Il y aura des comptes à rendre après le Coronavirus

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Christophe Becker

Photo: Flickr/Christophe Becker

L'illustration d'un pouvoir aux fraises dans cette crise générale, partie initialement du niveau sanitaire, et exposant des messages contradictoires, montrent combien il est obsédé par son idéologie servant une classe sociale qu'il ne faut pas réprimer de quelque manière que ce soit. De quoi vouloir exiger des comptes et une alternative pour l'après-Coronavirus.

Qui fait en sorte que le paquebot France ne s'échoue pas totalement, bien qu'il y ait la pire récession depuis 1945 à l'horizon, pour reprendre les dires de Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances (cf lien n°1)? Ce sont les prolétaires! Entendez par là, celles et ceux qui n'ont que leur force de travail à fournir contre un salaire, qui ne détiennent pas les moyens de production qu'ils utilisent et qui, pour nombre d'entre eux/elles, continuent de travailler en ayant une dérogation professionnelle vu que ces personnes ne peuvent pas faire du télétravail en cette période de confinement. Concrètement, ça nous donne le personnel hospitalier (soignant(e)s, aide-soignant(e)s, infirmier(e)s), personnel de ménage (surtout des femmes de ménage), les caissier(e)s, les manutentionnaires, les salarié(e)s de l'industrie pharmaceutique, les cheminots, plusieurs groupes de fonctionnaires (administration locale, police, gendarmerie). Bref, quelques millions de personnes dans le pays exerçant des activités dites "essentielles" pour la gestion du pays en cette période.

Reconnaissance du ventre

Si on rajoute les ouvrier(e)s de diverses industries (automobile, bâtiment, textile, etc.), qui sont sensé(e)s suivre le confinement si leurs entreprises respectives et/ou le pouvoir exécutif ne les forçait pas à reprendre le travail, de manière prolongée d'ailleurs vu les ordonnances mises en application fin mars, cela oblige à rappeler que la majorité de la population active en France est composée d'ouvrier(e)s et d'employé(e)s. Et la moindre des choses serait une reconnaissance du ventre de la part d'un pouvoir qui fait une politique de classe en faveur de la bourgeoisie, voire d'une classe moyenne possédant un certain capital social, culturel et symbolique pour se distinguer d'un prolétariat dont elle craint de finir par lui ressembler avec le temps. Mais ce serait trop demander tant le mépris de classe - pas uniquement, on y reviendra - est la norme au sommet de la pyramide sociale. Même des propos flatteurs et alarmistes, à l'instar de ceux de la conservatrice Rachida Dati, constatant avec raison que ce sont des Français précaires qui s'établirent sur les ronds-points à partir de novembre 2018 - les Gilets jaunes -, qui "tiennent le pays à bout de bras" (cf lien n°2), suintent le faux soutien tant elle fit partie, en tant que ministre de la Justice sous la présidence de Nicolas Sarkozy, des politicien(ne)s poussant à cette situation actuelle.

Oui, ne nous y trompons pas! Ce qui se passe n'est pas seulement dû à l'impréparation du pouvoir actuel face à la crise du Coronavirus. Ce dernier prolonge en fait ce que ses prédécesseurs ont enclenché et continué. À savoir, un dépeçage de l'hôpital public, une utilisation de la nationalisation non pas pour réamorcer une politique industrielle, mais plutôt une socialisation des pertes pour une meilleure privatisation des profits, une course au moins-disant fiscal pour la classe bourgeoise, écoutée par les gouvernants - "cens caché" oblige -, ou encore une poursuite européiste dans une politique de mondialisation rendant le pays de moins en moins autonome en cas de crise. En parlant de fiscalité, si Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, assure ne pas faire augmenter les impôts au sortir de la crise (cf lien n°3), il a lancé ce qu'on peut appeler un coronathon pour aider les entreprises menaçant de faire faillite à travers des dons. Histoire de ne pas avoir à rétablir l'ISF ou tout autre impôt sur le capital visant de facto les plus riches, pourtant devenus depuis quelques années les personnes ayant le plus faible taux global d'imposition en France. Or, c'est ce que nombre de personnes, notamment les Gilets jaunes évoqués par Dati ou des membres du personnel hospitalier, exigent depuis des mois.

Des comptes à rendre

On peut revenir à l'infini sur les voltes-faces du gouvernement à propos du confinement, à propos de l'utilisation des masques et de leurs stocks dans l'Hexagone, à propos de la présence du virus en France, à propos de l'absence de tests de dépistages massifs, à propos de la chloroquine et de la polémique que ça génère, etc. Tout ça mène à une mise en danger de la vie d'autrui, notamment auprès des professions citées au début de ce billet de blog. Cette mise en danger se recense à travers l'augmentation du nombre de morts dans la période du 21 au 27 mars par rapport à celle du 14 au 20 mars. +63% en Seine-Saint-Denis; +47% dans le Val-d'Oise; +36% dans les Haut-de-Seine; +32% à Paris. En-dehors de l'Île-de-France, c'est +54% en Haute-Marne; +45% en Moselle; +34% dans les Vosges; +25% dans le Territoire de Belfort; +22% dans le Doubs. Signe que le Coronavirus a un effet significatif. Et le cas du 93 est symbolique car il est le département le plus pauvre de l'Hexagone et celui ayant la plus grande proportion de citoyen(ne)s ayant des racines extra-européennes. Il traduit le racisme institutionnel made in France, vu que la police milice s'y défoule pour contrôler et violenter, si besoin est, les habitant(e)s; il traduit un abandon volontaire de services publics - excepté la police - avec des fermetures de lits, voire d'hôpitaux et le confinement s'y fait dans des espaces très resserrés, donc hyper propices à l'expansion du Coronavirus, suscitant bien des craintes au sein des familles (cf lien n°4).

Ce qui permet de dire, d'une part, que des personnes malades le sont même en ayant respecté le confinement, contrairement aux propos vite regrettés du préfet de police (milice) de Paris Didier Lallement; et d'autre part, qu'il ne s'agit pas de "territoires perdus de la République" à qui il faudrait faire la guerre, selon le pseudo-philosophe Michel Onfray et ses relais médiatiques, mais d'une République qui renie sciemment et institutionnellement une partie de son territoire. Encore une fois, non seulement le Covid-19 permet de montrer que la mort reconnaît la lutte des classes, mais aussi le contrôle institutionnel visant les "non-blancs" des quartiers populaires et non pas les "blancs" des quartiers chics, pouvant se promener tranquillement sans contrôle ou partant en nombre vers leurs résidences secondaire en mode "courage fuyons".

De quoi allonger la liste de procès judiciaires à faire envers une classe sociale, politique et à vouloir la faire condamner pour penser un après-Coronavirus sur des bases plus saines!

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