Réduire le chômage et augmenter la pauvreté? Ce n'est pas un paradoxe!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Donnie Vinson

Photo: Flickr/Donnie Vinson

La dernière étude sur l'emploi de l'Insee, indiquant un taux de chômage de 8,1% en France (hors Mayotte) au quatrième trimestre 2019, le plus bas depuis fin 2008, a de quoi donner des ailes au gouvernement. Mais cette baisse n'est que faiblement marquée par un retour à l'emploi et surtout masque mal les inégalités qui se sont accrues depuis 2017, suivant une trajectoire similaire à d'autres pays développés.

Voilà qui va de nouveau réjouir le pouvoir actuel, qui reste contesté par rapport à son projet de "réforme" des retraites. Après une étude de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), soulignant qu'il y a eu 210.000 salariés de plus dans le secteur privé en 2019, dans un contexte de croissance modérée, une nouvelle étude de l'Insee publiée ce jeudi 13 février porte sur le chômage, soulignant que le taux de chômage en France (hors Mayotte) a concerné 8,1% de la population active au quatrième trimestre 2019. Ce qui est le plus faible taux enregistré depuis fin 2008, peu après le début de la crise financière de 2008-2009 (cf lien n°1).

Nuances de baisse du chômage

Vu ces nouvelles rassurantes sur le front de l'emploi, du chômage, il y aurait de quoi se dire, a priori, que le gouvernement mène la bonne politique pour l'intérêt général et que tout le monde y gagne au fond, surtout les anciens chômeurs qui auraient retrouvé un travail. Et à terme, l'objectif d'un taux de chômage à 7% de la population active d'ici 2022 semblerait moins irréaliste, comme le laisse entendre la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Mais il existe bien des manière de faire réduire statistiquement le chômage. Ce n'est pas exactement 50 nuances de baisse du chômage, mais si on fait attention, il y a des signes qui rendent la communication du pouvoir bien moins séductrice. D'abord, la question de l'activité. Est-ce que les personnes en âge de travailler se montrent actives au travail ou pour chercher un travail? Si du côté des 50-64 ans, le taux d'activité a augmenté au quatrième trimestre 2019 pour atteindre 63,3% de la population de cette classe d'âge, bien au-dessus de ce qu'il était fin 2008 (53,4%), celui des 25-49 ans suscite plus d'interrogations. En dépit d'une hausse du taux d'activité sur le dernier trimestre 2019 (81,4% de la population active de cette classe d'âge), ce taux reste inférieur à ce qu'il était fin 2008 (82,8%). Or, comme le fait souligner le journaliste d'Alternatives économiques Guillaume Duval, le taux d'activité a continuellement diminué chez les hommes de 25-49 ans, excepté en 2019 - estimant que c'est l'effet Gilets jaunes d'ailleurs -, et que le taux d'activité chez les femmes de 25-49 ans a stagné avant de dépasser en 2019 le niveau d'avant-crise. Ce qui lui fait dire que la baisse du taux de chômage est davantage liée à "une évolution inquiétante des taux d'activité des hommes et des femmes de 25 à 49 ans"

Alors pourquoi cette inactivité? Un élément de réponse est à voir du côté de Pôle emploi. Quand on n'est plus sur les registres de Pôle emploi, il est coutume de penser que ce serait parce que ça aurait été embauché. Ce n'est pas si simple! Pis, l'embauche comme raison d'une baisse du nombre de chômeurs est minoritaire. Du moins, c'est ce qui ressort d'une étude de la Dares, où un peu plus de 20% de sorties de Pôle emploi seraient expliquées sous le motif d'une reprise d'emploi déclarée. Mais le motif le plus important des sorties de Pôle emploi, environ 44% quand même, est la cessation d'inscription pour défaut d'actualisation. Ça ne veut pas dire que toutes ces personnes rassemblées sous ce motif aient été radiées de Pôle emploi, mais ça ne dit pas non plus qu'elles auraient toutes retrouvé un travail, sachant que les effectifs salariés ont augmenté de 210.000 postes en 2019, comme rappelé au début de l'article. En-dehors de ça, près de 10% des personnes sorties des registres de Pôle emploi fin 2019 le sont en étant en stage ou en formation (cf lien n°2). Donc, Emmanuel Macron ne devrait pas tellement se réjouir de la baisse du taux de chômage, tant elle a des relents artificiels.

En outre, une donnée produite dans l'étude de l'Insee de ce jeudi 13 février devrait alerter le pouvoir actuel, c'est celle concernant le halo autour du chômage. Kézaco? Cela désigne, selon l'Insee, des personnes qui "souhaitent travailler mais sont « classées » comme inactives, soit parce qu'elles ne sont pas disponibles rapidement pour travailler (deux semaines), soit parce qu'elles ne recherchent pas activement un emploi. Ces personnes forment ce qu'on appelle un « halo » autour du chômage." Or, ce halo autour du chômage a régulièrement augmenté depuis la crise de 2008, et a désormais atteint un nouveau record au quatrième trimestre 2019, concernant 1.705.000 personnes.

Politique anti-pauvres

Maintenant que cette baisse du taux de chômage est en réalité limitée, est-ce qu'en parallèle, la pauvreté a suivi la même trajectoire? Pour l'instant non. Dans une étude de l'Insee parue en octobre 2019, le taux de pauvreté - calculé au sein de 60% du revenu médian -, a augmenté en France en 2018, culminant à 14,7% de la population, contre 14,1% en 2017. Ce qui est la plus forte progression depuis 2010, note l'institut (cf lien n°3). Parmi les explications données, il y a la baisse des allocations logement HLM d'une part, puis la fiscalité sur les revenus du capital d'autre part, avec pour symbole la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune et son remplacement par une flat tax. D'ailleurs, le 5 février dernier, l'Observatoire français des conjonctures économiques avait établi un rapport sur le pouvoir d'achat pour 2020 et sur la période 2018-2020, soulignant qu'en dépit d'un réajustement auprès des classes moyennes consécutif au début du mouvement des Gilets jaunes, la politique fiscale du pouvoir actuel reste bien favorable aux 5% les plus riches et a contrario, défavorable aux 5% les plus pauvres. Et sachant que l'écart d'espérance de vie entre eux et d'environ 13 ans, il est bon de rappeler que la mort reconnaît la lutte des classes et que Macron n'a pas usurpé sa réputation de "président des riches".

En tout cas, cette trajectoire observable en France, n'est pas unique à l'Hexagone. Deux voisins européens, i.e le Royaume-Uni et l'Allemagne, souvent cités comme références et voies à suivre par nombre de penseurs mainstream, connaissent ça depuis longtemps. En effet, outre-Rhin, comme outre-Manche le taux de chômage recensé statistiquement est à ses plus bas niveaux historiques depuis les années 1970, notamment dans le cas britannique, mais en parallèle, le taux de pauvreté a largement explosé dans ces deux pays et sont bien supérieurs à ceux calculés en France (cf lien n°4). D'ailleurs, pour le cas d'Albion, ça permet de montrer que même en n'ayant pas l'euro, ça mène la même politique. Avis aux souverainistes qui oublient que sortir de l'euro est une condition insuffisante pour sortir de l'ornière capitaliste, actuellement sous son costume néo-libéral.

En tout cas, en France comme ailleurs, ça tient désormais à avoir des travailleurs pauvres en masse car ne compter que des pauvres chômeurs coûterait "un pognon de dingue" pour un pouvoir pratiquant une politique de classe.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article