Le vent de la réunification irlandaise souffle-t-il?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Patrick Hugh Lynch

Photo: Flickr/Patrick Hugh Lynch

La victoire du parti Sinn Féin, seul parti présent dans toute l'île d'Irlande, lors des élections législatives anticipées du 9 février, montre combien le Brexit n'est pas sans influence ailleurs qu'au Royaume-Uni mais que se centrer là-dessus peut être contre-productif. Rest à savoir si le Sinn Féin fera partie d'un gouvernement de coalition, ce qui serait une première depuis l'indépendance de l'Irlande, il y a environ un siècle.

On a beaucoup songé au Royaume-Uni, avec son Brexit finalement acté le 31 janvier dernier. Mais les élections législatives anticipées en Irlande, dimanche 9 février, ont servi de retour de boomerang historique. Le Sinn Féin, parti de gauche revendiquant la réunification de la république d'Irlande et l'Irlande du Nord - restée au sein du Royaume-Uni depuis 1920 et qui a voté contre le Brexit lors du référendum du 23 juin 2016 -, est sorti en tête de ces élections, avec 24,5% des voix, contre 22,2% pour le Fianna Fáil et 20,9% pour le Fine Gael du Taoiseach (équivalent de Premier ministre en gaélique) sortant Leo Varadkar, qui avait axé sa campagne électorale sur les négociations menées avec Londres pour aboutir au Brexit sans remettre en cause les Accords du Vendredi Saint 1998 au sujet de l'Irlande du Nord.

Retour en grâce

Si le Sinn Féin est premier en nombre de voix, il sera quand même deuxième en nombre de sièges (37). Pourquoi? Parce que le parti de gauche radicale n'a présenté que 42 candidats, tandis que le Fine Gael et le Fianna Fáil en présentaient le double, sachant que le Daíl Éireann (équivalent de l'Assemblée nationale en France) compte 160 sièges. Toujours est-il que cette victoire du Sinn Féin acte une politique militante efficace ces dernières années. Même s'il existe depuis 1905, le Sinn Féin a connu une histoire mouvementée, marquée de scissions et d'une réputation sulfureuse, notamment durant la période des troubles en Irlande du Nord (1969-1998), où le parti était alors la branche politique de l'Irish republican army (IRA), menant une lutte armée contre les britanniques en Irlande du Nord (cf lien n°1).

Dirigé notamment par Gerry Adams à partir de 1983, il abandonna la doctrine du boycott électoral pour entrer dans des négociations aboutissant aux Accords du Vendredi Saint en 1998 et ainsi peser politiquement en Irlande du Nord et dans l'Eire, puisqu'il est le seul parti politique présent dans toute l'île, traduisant sa défense de la réunification de l'Irlande. D'ailleurs, Adams, se faisant élire d'abord en Irlande du Nord, se fit ensuite élire, durant la décennie 2010, dans la république d'Irlande, alors dans un contexte de politique d'austérité consécutive à la crise financière de 2008-2009 et en proposant une ligne politique tournée davantage sur les questions économiques et sociales que sur la réunification de l'Irlande. Ce qui permit au Sinn Féin de passer de 6,9% des voix (et 4 élus) en 2007 à 9,9% des voix (et 14 sièges) en 2011, puis à 13,8% des voix (et 23 députés) en 2016. Et comme Mary Lou McDonald a pris le relais de Adams à la tête du Sinn Féin depuis 2018, la question des liens avec l'IRA et la période des troubles se pose de moins en moins et le parti engrange des soutiens dans les classes populaires et moyennes irlandaises, souffrant de problèmes de logement, d'accès à la santé.

Échec du mainstream

Vu le score du Sinn Féin, ça marque aussi un changement au pouvoir, qui était partagé entre le Fianna Fáil et le Fine Gael depuis environ un siècle (cf lien n°2). Et si l'un de ces deux partis mainstream en Irlande tient à rester au pouvoir, il devra alors composer avec le Sinn Féin, sachant que ce dernier a appelé à une coalition auprès de partis de centre-gauche tels le Parti vert et le Parti travailliste, voire des petits partis d'extrême-gauche.

Au-delà de la composition de la coalition gouvernementale, la question de la ligne politique adoptée se pose. Et tout particulièrement à l'égard du voisin britannique. Et le Sinn Féin remettra en avant son idée de réunification de l'Irlande, exigeant un référendum sur le sujet d'ici 2025, signe que ce qui paraissait une vue de l'esprit il y a quelques années a désormais de la consistance. Le référendum britannique de 2016 et les tergiversations de la classe politique outre-Manche durant plus de trois ans ont laissé des traces et donné des arguments pour une réunification de l'Irlande. Ce qui serait un cauchemar pour Londres, et notamment la reine Élisabeth II, pour qui il n'est pas question de rester dans l'histoire comme la dernière reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, sachant que les velléités indépendantistes ont repris en Écosse.

Ce sera intéressant à suivre, en tout cas!

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