

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